29 février 2008

Municipales Avis de vaguelette rose

Politique

Municipales Avis de vaguelette rose

Benjamin  Neumann - 01/03/2008  - L'Expansion

Selon ElectionScope, le scrutin de mars devrait marquer un léger reflux pour la droite, qui perdrait plus de villes qu'elle n'en gagnerait. Un vote sanction pour la majorité, mais tempéré par les enjeux locaux.

 

 

Chute dans les sondages, grogne qui s'exacerbe à l'UMP, « psychodrame » de Neuilly, bisbilles au sein du gouvernement, croissance économique flageolante, déception sur le pouvoir d'achat, surmédiatisation de sa vie privée : Nicolas Sarkozy pouvait difficilement imaginer pire moment pour affronter l'épreuve des urnes, la première depuis son arrivée à l'Elysée, en mai 2007. La droite doit-elle vraiment craindre une débâcle lors des élections municipales ?

Pour en avoir le cœur net, L'Expansion a choisi de recourir une nouvelle fois aux méthodes de prévision politique fondées sur les tendances économiques. Une méthode originale élaborée par l'observatoire ElectionScope, et aujourd'hui éprouvée. Ainsi, dès janvier 2007, nous pouvions annoncer le score exact de la finale de l'élection présidentielle (53 % pour Nicolas Sarkozy, 47 % pour Ségolène Royal). Et début juin, le résultat du scrutin législatif était correctement prévu à dix sièges près, comme en 1993, 1997 ou 2002.

Le secret de la méthode ? Il s'agit en fait de considérer que les électeurs expriment d'abord dans l'urne un avis sur le bilan du candidat sortant (qualité de la gestion des finances locales, évolution de l'emploi local, mais aussi jugement sur le gouvernement national, etc.). « Cette attitude, qui semble attacher plus d'importance au passé qu'à l'avenir et aux promesses de programmes souvent floues des candidats, se justifie aisément : le sortant défend son bilan face à un électeur qui va formuler un vote sanction s'il est mécontent », expliquent les auteurs du modèle de calcul, Bruno Jérôme, maître de conférences à l'université de Paris II Panthéon-Assas, et Véronique Jérôme-Speziari, maître de conférences à l'université de Paris-Sud XI.

Quatre types d'électeurs

Au total, le résultat des élections dépendra du comportement de quatre types d'électeurs : d'abord les « partisans », qui votent de manière systématique par adhésion à des valeurs ou à une vision de la société et de l'économie. Un véritable socle pour chaque camp. « On comprend alors pourquoi les maires sont soucieux de préserver la démographie électorale de leur commune, ou pourquoi un nouvel élu tente souvent de la retoucher dans un sens qui lui sera durablement favorable », soulignent nos experts. Deuxième type d'électeurs, les plus nombreux : ceux qui tentent de juger objectivement la politique de l'équipe sortante. Un troisième groupe d'électeurs aura tendance à évaluer les sortants locaux à l'aune de la crédibilité du gouvernement ou de l'opposition au niveau national. Enfin, un quatrième groupe d'électeurs est plus « opportuniste » et utilitariste. Il soutiendra de manière très pragmatique le parti qui mènera une politique proche de ses préférences. A certains égards, les fameux « bobos » (bourgeois bohèmes) entreraient dans cette catégorie. Dans la même veine, certains d'entre eux sont plus mobiles, car plus riches, et n'hésitent pas à se délocaliser si la politique menée dans leur commune ne leur est pas favorable. Le comportement des quatre groupes précédents, en interaction avec le comportement des élus, va ainsi fortement influer sur la stabilité ou l'instabilité électorale, jusqu'à faire de certaines communes des « villes ping-pong », comme Béziers, Maubeuge ou Bourg-en-Bresse, qui changent presque à chaque fois de couleur.

« Mais celles-ci restent rares et, globalement, les résultats des élections municipales de 2008 ne devraient pas déroger à la règle qui prévaut depuis 1965 : les Français restent d'incorrigibles conservateurs quand il s'agit de renouveler leurs édiles », estiment nos deux économistes politologues. Lorsqu'on observe la chronique des élections municipales depuis quarante-huit ans, on s'aperçoit en effet que 56 % des 236 communes de plus de 30 000 habitants n'ont jamais connu plus d'un changement de majorité, qu'elles soient de droite (65 cas) ou de gauche (67). Et cette année, 189 des 236 villes devraient conserver la même couleur politique. C'est le cas notamment de Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Strasbourg et Le Havre, qui maintiendraient à leur tête respectivement Bertrand Delanoë (PS), Gérard Collomb (PS), Jean-Claude Gaudin (UMP), Martine Aubry (PS), Alain Juppé (UMP), Fabienne Keller (UMP), Antoine Rufenacht (UMP).

