29 février 2008
Un ancien du GUD prof à la fac de Poitiers: le Web partagé
Un ancien du GUD prof à la fac de Poitiers: le Web partagé
Par Caroline Vigoureux (Etudiante en journalisme) 16H10 28/02/2008
Depuis le début du mois, l'université de Poitiers est en ébullition. Le 9 février, Benoît Fleury, ex-chef du GUD, un groupuscule d’extrême droite, a été reçu major de l’agrégation en histoire du droit, lui permettant une affectation à la faculté de Poitiers. La présidence, soutenue par les étudiants et enseignants, se mobilise pour empêcher sa nomination. Une polémique qui relance un vieux débat: faut-il tenir compte de l’appartenance politique des professeurs d'université? Sur la toile, les avis divergent. Radicalement.
Dans un communiqué
publié lundi, le conseil demande au président de la République de
s’opposer à l’affectation de Benoît Fleury à Poitiers. Les étudiants
ont adressé une lettre à Nicolas Sarkozy:
"C’est ici le risque d’un trouble certain de l’ordre public. Certains perturberont ses cours, d’autres s’y opposeront. Cette probable polarisation idéologique et physique est susceptible de nous replonger dans des affrontements qu’a déjà connu cette ville dans les années 90.
"Nous en appelons à votre réflexion, et demandons à ce que vous refusiez l’affectation de Benoît Fleury dans le corps professoral français."
Un passé lourd, rejeté par l’université
Benoît Fleury a dirigé le GUD (Groupe union défense) à Assas. Un mouvement violent créé en 1968 et dissous en 2000, connu pour ses positions clairement racistes et antisémites. Dans une interview donnée à l’Echo des Savanes en 1999, celui qui se faisait surnommer "Lord", clamait son idéologie "fasciste, au sens italien du terme", estimant qu’il fallait "rayer Israël de la carte", et revendiquant son admiration pour le national-socialiste belge Léon Degrelle.
Benoît Fleury est aussi un bagarreur. Ce qui lui vaut à plusieurs reprises l’exclusion d’Assas, pour injures racistes, antisémites et agressions. Il écope même de trois mois de prison en 1998, pour avoir attaqué d’autres militants d’extrême droite. Un passé lourd, que l’université de Poitiers rejette en bloc.
En 2000, le leader du GUD semble se calmer. Chargé de travaux dirigés à Rouen, puis maître de conférence à l’université de Montpellier I, ses condamnations sont amnistiées, ce qui lui permet de se présenter au concours pour l’agrégation d’histoire du droit. Chose faite, il se heurte désormais au refus du cercle universitaire.
Sur la pétition mise en ligne
sur Internet contre l’affectation de Benoît Fleury, la faculté estime
que son affectation "va à l’encontre des valeurs humanistes et
républicaines défendues par l’institution".
Douze professeurs de l’école ont de leur côté signé une déclaration publique, dans laquelle ils rappellent qu’ils ne remettent pas en cause la "souveraineté d’un jury de concours", et font valoir leur attachement à leur "discipline et à son rayonnement":
"La loi française, en accord avec le droit européen, réprime les actes et discours racistes, antisémites et négationnistes. Les enseignants d’une discipline à la fois historique et juridique doivent se sentir particulièrement responsables du respect de ces dispositions destinées à protéger la dignité humaine contre la haine et le mensonge".
"L’hypocrisie de l’université"
L’appartenance
politique comme critère pour affecter un prof dans une université ? Une
vision qui ne fait pas l’unanimité. Pour Philippe Bilger, avocat
général près de la cour d’appel de Paris, le passé politique de Benoît
Fleury ne doit pas faire exception à la règle universitaire. Il dénonce
sur son blog "Justice au singulier", "l’hypocrisie" de la fac de Poitiers:
"Le président de l'université Jean-Pierre Gesson s'est fendu d'une déclaration qui constitue une merveille sur le plan de l'hypocrisie et de la défausse. (…) Abriter le droit, la liberté d'expression sous la morale, c'est les démonétiser, violer leur essence.
"Je préfère le roc des principes aux fluctuations des affinités dans ce domaine fondamental pour la démocratie. Honte sur Poitiers si Benoît Fleury n'y est pas affecté."
Même son de cloche sur le blog Libertés Internet. Jacques Poumarede, professeur d’histoire du droit à l’université de Toulouse I, considère que les principes démocratiques doivent s’appliquer à tout le monde, dans un post intitulé "L’humanisme sélectif de l’université de Poitiers":
"Bel exemple de l’hypocrisie bien pensante et de la démocratie à sens unique. (…) Si Fleury est amnistié et qu’il a cessé de propager des idéologiques racistes et violentes, de quel droit lui interdirait on de jouir des mêmes droits que tout autre diplômé de l’agrégation? La Démocratie, c’est pour tout le monde, ou alors c’est pour personne…".
La reconnaissance de l'extrême droite
Mais
ce qui inquiète surtout les étudiants de Poitiers, ce sont les
félicitations des groupes d’extrême droite à Benoît Fleury pour être
sorti major du concours d’agrégation. Comme s’il était toujours l’un
des leurs. A l’exemple du blog de "l’union des patriotes", groupe d’extrême droite, qui présente ses "sincères félicitations", à celui qu’ils appellent leur "camarade":
"Bien connu de nos milieux comme un sympathique petit rat noir d’Assas à la fin des années 90, Benoît Fleury vient de démontrer, une fois de plus, qu’il avait de nombreuses aptitudes intellectuelles, n’en déplaise aux détracteurs bobo-libéralo-gauchistes, amateurs de poncifs débiles: il vient de réussir le très difficile concours d’agrégation de Droit et, excusez du peu, s’octroie même la première place, celle de major. Toute l’équipe d’Union des Patriotes te présente ses sincères félicitations, camarade!".
L'appel d'un journaliste au Cameroun: "Arrêtez le massacre"
L'appel d'un journaliste au Cameroun: "Arrêtez le massacre"
Par Pius Njawe (Le Messager) 18H55 28/02/2008
Pius Njawe est un des pionniers de la presse indépendante en Afrique. Le Messager, hebdo puis quotidien, a une longue histoire de conflit avec la censure et les pressions.
Alors que les violents incidents de Douala et Yaoundé ont déjà fait au moins 12 morts, mêlant protestations contre la hausse des prix et contre la tentative du président Paul Biya de se maintenir au pouvoir en changeant la constitution, Pius Njawe a titré son éditorial: "Arrêtez le massacre". Nous en reproduisons à titre de document les principaux extraits.
Ce que Le Messager redoutait et n’a eu de cesse de le dire depuis le fameux arrêté du gouverneur Fai Yengo Francis interdisant les manifestations publiques dans le Littoral commence à se vérifier.
Jour après jour, la violence monte d’un cran lors des accrochages entre les populations et les forces de l’ordre. Si l’on n’avait déploré jusque-là que des blessés plus ou moins graves et des dégâts matériels importants, Douala a enregistré ses premiers morts ce week-end.
Comme on le voit, la situation commence ainsi à prendre des proportions inquiétantes, de nature à rappeler les fameuses années de braise, et notamment celle des “villes mortes” ou l’on avait, à en croire l’opposition de l’époque, enregistré entre deux cent et quatre cent morts.
Suffisant, en tout cas, pour tirer sur la sonnette d’alarme. Et placer chaque acteur face à ses responsabilités devant les hommes, devant l’histoire et devant le Bon Dieu.
Des médias fermés pour "exercice illégal de la profession de diffuseur"
La première responsabilité dans cette nouvelle escalade de violence qui risque de durer longtemps, incombe à l’administration, et donc au gouvernement.
