28 novembre 2007

Colonna aussi dénonce les "contradictions" de l'enquête

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Colonna aussi dénonce les "contradictions" de l'enquête

                          

 

La parole était à l'accusé mardi. La veille, Roger Marion, l’ancien patron de la police antiterroriste, a clairement désigné Yvan Colonna comme l’assassin de Claude Erignac. Qu’à cela ne tienne: pour Colonna, Marion est un menteur. "Il a toujours menti, a-t-il déclaré. Il s’est trompé sur toute la ligne dans son enquête." Dommage que Marion n’ait été présent pour l’entendre.

Colonna cite, pour exemple, Jean Castela et Vincent Andriuzzi, les commanditaires présumés de l’assassinat, acquittés en appel, ainsi que Marcel Lorenzoni et Mathieu Filidori, incarcérés plusieurs mois dans le cadre de la "piste agricole" et finalement mis hors de cause. Il condamne une enquête "pleine de contradictions", assure que des éléments ont été "dissimulés", notamment des écoutes téléphoniques qui l’innocenteraient.

Ecoutes et doutes

Ces écoutes, justement, Marion a reconnu leur existence. Parmi plusieurs milliers d’heures de conversations interceptées, certains appels passés sur lignes filaires entre Alain Ferrandi et les frères Yvan et Stéphane Colonna ont retenu l’attention des enquêteurs.

Le commissaire principal Philippe Frizon, ancien adjoint de Marion à la DNAT, en a détaillé le contenu devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Les hommes y dissertent "de la coupe du bois pour l’hiver, des oliviers…" Des sujets hautement compromettants, en effet. A tel point que ces pièces n’ont même pas été versées au dossier d’instruction.

Pourquoi, dès lors, Marion et Frizon parlent-ils d’écoutes "judiciaires"? Les magistrats instructeurs, entendus ce mercredi, répondront peut-être à cette interrogation. A moins qu’il ne s’agisse d’écoutes administratives, suspendues à une autorisation politique. Faudra-t-il entendre Lionel Jospin, Alain Richard et Jean-Pierre Chevènement pour en avoir le cœur net?

Sans aller jusque-là, Colonna a tout de même tenu à souligner le caractère politique de son procès:

"Je voudrais rappeler que Monsieur Sarkozy a dit que j’étais coupable avant d’être président de la République, à maintes reprises. Et que récemment Monsieur Marion a été reçu par Monsieur Guéant."

Le secrétaire général de l’Elysée, ancien directeur général de la police nationale, sera entendu le 5 décembre à ce sujet.

Auditions sous haute attention

La Cour a ensuite poursuivi l’examen de l’enquête de police, en particulier le déroulement des interrogatoires. "On savait bien que tout se jouerait au moment des auditions", a précisé Philippe Frizon. C’est lui qui a dirigé les interrogatoires, sous la supervision de Marion. Il a donné sa version de l’histoire.

"Dépassés par le poids de leur acte", les suspects interpellés à partir du 21 mai craquent un à un. Leurs alibis n’ont pas résisté aux relevés GSM de leurs appels téléphoniques le soir du crime.

Didier Maranelli est le premier à se mettre à table. Le 23 mai, à 2 heures du matin, il nomme cinq autres membres du commando et désigne Colonna comme le tireur. A 3 heures du matin, Alain Ferrandi reconnaît être "l’idéologue du groupe" mais ne donne aucun nom. Le même jour, à 20 heures, Pierre Alessandri admet à son tour sa participation, sa présence sur les lieux du crime. "C’est Yvan Colonna qui a tiré", indique-t-il aux enquêteurs.

Leur a-t-on soufflé les réponses qu’ils refusaient de livrer? "Il n’y a aucune déclaration calquée sur les autres", assure Frizon. Il y a toutefois un épisode troublant: Joseph Versini, arrêté le 23 mai, refuse de témoigner avant d’avoir parlé à son avocat, qui a rencontré les autres gardés à vue auparavant. Versini a-t-il été mis au courant des déclarations de ses complices? "Je suppose…", lâche Frizon.

L’essentiel demeure que chaque aveu confirme les précédents. "Chacun a apporté sa pierre à l’édifice, résume-t-il, à part Marcel Istria." Ce n’est pas faute d’avoir essayé, pourtant: "On a tout fait", se souvient-il. C’est sans doute ce qui a conduit Istria à se plaindre de "gifles" à son avocat, accusations maintenues devant le juge d’instruction. Mais le médecin présent en garde-à-vue n’a rien constaté.

"Aveux sincères" et détails troublants

Ces hommes ont-ils avoué de leur plein gré? Frizon l’assure sous serment: quand Maranelli décide de parler, "c’est pas un homme stressé, il est conscient… C’est un homme qui a choisi d’assumer ses responsabilités." Et qui en ressort "soulagé".

Maranelli est aussi le seul suspect à évoquer des réunions du commando dans la propriété de la famille Colonna, pour planifier l’assassinat. Pourtant, les enquêteurs ne l’ont pas interrogé sur ce détail intriguant. Pourquoi douter de sa sincérité?

Idem pour Alessandri, "complètement maître de ses déclarations", selon Frizon. "Pour moi, ajoute-t-il, ses aveux sont sincères." Une conviction renforcée par la longue amitié qui unit le suspect à Colonna: "Je connaissais les liens qui existaient entre eux", dit-il. De l’amitié à la complicité, il n’y a qu’un pas…

Lors des gardes à vue, Alessandri est le seul à décrire la scène du crime. Ses indications collent aux constatations de la police judiciaire sur les lieux le 6 février 1998 et aux témoignages recueillis depuis lors. A une broutille près: la deuxième arme dérobée à Pietrosella (celle qu’il était censé porter pour couvrir le tireur au cas où…), il ne l’a pas jetée à la mer. Quelques années plus tard, sur ses propres indications, les enquêteurs la retrouveront à son domicile.

Entretemps, les membres du commando étaient revenus sur leurs aveux. Condamnés en juillet 2003, ils n’ont pas fait appel de cette décision. Mais, le 14 octobre 2004, dans le bureau du juge Gilbert Thiel, Alessandri, confronté à Colonna, affirmait être le tireur.

Posté par ERICCITOYEN à 11:07 - - Permalien [#]