28 février 2008

Pourquoi Rachida Dati est-elle moins présente dans les médias ?

Pourquoi Rachida Dati est-elle moins présente dans les médias ?

NOUVELOBS.COM | 27.02.2008 | 12:46

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Après avoir été très exposée médiatiquement durant ses premiers mois à la Chancellerie jusqu'à provoquer de nombreux commentaires, la garde des Sceaux est désormais plus en retrait. Comment interpréter cette relative absence médiatique ? Nouvelobs.com a interrogé des personnalités de tous bords sur le sujet.

Notre question :

- Comment interprétez-vous la relative absence médiatique de Rachida Dati par rapport à ses premiers mois à la Chancellerie ?

Les réponses :

Philippe Bilger, avocat général près de la cour d'appel de Paris :
- "J'espère que c'est une sorte de sagesse qui arrive. Je ne peux pas l'interpréter autrement que par une sorte de prise de conscience. Peut-être est-ce aussi une conséquence de la forte émergence médiatique et politique de Rama Yade ces derniers temps…
Je note tout de même qu'elle est toujours de tous les voyages officiels. En tout cas, l'abstention de toutes ces cérémonies publiques de mondanités friquées me paraît une excellente chose car cela donne à la magistrature l'impression d'avoir une garde des Sceaux conforme à l'image d'un ministère qui est tout sauf futil."

Serge Portelli, vice-président du Tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle :
- " J'ai vu Rachida Dati tout sourire à la prison pour mineurs de Meyzieu en costume blanc pour soutenir le personnel, après le suicide d'un jeune de 16 ans. Sur la photo publiée sur le site du ministère de la Justice, elle avait un air si satisfaite, que le cliché a été retiré. Plus globalement, je pense que le Ministre de la Justice n'a pas à faire un défilé de mode permanent. Cette fonction réclame de la dignité, qui ne correspond pas à la surexposition médiatique qu'elle a pratiquée. Elle s'efface par la force des choses, pas en raison d'une prise en compte de sa fonction. Elle doit de toute façon faire un choix entre une campagne municipale et sa présence sur le terrain judiciaire.
Les rares apparitions, comme au Sénat, on ne peut que les regretter. Vouloir à tout prix qu'une loi pénale, celle de la rétention de sûreté en l'occurrence, soit rétroactive, fait partie des choses que l'on souhaiterait oublier."

Dominique Barella, ancien procureur, ex-président de l'Union syndicale des magistrats et membre de la commission "Justice" du Parti socialiste :
- "Au début, Rachida Dati a surtout communiqué sur elle-même, ce qu'elle ne peut plus faire aujourd'hui. L'avis de ceux qui gouvernent lasse les citoyens, elle se positionne donc en retrait. Durant la période gouvernementale Paris-Match / Gala, elle était bien perçue. Mais cette perception change maintenant qu'un recentrage politique s'opère.
Sur un certain nombre de dossiers, elle a pas mal échoué à la fois sur le fond et dans sa communication. Notamment pour la carte judicaire, sa stratégie d'affrontement contre les élus UMP et PS et contre les magistrats et les avocats, a eu des conséquences négatives. Rachida Dati est arrivée à son ministère sans vision structurante de la justice."

Jean-Yves Le Borgne, avocat pénaliste au barreau de Paris, président de l'association des avocats pénalistes de France :
- "J'ai l'impression que la garde des Sceaux applique le programme du président de la République et qu'à partir de là, elle n'a pas à défendre ou à expliciter -tout du moins le pense-t-elle- son programme.
Quand en 1981 François Mitterrand nomme Robert Badinter au ministère de la Justice, c'est Mitterrand qui souscrit au programme de Badinter, pas l'inverse. Est-il si facile de défendre une politique que l'on n'a pas choisie ?"

Franck Natali, président de la conférence des bâtonniers :
- "Je n'ai pas d'appréciation à porter sur sa présence ou son absence médiatique. Ce n'est pas moi qui organise son plan de communication. La conférence des bâtonniers préfère le fond à la forme. Nous réclamons un vrai dialogue, notamment sur la refonte de l'organisation judiciaire ou sur la réforme de la justice des mineurs. Nous ne voulons pas d'annonces de décisions déjà prises."

Daniel Soûlez-Larivière, avocat et auteur avec Caroline Eliacheff de "Le Temps des victimes" (Ed. Albin Michel, déc. 2006) :
- "Je n'ai pas remarqué de changement dans les médias. Je lis pourtant Libération, La Croix, Le Monde… Depuis quand ce changement a-t-il eu lieu ?"

Denis Robillard, avocat au barreau de Blois :
- "Comme elle était dans le sillage de Nicolas Sarkozy qui s'efface car sa popularité est en berne, elle agit de même. La baisse de l'un entraîne la baisse de l'autre. Elle s'aperçoit que s'il n'est plus intouchable, elle non plus."

Christophe Regnard, secrétaire général de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) :
- "Je ne suis pas capable d'interpréter l'absence médiatique mais c'est vrai, depuis un mois et demi environ. Cela ne l'empêche pas de faire passer un certain nombre de textes, à la constitutionnalité douteuse, notamment la loi sur la rétention de sûreté. Mais, très franchement, nous ne nous plaignons pas de cette absence médiatique. L'agitation médiatique cachait un manque de réflexion sur les textes portés et les réformes. C'est une chose d'aller se promener à droite à gauche entouré de policiers, de parler à la presse, mais il est moins facile de réfléchir à ce que l'on annonce. La phase technique de ses projets, on l'attend toujours."

Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature (SM, gauche) :
- "En tout cas, ce que Rachida Dati continue à faire nous paraît extrêmement dangereux. Son action apporte un danger évident pour les droits fondamentaux. La rétention de sûreté (pour ne citer que les mesures les plus récentes) est une véritable peine de mort sociale qui revient par la fenêtre, alors que nous croyions que cette justice d'élimination avait disparue en France.
S'il est vrai que l'on aimerait que ce texte attire peut-être davantage l'attention des médias, nous n'attendons pas forcément pour autant la médiatisation de Rachida Dati. C'est un élément neutre pour nous. On ne rêve pas d'une ministre particulièrement médiatique."

Lionel Escoffier, président de la Fédération nationale des unions de jeunes avocats (FNUJA):
- "Elle doit certainement préparer son élection municipale pour la mairie du VIIe arrondissement de Paris, ce qui peut se comprendre. Il est possible également qu'elle ait moins de projets phares à adopter prochainement. Par ailleurs, quand elle est arrivée au gouvernement, elle était nouvelle dans le paysage politique. On s'est habitué à ce que Rachida Dati soit Garde des Sceaux."

Régine Barthélémy, présidente du Syndicat des avocats de France :
- "Je pense que Rachida Dati a été surmédiatisée en début de mandat et au dernier trimestre 2007, lors de la polémique sur la carte judiciaire. Qu'elle soit un peu en retrait aujourd'hui paraît un peu logique. La garde des Sceaux a mené son action en avançant à vue, envers et contre tout".

Propos recueillis par Alain Roux et François Sionneau

Posté par ERICCITOYEN à 09:49 - - Permalien [#]