Laquelle responsabilité se décline en des actes réglementaires pris ces derniers temps pour limiter la liberté d’expression et restreindre la liberté de la presse, notamment sous la griffe du ministre de la Communication, Jean-Pierre Biyiti bi Essam, qui a ordonné jeudi la fermeture d’Equinoxe TV, puis celle de Radio Equinoxe le jour suivant, pour “ exercice illégal de la profession de diffuseur… ”.
Cette responsabilité se décline également dans l’utilisation abusive faite des forces de sécurité pour imposer le respect de ces actes. Exemple : à Bamenda le 15 février, on a déployé au même moment les forces de police, de gendarmerie et même les militaires, lesquelles avaient envahi tous les artères de la ville.
La même mobilisation des forces de sécurité s’observe à Douala depuis deux semaines, notamment à Bepanda où l’on voulait empêcher le Combattant Mboua Massock de tenir un meeting pour demander le départ de Biya avant 2011, et au rond-point Dakar où était prévu un meeting du SDF Littoral contre la modification de la Constitution.
N’est-ce pas là une façon bien ridicule d’utiliser le marteau pour tuer une mouche? Ce d’autant plus que les populations, à chaque fois, n’étaient même pas informées de l’objet du déploiement de ces forces; c’est en voyant leur ville assiégée que celles de Bamenda se sont rendues compte de l’appel à la ville morte, tandis qu’à Bépanda, il a fallu que les habitants se voient refuser l’accès à leurs domiciles pour réaliser qu’il se préparait quelque chose, notamment le meeting de Mboua Massock.
Les forces de l'ordre ont aussi leur part de responsabilité
Il y a ensuite la responsabilité des forces de l’ordre. Qui semblent minimiser, ou qui ne mesurent pas assez le degré de cette responsabilité qui leur incombe dans la gestion de conflits, notamment à un moment aussi crucial que celui que traverse le pays aujourd’hui. Interpellations arbitraires, provocations inutiles, etc. sont souvent à l’origine des violents accrochages entre elles et les populations.
Il y a enfin la responsabilité des populations elles-mêmes. La loi a fixé les conditions d’organisation de manifestations publiques au Cameroun; cela ne coûte pas grand’chose d’en demander chaque fois que l’on veut en organiser, quitte à se faire accompagner d’un huissier de justice pour en constater l’effectivité ou le refus de délivrer le récépissé de dépôt le cas échéant.
Même si ces prédispositions ne garantissent pas la non intervention brutale des bidasses, au moins, elle vous couvre aux yeux de l’opinion et devant l’histoire. Or certains ont souvent prêté le flanc à la provocation et donné argument pour justifier la répression, en ne déclarant pas leurs manifestations. C’est vrai que dans le contexte actuel, une telle demande de manifestation aurait été irrecevable à cause de l’arrêté du gouverneur…
Les populations agissent généralement en position de légitime défense
Par ailleurs, on a vu, au cours des accrochages entre manifestants et forces de l’ordre, des gens s’attaquer à des biens publics ou privés, tels les infrastructures, les magasins, etc.
Dans le quartier de Dakar samedi soir, les populations aux mains nues, surprises par l’attaque des gendarmes, ont dû se servir des étals des petits commerçants qui bordent les rues pour riposter aux armes de guerre et autres gaz lacrymogène utilisés contre elles.
Dégâts collatéraux, mais dégâts à déplorer, tout de même! Tout comme ces chaussées sur lesquelles les mêmes populations ont brûlé de vieux pneus et les bois des étals pour manifester leur mécontentement.
Mais pour être juste dans l’analyse, il faut bien relativiser la part de responsabilité des populations qui, généralement, agissent en position de légitime défense face à des forces de sécurité armées et équipées avec l’argent de leurs impôts. “A hungry man is an angry man” ["Un homme affamé est un homme en colère", ndlr], disent les Anglo-Saxons.
L’utilisation de cet arsenal intervient dans un contexte de mécontentement quasi-généralisé. D’une part, parce que la vie devient de plus en plus chère alors que le pouvoir d’achat stagne depuis au moins deux décennies, et d’autre part, probablement, parce que la majorité des Camerounais ne veulent pas d’une modification de la Constitution pouvant permettre à Paul Biya, accusé d’être à l’origine des nombreux maux qui minent le pays et rendent la vie si dure, de pouvoir briguer un nouveau mandat à la tête de leur pays.
Or cette manière de répondre à leurs récriminations peut suggérer des idées du genre: “Déjà on ne mange pas à notre faim, on ne peut pas envoyer nos enfants à l’école ou les soigner, et maintenant on ne peut même plus parler ou marcher!”.
Une nouvelle génération de contestataires se forme. Une armée d'enfants
En tout cas, cette répression sauvage qu’on oppose à l’ardent désir du peuple à s’exprimer à sa manière (pacifique) sur une question aussi essentielle que la modification de la Loi fondamentale de notre pays, est de nature à faire exploser des frustrations longtemps accumulées.
Et le spectacle de ces enfants de 8 à 12 ans faufilant dans les quartiers pour ravitailler en pierres, gourdins et autres morceaux de bois leurs aînés du “front” montre bien comment une nouvelle génération de contestataires est en train de se former sous nos yeux; une véritable armée d’enfants soldats que nous risquons d’avoir du mal à contrôler demain, alors que nous les auront préparés à cela en utilisant nos armes pour réduire au silence leurs parents aux mains nues.
Autant rappeler à tous ceux qui, dans ce pays, continuent à penser que la force brutale et la répression aveugle sont les seuls arguments à opposer à ceux qui veulent s’exprimer sur certaines questions de la vie nationale, que s’ils ne se trompent pas de pays, ils se trompent sûrement d’époque et d’adversaires.
(Publié le 25 février 2008.)
► Lire aussi: Cameroun: à Douala, la grève des transporteurs vire à l'émeute
28 février 2008
Taser en rétention: violence à l’abri des regards
Taser en rétention: violence à l’abri des regards
Par Alain Morice (Anthropologue, CNRS) 18H37 27/02/2008
Alain Morice, anthropologue au CNRS, réagit à l'utilisation de pistolets Taser au centre de rétention de Vincennes, confirmée par la police, mardi 26 février.
Un pas en avant a ainsi été franchi dans la nuit du 11 février 2008 avec l’apparition du Taser comme moyen de répression. Nous avons en effet appris par la presse et par Internet que des tirs au fusil Taser auraient été effectués récemment au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, près de Paris.
Ce CRA est actuellement le site d’une résistance ardue et courageuse de la part de personnes de nationalité étrangère en instance d’expulsion, qui affirment être soumises à de mauvais traitements systématiques et à des conditions de détention dégradantes. Débordées par la situation, les forces de police semblent ne plus maîtriser la situation, ce qui se traduit par une surenchère d’insultes racistes et d’exactions physiques. Ajoutons que ces lieux sont tenus au secret, ou presque.
Des enseignements politiques inquiétants peuvent être tirés de cette initiative.
Du point de vue de leurs fabricants comme de leurs utilisateurs, l’argument en faveur des Taser est que ce sont des armes destinées à neutraliser à distance les personnes dangereuses hors de tout contact physique, sans les tuer ni risquer sa propre vie. Or il se trouve que cette innocuité est contestée et que des sources concordantes imputent à ces instruments la cause de nombreuses morts ou lésions graves et invalidantes. La personne qui a été victime d’un tir de Taser au CRA de Vincennes a été évacuée dans un hôpital, ce qui, dans les conditions de mépris des personnes qui y règnent, démontre que les autorités ont craint une issue fatale.
