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21 février 2008

Mulhouse : au PS, les anciens contre le «moderne»

Mulhouse : au PS, les anciens contre  le «moderne»

La trahison de Jean-Marie Bockel, leur ex-chef de file devenu ministre et leader de la Gauche moderne, a obligé les socialistes à se reconstruire. Ils font campagne sur le thème de la fidélité.

Envoyé spécial à Mulhouse THOMAS CALINON

QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008

4 réactions 

Bockel-Freyburger, la rupture. C’est le titre du livre (1) publié cet automne par Pierre Freyburger, ex-adjoint PS au maire ex-PS de Mulhouse (Haut-Rhin), Jean-Marie Bockel (Gauche moderne), entré au gouvernement au lendemain des législatives de juin. Cette rupture, Freyburger, 55 ans, l’explique désormais dans les cages d’escaliers, où il mène campagne pour la municipale et les cantonales, à la tête d’un PS en pleine reconstruction.

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Disponibilité. Vendredi, le conseiller général sortant, tendance Gauche socialiste, visitait les immeubles du quartier de la Fonderie pour distribuer son programme de tête de liste socialiste à la municipale, soutenue par le PCF. Son slogan : «Fidèle à Mulhouse, fidèle à mes idées.» Il développe cette thématique palier par palier, en français ou en alsacien. Au troisième étage, une vieille dame ouvre la porte : «Vous savez ce qui s’est passé avec Bockel, hein ? questionne Pierre Freyburger. C’est important qu’il y ait un certain nombre de personnes qui gardent leurs valeurs et ne changent pas de ligne de conduite en cours de route !» Un niveau plus bas, deux retraités s’inquiètent de la disponibilité de Jean-Marie Bockel : «Il est ministre. On ne peut pas gérer à Paris et ici…» Freyburger : «Moi, je m’engage à être un maire à plein temps pour Mulhouse. Il est important que celui qui est élu puisse venir aux réunions de locataires dans les quartiers...» Autre immeuble, sixième étage. Un homme commente du point de vue de l’électeur le changement de cap de Bockel : «Quand vous commandez une tartine de beurre, vous n’avez pas envie qu’on vous serve une tartine de confiture...» Dans ce quartier où il est bien implanté, les habitants savent que Pierre Freyburger a démissionné de ses fonctions d’adjoint au maire en juin, après vingt-six années de cheminement avec Bockel.

Mais les choses ne sont pas claires pour tous, affirme le candidat : «Plein de gens n’ont pas encore compris le positionnement de Jean-Marie. Ils pensent qu’il est toujours de gauche.» «Les gens ne savent pas que Bockel n’est plus au PS. Il y en a même qui pensent que c’est nous qui avons quitté le parti, poursuit Philippe Barrillon (PS), colistier de Pierre Freyburger et candidat aux cantonales. Notre travail, c’est de montrer que l’on est restés sur nos bases, de prouver à ceux qui ont voté Bockel en 2001 qu’il faut choisir Freyburger en 2008, parce que c’est ça, la tradition.» Sur les pas de portes et les marchés, les militants martèlent que Bockel n’est «ni de gauche ni moderne», en référence au parti qu’il vient de fonder. Mais, pour les socialistes mulhousiens, l’entrée de leur chef de file au gouvernement Fillon a été un véritable déchirement, l’amitié renforçant parfois des années de militantisme commun. «L’hypothèse qu’il fasse ce choix était difficilement crédible, explique Philippe Barrillon, militant PS depuis 1990 et collaborateur au cabinet du maire de 1997 à 2001. Il avait pris la direction du comité de soutien fédéral à Ségolène Royal, puis celle du comité de soutien à Pierre Freyburger aux législatives. Jusqu’au mois de juin, c’était une aberration de l’esprit de penser être contre lui ! Il y avait des rumeurs, bien sûr, mais on n’y croyait pas vraiment. Tout s’est inversé en deux jours...»

Flou. Cette «inversion» provoque la division de la section PS de Mulhouse, forte de 240 adhérents. Certains se positionnent d’emblée contre Bockel, tandis que d’autres, autour de la secrétaire de section Michèle Striffler, lui restent fidèles. Parmi ceux-ci, la plupart des adjoints au maire, sauf deux : les conseillers généraux Pierre Freyburger et Gilbert Buttazzoni. Le flou dure tout l’été. Chez les socialistes du «canal historique», on en vient à redouter une manœuvre des «bockelistes» qui consisterait à désigner une tête de liste PS fantoche aux municipales, pour préparer le ralliement au maire et à sa liste «d’ouverture». «Il fallait clarifier la situation et gommer toutes les ambiguïtés, dire clairement qu’on ne peut pas être socialiste et soutenir Jean-Marie Bockel», raconte la première secrétaire fédérale du Haut-Rhin, Catherine Hoffarth. Alerté, le bureau national du PS décide, début septembre, de dissoudre la section mulhousienne. Une initiative radicale suivie d’un processus de réadhésion qui met sur la touche les partisans du maire. «On a demandé aux adhérents de faire presque un acte de foi, en s’engageant à soutenir la liste conduite par un socialiste aux municipales», détaille Catherine Hoffarth. Dans l’opération, la section est rebaptisée, «Jean Jaurès» est remplacé par «Auguste Wicky». «On a voulu tourner complètement la page, explique Yvan Pollack, le nouveau secrétaire de section, âgé de 32 ans et strauss-kahnien : Wicky, c’est le premier maire socialiste de Mulhouse, entre 1925 et 1947. Jean-Marie Bockel va fleurir sa tombe tous les ans, c’est un symbole fort.»