En termes d'équilibre droite-gauche, selon ElectionScope, la droite et la majorité présidentielle perdraient 25 villes (dont Mulhouse, où la situation est inédite, avec un maire au départ socialiste, Jean-Marie Bockel, devenu secrétaire d'Etat à la Coopération du gouvernement Fillon, et qui présente une liste d'« ouverture » dont le succès est peu probable). Il y a en effet une très forte probabilité de basculement dans des communes conquises par la droite en 2001 (par exemple Saint-Brieuc, Quimper, Evreux, Colombes, Argenteuil, Epinay, Bourg-en-Bresse et Noisy-le-Sec), qui repasseraient à gauche. La majorité court également un risque non négligeable de défaite à Toulouse, Arras, Rouen, Dieppe, Aulnay-sous-Bois et Drancy. Mais dans le même temps, elle en prendrait 22 à la gauche. La probabilité de défaite est très forte pour l'opposition à Auxerre, Ajaccio, Maubeuge et Tourcoing. Une gauche mal en point qui pourrait aussi échouer à conserver Bastia, Chambéry, Villeneuve-Saint-Georges ou Athis-Mons.

Plusieurs prévisions surprennent : la défaite pour la gauche à Chelles, Dunkerque et Dijon, le maire de la capitale bourguignonne n'étant autre que le n° 3 du Parti socialiste, François Rebsamen. Ces trois villes ont un point commun. Elles ne sont pas réputées pour la qualité de leur gestion et ont un comportement électoral proche de la moyenne nationale. On note ainsi que Nicolas Sarkozy y a devancé Ségolène Royal à la présidentielle. Les sortants devraient donc être défaits... s'il n'y avait le jeu des alliances avec le MoDem, par exemple à Dijon. Si les alliances UMP-MoDem sont des cas de figure connus, il reste difficile d'évaluer les conséquences électorales des alliances gauche-MoDem, à ce jour inédites. Le cas de Reims est lui aussi symptomatique de ces aléas. Selon les calculs d'ElectionScope, la droite recueillerait 52,1 % au second tour. Mais il va de soi qu'une triangulaire Vautrin-Dutreil-Hazan pourrait tourner à l'avantage de la candidate PS.

 

 

Globalement, la prévision politico- économique pour 2008 indique la fin d'un cycle électoral local favorable à la droite, en dépit d'un léger écart qui lui donnerait toujours 121 grandes villes, contre 115 à la gauche. Aujourd'hui, tout porte à croire qu'une vague « rose-rouge » pourrait naître de la baisse de popularité du président de la République, du mécontentement d'une partie de l'opinion impatiente de voir se concrétiser les réformes promises durant la campagne, des inquiétudes créées par la crise financière mondiale et de l'ambiguïté de l'ouverture aux yeux des électeurs de droite.

Ce serait donc la troisième phase du cycle des élections municipales sous la Ve République qui s'ouvrirait, après deux périodes bien distinctes. Une première, courant de 1965 à 1977, a vu la gauche monter en puissance avec un gain net de 57 villes sur la période. En 1977, la gauche administrait plus des deux tiers des 236 plus grandes villes de l'Hexagone. Mais à partir de 1983 et jusqu'en 2001, on observe le retour de la droite avec un gain net de 49 villes. En 2001, après un léger reflux lors des élections très « dégouvernementalisées » de 1989, la droite administrait pour la première fois depuis 1971 plus de la moitié des villes les plus peuplées du pays.

Il est toutefois probable que la vague rose attendue n'aura rien d'une déferlante. « Il ne faut en effet pas négliger que le Premier ministre reste populaire et crédible auprès de l'électorat traditionnel de droite, et que le gouvernement et sa majorité peuvent tirer avantage d'un taux de chômage qui n'a jamais été aussi bas dans le pays depuis 1982 », expliquent Véronique et Bruno Jérôme. Pour la majorité gouvernementale, le salut viendra peut-être d'élections qui s'annoncent plutôt conformes à celles de 1989 ou 1995, c'est-à-dire des élections où les critères locaux sont prépondérants, ce qui éloignerait le risque d'un vote sanction, comme ce fut le cas en 1977 et 1983.


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