Allons plus loin. Le Taser est en la circonstance introduit dans des lieux qui, selon la trompeuse formule officielle, ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire. C’est-à-dire des zones de non droit où la justice n’exerce qu’exceptionnellement son droit de regard. Cette arme, encore une fois potentiellement meurtrière, a été utilisée pour mater une rébellion, complètement légitime, de personnes subitement privées des droits fondamentaux les plus élémentaires et soumises à un régime d’enfermement pire que celui de la prison de droit commun.
Pas de danger pour la sécurité des policiers
L’arme a été utilisée dans des circonstances carcérales où la sécurité des policiers n’était pas en danger. Alors pourquoi? Et faut-il supposer que les autorités de la république contrôlent assez peu leurs agents de répression pour permettre que le Taser traîne n’importe où à la ceinture du policier? Pourquoi pas demain dans les transports en commun?
Rappelons enfin que dans les CRA, nul citoyen ne peut pénétrer, hormis les parlementaires (qui ne s’y bousculent pas) et les bénévoles de la Cimade, qui fait ce qu’elle peut et qui bien sûr ne risque pas d’être témoin des exactions qui se produisent quand elle a le dos tourné.
Les plus anciens se souviennent que les CRA ont fait suite à la découverte, à Marseille en 1975 de la prison clandestine d’Arenc, contrôlée entièrement par la police, où étaient séquestrés des travailleurs immigrés en instance d’expulsion. Depuis 1964, la police y régnait en maître à l’abri des regards, sur la seule base d’un règlement de police de 1938 autorisant l’internement des étrangers sans papiers.
Nous voici rendus à deux hypothèses hélas! bien plausibles. D’abord, dans certains lieux tenus secrets, il peut se passer les pires horreurs, pourvu que cela ne transpire pas au dehors. Dans les CRA, la violence disproportionnée de la répression que subissent actuellement les étrangers en colère est visiblement une manière de leur dire: "Que cela ne sorte pas d’ici, ou vous allez le payer cher."
Tester les Taser dans les CRA obscurs
Dans cette optique, vu que les CRA sont justement destinés à garder sous la main des personnes qu’on ne parvient pas à expulser, à tout instant le meurtre est à l’horizon comme moyen ultime de rétablir le silence de plomb qui doit régner sur ces centres. Ensuite, donc, il est permis de supposer que les fusils Taser, justement parce que controversés, sont testés là, dans d’obscurs CRA, à l’abri des regards de la société civile, par de zélés fonctionnaires qui croient bénéficier d’un privilège d’invisibilité, sur des populations que presque tout le monde méprise ou ignore.
Nous serions alors, toutes proportions gardées, dans une logique où les rapprochements historiques ne manquent pas en matière d’expérimentations dangereuses sur les personnes humaines. On nous objectera que l’intention n’est pas prouvée et que l’erreur sera blâmée. Nous objecterons à notre tour, avec hélas! la certitude de n’être pas démenti par les faits, que le crime de jouer avec un engin de mort contre des détenus sans défense restera, comme toujours, impuni.
27 février 2008
Sarkozy et l'Afrique: retour sur un rendez-vous raté
Sarkozy et l'Afrique: retour sur un rendez-vous raté
Par Rue89 15H15 27/02/2008
Dans son discours à Dakar cet été, le Président dissertait sur les handicaps de "l'homme africain". Deux livres lui répondent.

Voici deux livres que Nicolas Sarkozy pourrait utilement consulter ce mercredi, pendant les quelques heures de vol entre Paris et N'Djaména. Deux ouvrages qui le flatteront: ils ont tous deux été écrits en réaction à son discours de Dakar l'an dernier, qui avait déjà fait couler pas mal d'encre. Mais qui l'agaceront, aussi, assurément car ce sont d'implacables réquisitoires contre ce rendez-vous manqué de Nicolas Sarkozy avec l'Afrique.
Les titres sont eux-mêmes explicites: "L'Afrique répond à Sarkozy, Contre le discours de Dakar", rédigé par un collectif d'intellectuels africains, et "L'Afrique humiliée", signé par Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture, devenue l'une des intellectuelles africains les plus engagées en faveur d'une "rupture mentale" entre le continent noir et l'ancienne puissance coloniale.
Le passage qui avait le plus choqué, c'est évidemment le passage où Nicolas Sarkozy explique aux Africains que "le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. (...) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès". L'"homme africain" n'a pas apprécié.
"La francophonie, escroquerie planétaire"
Le
paradoxe de "L'Afrique répond à Sarkozy", c'est qu'il n'a pas été écrit
que par de jeunes excités anti-Sarko, que l'on pourrait laisser à leur
marginalité. Au contraire: le coordinateur de l'ouvrage, Makhily
Gassama, fut conseiller du président sénégalais Léopold Sedar Senghor
et responsable de plusieurs instances de la Francophonie. Il est
également professeur de lettres, animateur de radio...
C'est dire que sur la relation franco-africaine, il a tout vu. Or, sous sa plume, on tombe sur ce jugement sur "le vaste mensonge de la francophonie, cette honteuse escroquerie planétaire".
De tous ces textes, ce qui ressort c'est à quel point Nicolas Sarkozy a raté une magnifique occasion de rompre avec plusieurs décennies de ce qu'on a baptisé du méchant mot de "Françafrique". Pendant la campagne électorale, il avait promis cette "rupture", y compris sur la politique africaine, et son ministre de la coopération, Jean-Marie Bockel, s'est exclamé en janvier dans Le Monde: "La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès." Et d’exprimer son impatience vis-à-vis d’une "rupture [qui] tarde à venir".
Comme l'écrit l'un des contributeurs du livre, Mwatha Musanji Ngalasso, professeur de sociolinguistique à Bordeaux3, "on attendait (...) la rupture. Ce fut la cassure":
"Nicolas Sarkozy a rassuré les pouvoirs en place. Mais il s'est aliéné les jeunes, les dirigeants de demain. Rarement président français aura fédéré autant de voix contre lui, tant il a été critiqué, conspué, vilipendé au sein même du “pré carré“ francophone."
Ce linguiste a trouvé le discours "arrogant", "paternaliste", "néocolonialiste", "fumeux", "archaïque", "ringard", "démagogique à souhait", etc. Fermez le ban. Excessif? Injuste? Ces lignes doivent être prises pour ce qu'elles montrent: la blessure ouverte par un discours (dû à la plume du conseiller de l'Elysée, Henri Guaino) à côté de la plaque.
Aminata Traoré et le racisme de l'Occident
Chez Aminata Traoré aussi, les mots sont rageurs. Ecrits vite, parfois mal, ils disent sa colère après le discours de Dakar.
Abordant pêle-mêle l'immigration choisie, Brice Hortefeux, le Mali, sa production de coton et les clandestins de Ceuta, Aminata Traoré désigne le mal par un mot simple: racisme. L'Occident n'aime pas les Noirs, le président français a transmis. Ses phrases dégoulinaient, écrit-elle, de condescendance et d'ignorance. Parfois de cynisme.
Lorsqu'il a assuré à la jeunesse africaine qu'elle n'était pas une oubliée de l'aventure humaine, Nicolas Sarkozy oubliait alors ceux qu'il jette dehors, ceux qu'il empêche de voyager, ceux qui sont mis au ban des sociétés blanches.
De longs passages sont consacrés aux parcours de ces jeunes maliens ou sénégalais, morts pour avoir tenté de quitter l'Afrique. Parfois sous les balles des policiers aux frontières entre le Maroc et l'Espagne. Ce qu'elle appelle "la sous-traitance de la violence" au Maghreb est ce que l'Europe désigne comme la lutte commune de la Méditerranée contre l'immigration illégale.
Elle observe qu'après son allocution, certains ont applaudi Nicolas Sarkozy. Une réaction analysée comme un syndrome du "bourreau aimé et révéré". Au coeur de la singulière relation entre la France et l'Afrique, Aminata Traoré dénonce cet indépassable mépris des uns et ce surprenant déni de l'autre:
"Le pire est que nous, Africains, ne voulons souvent pas admettre la résurgence du racisme anti-Noirs, de peur de devoir se battre contre un adversaire redoutable parce que extrêmement puissant: la France et l’Europe unies dans un même combat."
Après ce mauvais départ, Nicolas Sarkozy peut-il retrouver les voies et moyen d'un dialogue avec l'Afrique et les Africains? Ce n'est pas son escale tchadienne qui l'y aidera: son principal objectif est d'obtenir la grâce d'Idriss Deby pour les six membres de l'Arche de Zoé, un événement qui a, là encore, choqué de nombreux africains et brouillé l'image de l'ancienne puissance coloniale, prédatrice enrobée de bons sentiments. Et le soutien à un autocrate arrivé au pouvoir par les armes, alors que règne encore la plus grande incertitude sur le sort d'opposants civils disparus pendant les récents combats, n'est pas de nature à assurer la moindre "rupture".
Renouer avec l'Afrique devrait pourtant être une priorité de la diplomatie sarkozyenne, à condition que Paris soit vraiment capable de tourner la page de la Françafrique.
Zineb Dryef et Pierre Haski
Douste-Blazy s'invente un costume de dirigeant onusien
Douste-Blazy s'invente un costume de dirigeant onusien
Par Emmanuel Saint-Martin (French Morning) 12H20 27/02/2008
Ses espoirs de destin national se sont envolés. Qu’importe, Philippe Douste Blazy se trouve un rôle international, quitte à s’arranger un peu avec la réalité et à s’inventer un rôle de dirigeant des Nations unies... que personne ne lui a confié.
"Il devient l’un des hauts responsables des Nations unies avec le titre de secrétaire général adjoint de l’ONU", assurait RTL. "A New York, Douste-Blazy rejoint le club des 'SGA' (secrétaires généraux adjoints) qui dirigent les grands départements de l’ONU et la représentent sur les théâtres de crise", admirait le Figaro.
Et tous de saluer, non sans un brin d’ironie, l’entregent de l’ancien ministre des Affaires étrangères qui lui permettait ainsi de retrouver une fonction de premier plan au sein des Nations unies alors que la France semblait ne plus vouloir de lui.
Non, Douste-Blazy n'est pas devenu n°2 de l'ONU. Ni même n°10...
Le problème, c’est que ce sont surtout les talents de communicateur de Douste-Blazy qu’il fallait ainsi saluer. Les médias français, dûment briefés par l’intéressé lui-même ou ses collaborateurs, se sont enthousiasmés un peu vite. Non, Philippe Douste-Blazy n’est pas subitement devenu le n°2 (ni n°3, ni n°4, ni n°10) de l'organisation.
Incrédules, les vrais responsables des Nations unies se sont retrouvés à expliquer au Monde (le premier à se donner la peine de vérifier les dires de l’ex-maire de Toulouse) que, en fait, comment dire, "secrétaire général adjoint" est un rang protocolaire, partagé par quelque 80 autres "responsables" onusiens.
Certains d'entre eux dirigent réellement des départements entiers de l’organisation internationale (tel le Français Jean-Marie Guéhenno, patron des opérations de maintien de la paix), tandis que d’autres sont simples conseillers, parfois bénévoles. Philippe Douste-Blazy appartient lui à cette seconde catégorie, mais il a trouvé qu’il n’y avait pas de mal à se pousser du col.
L’intitulé officiel du poste est "Conseiller spécial pour les sources novatrices de financement du développement". Un titre obtenu en partie grâce à son rôle, avéré lui, dans la création de Unitaid, agence internationale de lutte contre le sida, mais aussi grâce à un lobbying tenace auprès de Ban Ki Moon.
Lobbying relayé par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et surtout par l’Elysée, où l’intéressé occupait depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy un poste de conseiller "chargé de l’humanitaire" aux contours plutôt flous.
A Wahsington, Douste-Blazy n'aura ni bureau, ni équipe, ni budget
Une porte de sortie donc... mais pas forcément à moindres frais. L’ONU, via un communiqué de presse, assure que le poste est bénévole et que l’intéressé n’aura ni bureau, ni équipe, ni budget, simplement un "per diem" pour ses frais, notamment pour venir à New York, puisqu’il reste, toujours officiellement, basé à Paris.
Mais Philippe Douste-Blazy n’en démord pas: alors que le communiqué de presse de l’ONU avait été publié, il continuait d’assurer aux journalistes et à tous ses contacts à New York qu’il allait s’installer à Manhattan et qu’il lui fallait une équipe "de 30 à 50 personnes" pour mener sa tâche à bien.
Au Monde, il assurait même que Ban Ki Moon, le secrétaire général, lui avait promis un bureau au 38e étage (celui qu'il occupe). Problème de traduction sans doute: à l’ONU, on confirme qu’il n’en a jamais été question...
Reste une question: qui va rémunérer Philippe Douste Blazy si les Nations unies ne le font pas? Tout à la hauteur de sa mission, l’ancien ministre a assuré qu’il quitterait son poste à l’Elysée et confiait que la question de la rémunération n’avait "pas été évoquée".
En partenariat avec:
Charles Mouloud (et Cie) à l'assaut du marché de Neuilly
Charles Mouloud (et Cie) à l'assaut du marché de Neuilly
Par Charles Mouloud (Bras gauche de la Vénus de Millau) 11H57 27/02/2008
Charles Mouloud, ci-devant envoyé vraiment spécial de Rue89 aux Trans Musicales de Rennes, a quitté sa Bretagne chérie pour monter à la capitale, visiter son comparse, un autre riverain émérite, Brogilo. Il en a profité pour mener l'enquête sur le marché de Neuilly. Que cachent donc les guerres internes de l'UMP dans la ville du Président? Attention, choc des cultures.

Magellan, Cartier, de Bougainville, au secours! Nous partons en "terra incognita" incognitos. Comment se préparer au mieux pour découvrir un autre monde? Le 24 février à la pointe du jour, nous sortons d'un rade de la rue des Poissonniers (XVIIIe), et naviguons au GPS vers le Grand Ouest, guidés en cela par une forte odeur de marée.
Neuilly est une île, auréolée d'un ciel bleu roi. L'accostage sera difficile, et nous appréhendons l'accueil des indigènes. D'autant que notre débarquement coïncide avec un rituel coutumier, l'intronisation du chef du village.
Quelques messagers nous ont fait part de diverses tensions claniques. Et si derrière les gesticulations pipolomédiaticopolitiques de ces dernières semaines, se dissimulait le véritable destin de notre République?
Et si la blondeur grimaldienne du fils prodige, la voix atone de Martinon, les jeux de vrais faux jumeaux adoubés par l'UMP, n'étaient que trompe-l'oeil masquant le cœur du projet Sarkozy?
Que se cache-t-il derrière le show Teullé vs Fromantin? Nous avons enquêté sur les terres marbrées de Neuilly, afin de percer les secrets du berceau de la nouvelle civilisation.
L'équipement: un havane et des lunettes de soleil
Sérieux, on avait les "pouettes"! La veille encore, nous étions en sécurité dans la quartier parisien de la Goutte d'or, faisant des emplettes pour le tajine du soir, alors ça sentait l'expédition à haut risque! Ouf! Heureusement que nous avons le teint caucasien et quelques remugles d'éducation judéo-chrétiennes. Un havane et des lunettes de soleil, l'équipement devrait suffire…
Cap sur le centre du monde!
Notre sextant ne suffisant pas à guider notre frêle esquif, nous hélons une passante apparemment sans soucis, qui nous indique le sens des courants. Après nous être assurés de la commodité de l'ancrage, nous faisons faire à la frégate, rue du Commandant-Pillot, un modeste créneau auprès d'un estaminet. Puis nous fondons sur la place du Marché.
Espoir ancré 1: Y rencontrer quelques caciques.
Espoir ancré 2: Y humer les vents contraires.
Deux SDF font la manche au pied une agence de la Société générale, mais ils semblaient encore ignorer que ce symbole de la sécurité et de la prospérité financière venait de connaître quelques déboires boursiers. A moins qu'il ne s'agisse de traders initialisant une nouvelle approche des marchés financiers. Cette ville est si étrange!
C'est confirmé: le MoDem a inventé l'eau tiède
Arrrgh! L'agent orange! Le MoDem est dans la place! Une femme ornée d'un écharpe orange nous explique que l'objectif du MoDem vise à prendre les meilleures idées des deux bords. Elle nous file la métaphore, la gueuse! "C'est comme un robinet, un mitigeur", dit-elle. "Nous, nous ne sommes ni trop chaud, ni trop froid… juste la bonne température!" C'est confirmé: le MoDem a inventé l'eau tiède.
Je lui conseille quand même de surveiller la courbe des températures, la méthode Ogino semblant être à préconiser dans ces contrées fécondes en enfants dans le dos.
Parée
de lunettes de marque et d'un T-shirt blanc siglé "I love N euill Y",
une sémillante indigène tente de nous expliquer la différence entre les
listes de frères siamois désormais ennemis. J'y comprends que les vrais
sont moins faux que les authentiques d'hier, à moins que ce ne soit
l'inverse.
Pendant ce temps, le représentant de l'ex-liste officielle de l'UMP écoute sa rivale et néanmoins amie en opinant du chef, mais apparemment le sourire est resté en bandoulière.
Il faut l'écrire: de tous les sauvages que nous avons déjà rencontrés, les Neuilléens sont les plus dénués de rien. Les autochtones habitent pêle-mêle hommes, femmes, enfants et domestiques dans des cabanes que la décence nous interdit de vous décrire.
Sur
les étals des poissonniers, ni requins, ni piranhas mais des gambas, de
la sole, du turbo et du saint-pierre (29,90€ le kg) qui prennent le
frais sur la banquise reconstituée, au côté d'étranges brochettes de
cuisses de grenouille, dont la présentation évoque une grappe
d'attributs masculins exhibés en trophée.
Est-ce un message, symbole de la violence des rixes des bandes rivales de ces dernières semaines? Nous essayons, tel Champollion, de décrypter les messages déguisés, les signes cabalistiques. Ici de petits calmars côtoient un poulpe replié sur lui-même. Métaphore sondagière? Seule tache de couleur, le rose du saumon (la gauche?). Mais celui est laminé haché menu façon tartare, découpé fin méthode carpaccio! Quelle violence!
Même
avec l'arrivée de la Patek Philippe dans la vie du "Zident Kétanou",
ancien chef du village, les montres de luxe contrefaites se vendent à
10€, tout comme les faux foulards Chanel et accessoires D&G… La
mondialisation n'épargne pas ce territoire vierge: on y trouve les
mêmes produits qu'au marché Dejean, près de Barbès, à Paris.
Ici,
un petit cochon noir sert d'appât à clients pour un vendeur de bonbons.
Un garde de la milice de la ville vient s'enquérir de l'arbre
généalogique du vendeur, avant que la maréchaussée et ses fiers
hallebardiers ne vienne engager l'estranger à quitter le lieu, après
sans doute avoir pris les mesures du spécimen et vérifier sa carte de
traçabilité.
Un
homme de sexe masculin, la chevelure blanche et aux manières fort
urbaines nous proposent un document. Et là, c'est l'étonnante
révélation! Cet homme va nous révéler le plan secret de la ville.
Il est le messager infatigable d'une confrérie de 800 membres, de l'association Neuilly Promenade, crée en 1998, et qui ne vise pas moins qu'enfouir Charles-De-Gaulle! Nous avons trouvé la Rupture! De Nation à la Défense, De Gaulle, boulevard de toutes les dérives, doit être enterré! Ce grand corps malade pollue la vie des Neuilléens
Le flux continu des étrangers, 200 000 véhicules par jours est devenu insupportable. Dans le dernier numéro du journal de Maillot-Sablons-Madrid, organe de l'association, une trouvère du nom de McRoger, avec une verve d'un arthurien sous Fraises Tagada au LSD, écrit ceci:
"Un monstre véritable qui nous empoisonne la vie… C'est le dragon automobile aux milliers d'yeux blancs et rouges, crachant la fumée et faisant trembler la terre.Nous le voyons tous les jours, nous subissons sans arrêt ses colères… Il offusque notre vue, notre odorat et notre vue…"
Mais combien de temps pour réaliser l'enfouissement du Général? A cette question, la réponse est sans appel. Il faudra compter huit ans minimum, nous répond l'homme aux cheveux blancs. Vous avez bien lu, il faudra au moins deux quinquennats pour en finir avec De Gaulle!
Si par mégarde une poubelle traîne, elle est signée Lenôtre
Il est temps de rejoindre la civilisation, lorsque nous croisons une jeune militante survitaminée, en T-shirt bleu ciel mon mari, la couleur d'un troisième enfant de la tribu UMP, Bernard Lepidi, un cousin par mésalliance avec le CNI.
Quelle est donc la différence avec les autres? "C'est le seul qui ne soit pas corrompu!" nous dit-elle. Nous n'en saurons pas plus, telle une schtroumpfette sur ressorts, elle part en courant à l'assaut de la citadelle!
Il y aurait donc de la corruption à Neuilly?! Nous avons été accueillis de façon si courtoise et policée, ici, nul ne nous aura touché, salie, et encore moins insulté, qu'il nous est impossible d'imaginer une once de transgression en ce lieu.
Tout y est propre et bien rangé, et si par mégarde une poubelle traîne sur le trottoir d'une large avenue, elle est signé Lenôtre. Sans doute un clin d'oeil de classe aux amis versaillais qui possèdent de si beaux jardins.
Bien sur, point de colliers de fleurs à l'arrivée, et encore moins de vahinés dansant le tamouré, mais ce peuple respire la bonne santé, la joie de vivre et la sérénité des gens biens nés et bien éduqués.
Un véritable patrimoine de l'humanité.
Charles-Mouloud et Brogilo
25 février 2008
Comment le PS a perdu le tiers de ses troupes
Comment le PS a perdu le tiers de ses troupes
Par Zineb Dryef (Rue89) 20H37 25/02/2008
Les anciens sont déçus par Royal, les nouveaux par l'accueil que leur a réservé le parti: près de 80 000 adhérents ont déserté.

Cliquez ici pour voir le panoramique de Gilles Vidal en plein écran
Pendant que les ténors du PS s'enlisent dans leurs querelles de chapelles, les adhérents s'en vont. Au service communication du parti, on n'apprécie d'ailleurs pas trop les questions sur les chiffres:
"Seul un officiel peut vous parler et d'ailleurs, vous n'aurez pas de chiffres. On ne les communique pas."
Après plusieurs coups de fil, le PS finit par nous fournir une réponse. C'est rude: des 218 000 adhérents de l'année 2006, il n'en reste, selon Yves Bonnefoy, président du Bureau national des adhésions, que 140 000. Un chiffre probablement surévalué, grincent certains cadres du parti, qui accusent la campagne d'adhésion "à 20 euros" (contre au moins 55 euros précédemment) lancée en mars 2006.
A l'époque, des jeunes et des femmes étaient certes venus grossir les rangs du parti. Mais aux réunions de sections, notamment à Paris, une fédération forte de 70 000 adhérents au plus fort de la mobilisation, les nouvelles recrues s'étaient faites invisibles.
A quelques semaines de la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, au mois de novembre, les secrétaires de section décident même d'établir une nouvelle règle du jeu: pour voter, il faut s'être présenté au moins une fois dans une réunion. Gagné: les nouveaux se sont bousculés pour avoir le droit de glisser leur bulletin dans l'urne.
Des vieux militants déçus par Ségolène Royal
Depuis cette soirée de primaires, c'est le calme. Un responsable du XIIe arrondissement avoue que sa section, qui avait gagné 800 personnes, est aujourd'hui redescendue à son niveau d'avant, soit quelques 600 adhérents. Parmi ces démissionnaires, des "vieux" militants. Arrivé en 1996, Eric Besançon, 46 ans, n'a pas renouvelé sa cotisation cette année:
"Après dix ans au PS, deux choses m'ont traumatisées: le sourire de Ségolène Royal au soir de la défaite et son volte-face sur le Smic à 1 500 euros. Je ne la supporte plus et j'ai voulu manifester ma colère."
Saine ou pas, sa colère est surtout passagère. Eric l'a décidé, il retournera au PS... sauf si Ségolène Royal prend les rennes du parti. Ce rejet de l'ex-candidate a motivé la décision de partir chez beaucoup de militants de longue date.
A 54 ans, Patrick Soulier a passé dix-huit ans dans des réunions de section à Cesson-Sévigné (Ille-et-Villaine):
"Je suis arrivé en 1990, après le Congrès de Rennes. Je voulais faire avancer les choses. J'ai failli partir en 1997 quand Lionel Jospin a initié la privatisation d'EDF. Puis à nouveau en 2005, à cause de l'Europe. Et j’ai finalement plié bagages en 2006 après la désignation de Ségolène Royal."
Qualifiant la présidente de la région Poitou-Charentes de "candidate des sondages", Patrick Soulier déplore sa désignation par des "gens peu fiables". Il n’est pas le seul à fustiger ces "adhérents à 20 euros".
De nouveaux camarades éphémères, "sans fidélité au parti"
Les militants de longue date ne sont pas les seuls à déserter. Une grande partie des nouveaux adhérents, attirés par la candidature de Ségolène Royal, n'ont finalement pas renouvelé leur carte.
Un secrétaire fédéral y voit une absence de politisation de ses éphèmeres camarades:
"Ce sont des gens sans fidelité au parti. Ils n’ont pas fait campagne. Peu d’entre eux sont venus voter au projet. Le contenu leur importait beaucoup moins que les candidats."
Mais cette sévérité a lourdement pesé dans leur décision de fuir. Etudiant, François a poussé les portes de sa section dans le Val-de-Marne en 2006. Plein de l'envie de voir gagner Dominique Strauss-Kahn, il est allé aux réunions, a participé à des groupes de discussions, a collé des timbres sur des enveloppes, a tracté. Avant de déchanter:
"J'en ai eu marre qu'aux réunions, on me reproche mes questions. J'en ai eu marre que tout soit compliqué. Les autres adhérents nous traitait comme des fans de la Star Ac'. Je suis parti."
Farid Taha est aujourd'hui au Modem. Il se souvient de ses deux mois à la section de Compiègne (Oise) en 2002. Voici le témoignage qu'il nous a envoyé par mail:
"J’ai demandé à adhérer à la fédération de l’Oise et un
syndicaliste de la CFDT travaillant avec moi m’a conseillé de voir une
des responsables locales à Compiègne. On m’a fait attendre presqu’une
bonne heure dans un local de permanence électorale exiguë sans trop
m’adresser la parole.
"J’ai payé ma cotisation et je suis parti avec un bout de papier annonçant la réunion publique du surlendemain. J’y suis allé, découvrant pour la première fois une réunion politique avec d’un côté des chaises et des militants qui écoutent (ils n’avaient pas encore inventé la démocratie participative) et de l’autre une estrade avec des cadres qui parlent.
"J’ai posé une ou deux questions qui se sont soldées par une réponse catégorique du genre 'c’est pas le moment.'"
Un mode de fonctionnement poussiéreux et décourageant
Pour Rémi Lefebvre, politologue spécialiste du socialisme français, également membre de Gauche Avenir, club de réflexion de l'aile gauche du parti, cette opération à bas prix a été bricolée dans l’urgence et l’amateurisme:
"L’UMP, à la même époque, pesait lourd en terme de militants. Le PS n’avait pas le choix, ils leur fallait tenter quelque chose."
A l'époque, le parti ne comptait que 130 000 militants. Jack Lang, responsable de cette campagne, y a beaucoup mis du sien. Sur la forme: accueil des nouveaux, déplacements, nouveau site internet. Sur le fond: discours très antisarkozyste et nouveau mode de désignation.
Lang avait annoncé, à l'époque, être candidat à la candidature, avant de soutenir Ségolène Royal. Un responsable socialiste persifle: "Il a été zélé parce qu’il se voyait déjà président…"
L'affluence des nouveaux adhérents a ainsi été mal accueillie par des sections dont le mode de fonctionnement, poussiéreux, n'a pas su s'adapter.
"Les partis surévaluent toujours leurs adhésions."
Un an après, le Parti socialiste, qui a tant communiqué les chiffres de ses nouveaux adhérents, se fait discret lorsqu’il s’agit de soustraire. Suffisamment vague, le secrétaire aux Fédérations Kader Arif reconnaît que la majorité des partants se compte parmi les adhérents à 20 euros. Pour Rémi Lefebvre, "c’est certainement bien pire que ce qu’ils annoncent. Les partis surévaluent toujours leurs adhésions."
Pour ça, les comptables n’ont même pas besoin de recourir au mensonge. Il suffit de conserver les fichiers d’une année à l’autre, sans faire de mise à jour... Estelle continue ainsi de recevoir du courrier de sa section parisienne, alors qu'elle a quitté le PS en février 2007.
Yves Bonnefoy, président du bureau national des adhésions, concède qu'il est difficile d'établir le nombre exact, notamment en raison de ce double comptage: celui des adhérents dont la cotisation est à jour, et le "corps électoral" constitué par l'ensemble des adhérents des deux dernières années.
Si un adhérent a payé sa cotisation en 2006, il reste pris en compte dans les fichiers et peut, pendant deux ans, renouveler sa carte à tout moment pour participer aux votes internes. Un système complexe qui explique en partie le flou des chiffres.
"Le parti où ils sont le plus nombreux, c’est chez les anciens." Rengaine en vogue dans les années 70 pour railler les vagues de désertions qui touchaient le PCF, elle s’est appliquée dès la fin des années 80 aux socialistes.
"Cette chute des adhérents socialistes est exceptionnelle"
La décrue, d’environ 25% officiellement, est "normale après une campagne", insiste Solférino. Notamment après une défaite. "Ils viennent faire un tour pendant la campagne et repartent. Les réunions politiques de base ne sont pas spécialement rigolotes", dédramatise un socialiste, avant d’observer que "l’amplitude des marées est impressionnante". Rémi Lefebvre rétorque qu'en France, "si le turn-over est très élevé et le taux de fidélité à un parti très faible, cette chute des adhérents socialistes est exceptionnelle".
En public, les socialistes minimisent. En privé, ils laissent entrevoir leur découragement. Un responsable souhaitant rester anonyme avoue :
"L’attractivité dans ce parti est faible… Entre les dirigeants mous, ceux qui ont rejoint Sarkozy et l’absence totale de programme, il n’y a aucune raison de venir chez nous."
► Lire aussi: PS: où sont passés les nouveaux adhérents?
Wifi: les opérateurs buguent contre les accès gratuits
Wifi: les opérateurs buguent contre les accès gratuits
Par Lise Barcellini (Journaliste) 12H48 25/02/2008
L'initiative parisienne d'un accès gratuit à Internet par Wifi irrite les opérateurs de téléphonie. Mise au point.

Des internautes assis dans un parc parisien, surfant gratuitement sur Internet, leur ordinateur portable sur les genoux… Voilà le genre de spectacle qui donne des ulcères aux opérateurs de téléphonie et aux chantres du profit.
Depuis l'été, la Ville de Paris propose un accès Wifi gratuit dans 400 points de la capitale. Est-ce de la distorsion de concurrence? Une collectivité peut-elle intervenir sur ce marché?
En février 2007, Bertrand Delanoë lance un appel d'offres pour proposer un accès Wifi gratuit dans certaines zones (parcs, musées, bâtiments publics et parvis de l'hôtel de Ville) et à certaines heures. SFR et Alcatel Lucent l'emportent contre France Télécom.
A peine née, l'expérience parisienne est déjà sur la sellette: France Télécom a déposé un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif il y a presque un an, le 28 mars 2007. La date du jugement n'a pas encore été fixée. Un porte-parole de l'opérateur historique explique:
"C'est un recours sur le fond, qui met en cause la légitimité de la mairie de Paris d'intervenir sur le marché des télécoms, en vertu de l'article L.1425-1 du Code général des collectivités territoriales. C'est comme si la mairie de Paris se mettait à vendre des croissants!"
L'article L.1425-1
du Code général des collectivités territoriales, késako? Il prévoit
qu'une collectivité ne peut gérer elle-même un réseau public de
télécommunications que si l'une des deux conditions suivantes est
remplie:
– 1) si la collectivité permet à tous les opérateurs d'utiliser ce réseau public,
– 2) si l'appel d'offres qu'elle a lancé s'est avéré infructueux
(insuffisance d'initiatives privées par exemple dans les zones rurales)
La Ville de Paris a une double réponse à cet article: premièrement, elle ne gère pas elle-même le réseau. Deuxièmement, elle indique être en droit d'"offrir un nouveau service public aux Parisiens et aux visiteurs". Une opération qui lui a coûté 2 millions d'euros d'investissement de départ et qui lui coûtera 500 000 euros supplémentaires chaque année pour les frais de fonctionnement.
Le marché du Wifi menacé par l'expérience parisienne?
Le Wifi est un tout petit marché en pleine croissance. En 2006, l'activité Wifi ne représentait que 0,1% (soit 18 millions d'euros) du chiffre d'affaire de la téléphonie mobile. Une étude du cabinet SagaTel, commandée par l'Arcep (autorité de régulation des communications électroniques et des postes) fin 2006, le chiffre d'affaire généré par le Wifi "permet tout juste de prévoir un équilibrage des comptes d’exploitation à l’issue de plusieurs années de montée en charge".
Ce marché est-il menacé par l'expérience parisienne? C'est l'avis de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de l'Elysée (2005-2007), avocat à la cour, Cabinet Weil, Gotshal & Manges, dans une tribune publiée dans les Echos:
"C'est l'équilibre économique de ce marché qui risque de se trouver fragilisé. En effet, le choix par les collectivités locales de fournir des accès gratuits peut avoir pour conséquence de détourner une partie de la clientèle des opérateurs dès lors que les consommateurs seront tentés de résilier leur abonnement payant, pour profiter de la gratuité du service offerte par le débordement naturel des ondes Wifi au-delà des espaces publics. Le risque existe alors d'empêcher le libre jeu de la concurrence entre les opérateurs. Et, comme toujours, quand la libre concurrence est contrariée, c'est l'innovation qui en pâtit et, à l'arrivée, le service aux usagers."
Faut-il vraiment s'attendre à des résiliations en masse?
Le risque de résiliation est l'un des arguments de France Télécom contre la Ville de Paris. Mais dès qu'on parle estimations, le porte-parole argue de la confidentialité:
"Je ne peux pas répondre à cette question, cela touche à notre business plan."
Comprenez: répondre à une journaliste ferait trop plaisir à nos concurrents.
Si aucun chiffrage n'a pu être communiqué, reste le raisonnement: les abonnés au Wifi domestique seront-ils vraiment prêts à résilier leur contrat (démarche d'ailleurs souvent fort compliquée) pour se contenter d'utiliser le Wifi municipal sur le trottoir ou dans les bâtiments publics?
Et même si les ondes "débordaient" jusque dans les habitations, il est, d'abord, peu probable que la qualité soit suffisante pour un accès Internet stable. Ensuite, la question des heures poserait problème: la mairie éteint les bornes Wifi municipales aux heures de fermeture des lieux publics. Pas de Wifi en soirée.
Est-ce rentable pour l'opérateur qui a décroché l'appel d'offre?
S'il avait remporté l'appel d'offres, France Télécom aurait quand même porté plainte, voilà ce que nous soutient le porte-parole:
"102 600 personnes travaillent chez nous, c'était notre devoir de porter plainte (…) Nous avons des salaires à payer, nous devons faire des marges pour pouvoir investir(…) Sinon, on n'est pas dans un système capitaliste."
France Télécom accuse la Ville de Paris à demi-mot de ne pas permettre à l'opérateur qui a remporté l'appel d'offres de rentabiliser son activité… Vrai ou faux?
Chez SFR, l'heureux élu, on indique que le modèle économique choisi à Paris est un "'business model' qui n'est pas classique": il repose sur une "rentabilité fixe":
"A Paris, on propose un service à un prix défini totalement indépendamment du prix du marché. On a d'ailleurs plus un rôle d'intégrateur que d'opérateur. C'était une première pour nous: on a beaucoup découvert et beaucoup appris avec cet appel d'offre. "
En clair: SFR reçoit de la mairie une somme fixe chaque année (500 000 euros pour l'ensemble des frais de fonctionnement), indépendamment du nombre d'internautes et du nombre de minutes utilisées. Cette "rentabilité fixe" pour l'opérateur est bien moins profitable que s'il laissait faire le marché.
Apparemment, SFR a donc tellement "appris" avec Paris que l'opérateur ne compte pas exporter ailleurs ce modèle économique si atypique! Depuis la fin 2007, SFR propose, pour quelques mois, à Metz et Nantes, un accès Wifi gratuit dans les rues. Mais une fois l'expérimentation terminée, SFR a opté pour un "accès Wifi mixte mi-gratuit mi-payant" . Un intitulé surprenant alors que seule une poignée de sites sera gratuite (sites administratifs et de recherche d'emploi) pour des millions d'autres payants.
Est-ce que cela empêche le libre jeu de la concurrence?
Non, répond SFR, qui a gagné l'appel d'offres parisien. Oui, selon France Télécom. L'opérateur historique, qui exploite dans la capitale 2250 bornes Wifi privées (utilisées par des commerces, bars, restaurants et hôtels) serait-il juste mauvais perdant?
La Ville de Paris est passé par un appel d'offres pour mettre en place son Wifi gratuit: celui qui l'a remporté est donc "gagnant". Comme dans tout appel d'offre. Ce n'est ni antiéconomique ni anticapitaliste: au bout du compte, il y a un gain global du point de vue du marché.
Qui doit payer? Le consommateur ou le contribuable?
A Paris, c'est le contribuable qui met la main à la poche, via les impôts de la ville et de la région. Est-il normal que l'ensemble des habitants paient un service utilisé par une partie d'entre eux? Tel est l'argument le plus souvent avancé par les détracteurs de la méthode parisienne.
Eric Legale, directeur du secteur médias d'Issy-les-Moulineaux, ville qui a opté pour un système de Wifi payant en partenariat avec plusieurs opérateurs:
"C'est une question de principe, ce n'est pas à ma grand-mère de payer ma connexion à Internet."
France Telecom privilégie la sobriété pour faire mouche:
"Ce n'est pas au contribuable de payer pour un service qui existe déjà par ailleurs."
L'opérateur cite un précédent: en 2005, un projet similaire proposé par la ville de Prague a été bloqué par la Commission européenne par souci de respect de la concurrence. Depuis, la capitale tchèque a lancé son propre réseau, dont elle est propriétaire et dont elle propose la location aux différents opérateurs. De quoi donner des idées à la municipalité parisienne…
24 février 2008
A propos du "casse toi pauv' con!" de Sarkozy
A propos du "casse toi pauv' con!" de Sarkozy
Par Pascal Riché (Rue89) 23H34 23/02/2008
Nicolas Sarkozy, jusque-là, était considéré comme un "maître de la communication". Il donnait l'impression de contrôler tout, avec soin, jusqu'au moindre détail. Regardez par exemple la photo de la première apparition "officielle", samedi, de la nouvelle "première dame de France" Carla Bruni-Sarkozy:

Carla Bruni-Sarkozy est associée à un moment émouvant, puisque son
mari reçoit la famille Bétancourt. Qui distingue-t-on au fond de
l'image, à côté de Bernard Kouchner?
David
Martinon, ami de Cécilia, que Sarkozy, dans sa magnanimité, a accepté
de maintenir au poste de porte-parole, malgré la pantalonnade de
Neuilly. Le tableau est parfait.
Alors je ne comprends pas bien cet épisode peu glorieux de la vie politique, filmé par LeParisien.fr:
Je ne peux pas imaginer que Nicolas Sarkozy, prenant son bain dans une telle foule, n'ait pas conscience qu'il est filmé par de multiples camescopes. Qu'il ne connaisse pas les frères jumeaux DailyMotion et YouTube. Qu'il ne sache pas que, dans les minutes qui suivront, ces images feront le tour d'Internet...
Je ne peux d'autant moins l'imaginer que ce pétage de plombs n'est pas une première: qu'on se souvienne du "descend un peu l'dire!", autre dialogue historique (cette fois avec un pêcheur du Guilvinec).
Aidez-moi à comprendre: pourquoi agit-il de la sorte, alors qu'il est déjà au plus bas dans les sondages?
Trois hypothèses s'offrent:
1) Il est calculateur. Il pense que c'est bon pour son image, il cherche à être le type qui réagit "comme tout le monde", qui ne se fait pas marcher sur les pieds, etc.
2) Il est à l'ouest, étourdi, il a la tête ailleurs.
3) Il s'en fiche.
J'ai tendance à pencher pour le numéro trois. Mais alors, quand il invite les instituteurs à apprendre la morale à l'école, il s'en fiche aussi?
22 février 2008
Vous faire connaître les entrepreneurs sociaux
Vous faire connaître les entrepreneurs sociaux
Par Léa Domenach et Arnold Montgault (Journalistes) 17H25 21/02/2008
Un an... Voilà bientôt un an que Léa et moi-même avons décidé de nous lancer dans un projet pharaonique: réaliser notre premier documentaire. Léa a 24 ans, j’en ai 27. C’est une réalisatrice en herbe, je suis un jeune journaliste de télévision. A nous deux nous formons une équipe de choc pétrie de motivation. Et il en faut lorsque l’on veut monter son premier projet…
Du travail d’enquête à la recherche d’un producteur, de l’écriture d’un synopsis à l’élaboration de budgets, nous menons tout de front. Nous multiplions les coups de fil, les dossiers, les rencontres pour donner vie, enfin, à un bébé dont la gestation semble parfois ne jamais devoir finir. Nos armes: notre énergie et un propos fort. Notre talon d’Achille: notre jeunesse.
Notre film, "le Printemps des Bonzaïs", parle d’hommes et de femmes qui apportent des solutions aux problèmes que la plupart d’entre nous commencent à peine à appréhender: les entrepreneurs sociaux.
Nous portons la responsabilité du monde que nous construisons
Au fil du temps, ce projet est devenu plus qu’un film. Désormais, nous partageons leur combat. A travers un documentaire, un site Internet et ce blog, nous voulons faire connaître ceux qui se battent pour résoudre les problématiques d’aujourd’hui et de demain. Nous entendons démontrer qu’à travers ce que nous faisons, ce que nous consommons, nous portons tous la responsabilité du monde que nous construisons.
Grâce à ce projet, nous entendons mettre en adéquation nos ambitions, nos compétences et nos valeurs.
Mais qu’est ce qu’un entrepreneur social?
Devant la multiplication des désastres écologiques, la pression croissante d’un marché instable, la montée des injustices sociales, il y a une vraie prise de conscience publique. Dans les journaux, dans les discours, partout s’affichent des formules anxiogènes sur le "réchauffement climatique", la "financiarisation de l’économie". Notre mode de vie, notre économie et même nos valeurs nous ont entraînés dans une course en avant. Oui, mais pour quel futur?
Le Développement durable, le microcrédit, le commerce équitable sont autant de concepts avancés pour corriger les excès du marché. Pourtant ces termes sonnent creux à nos oreilles. Sont-ils pour autant vides de sens? Les entrepreneurs sociaux sont des hommes et des femmes qui font vivre ces mots. Ils veulent prouver que l’on peut associer écologie et économie, commerce et fraternité, pragmatisme et idéalisme.
Parler d'eux... et de nous
Ils travaillent dans tous les secteurs économiques. Ils montrent que des solutions existent pour envisager un futur prospère et harmonieux. Ils se battent pour une économie plus éthique, plus humaine. Loin de tout dogmatisme, ils acceptent la loi du marché. Plus que tout, ils agissent et refusent toute fatalité:
Léa et moi-même voulons leur donner la parole, montrer leurs difficultés et l'énergie qu'ils déploient à développer leur entreprise. Nous présenterons le fruit de leur travail et nous parlerons de leurs motivations et de leurs ambitions. Nous décrypterons les raisons de leur engagement et ce qui les différencie d’entrepreneurs classiques. Enfin, en décelant leurs contradictions, nous nous interrogerons sur la viabilité des idées qu’ils défendent.
En tenant régulièrement ce blog nous parlerons d’eux, mais aussi de nous. De nos difficultés à monter ce projet, de nos avancées, de nos espoirs, de nos découvertes et de nos déconvenues. Ce que nous avons dû faire pour monter un projet d’une telle ampleur, et ce que nous faisons encore au quotidien pour qu’il puisse un jour aboutir.