Adhérents. Désormais, affirme Gilbert Buttazzoni, «les militants sont libérés, l’enthousiasme est de nouveau au rendez-vous. Avant, on sentait que le poids de Jean-Marie et de son entourage sclérosait la section». «On sentait aussi les querelles intestines entre courants», se rappelle Catherine Hoffarth, qui se félicite de retrouver une section«renouvelée et rajeunie». Sur les 166 adhérents revendiqués à ce jour, soit 70 % de l’ancien effectif, 67 n’ont jamais été encartés. «Je me suis précipité au PS dès que Bockel est entré au gouvernement, explique Arnaud, 42 ans, l’un de ces nouveaux militants. J’ai toujours eu le sentiment que ce qui l’intéressait, ce n’était pas nous, mais sa petite carrière personnelle.» «On poursuit encore le travail d’explication pour faire revenir les anciens adhérents qui ne sont plus encartés nulle part. Ce qui s’est passé à Mulhouse, c’est terrible, mais il faut regarder le positif, conclut Yvan Pollack. Pour le tractage, le collage d’affiches, les gens sont motivés comme jamais. Pour l’instant, on est complètement soudés derrière Pierre Freyburger. Le but, c’est d’éviter les divisions entre courants et d’arriver à garder cette cohérence au-delà des municipales.»

 

(1) Edité à compte d’auteur.

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12 février 2008

Martinon cède à la triplette de Neuilly

Politiques

Martinon cède à la triplette de Neuilly

Après une rencontre orageuse avec le Président dimanche, le porte-parole de l’Elysée renonce à la mairie.

PASCAL VIROT (avec M.G.)

QUOTIDIEN : mardi 12 février 2008

9 réactions 

Un parachute en torche. Adoubé par Nicolas Sarkozy pour conserver à l’UMP la mairie de Neuilly (qui fut son fief entre 1983 et 2002), David Martinon a jeté l’éponge hier matin. «Les conditions ne sont plus réunies pour que je mène la campagne des municipales. J’en tire toutes les conséquences et je me retire», a déclaré le porte-parole de l’Elysée, depuis la permanence de l’UMP de Neuilly. Il a tenu ces propos juste après que Jean Sarkozy, le fils du chef de l’Etat et l’un des trois conjurés qui l’ont contraint à déclarer forfait, avait quitté la salle.

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Tout est parti samedi d’un écho publié dans Le Figaro et directement inspiré par l’Elysée, selon lequel Martinon serait, d’après un sondage confidentiel, distancé au premier tour par son principal adversaire, le divers droite Christophe Fromantin, crédité de 45 % des voix contre 40 %. Parachuté sur Sarkoville et piètre candidat, le porte-parole, un protégé de l’ex-épouse du Président, Cécilia, a dû faire face à la fronde de Jean Sarkozy, venu l’appuyer dans sa campagne, et de deux autres de ses colistiers, Arnaud Teullé et Marie-Cécile Ménard. Dès dimanche, cette triplette annonçait son intention de constituer une «liste de rassemblement». Des contacts auraient été pris avec Fromantin mais celui-ci a fermé la porte hier. Jugeant même «choquant» le lâchage de Martinon.

Alors que l’Elysée le poussait vers la sortie, Martinon a refusé jusqu’à dimanche soir de jeter le gant. Il a encore mis plusieurs heures avant de se résoudre à annoncer son abandon qu’il savait pourtant inéluctable depuis son tête-à-tête avec le Président. En fin d’après-midi dimanche, il a en effet eu rendez-vous avec un Nicolas Sarkozy peu pressé de le rencontrer. Les deux hommes finissent par se voir et la colère du Président éclate : «Je t’ai donné mon fils, je t’ai donné ma ville et tu m’as mis dans la merde ! Tu devrais t’excuser!»Il lui signifie aussi qu’il ne sera pas dans l’avion qui doit l’emmener en déplacement officiel en Guyane.

Hier, Martinon a indiqué qu’il avait proposé au chef de l’Etat sa démission de son poste de porte-parole, «qui l’a refusée». «Cela aurait été trop cruel», souffle-t-on dans les couloirs de l’Elysée, et puis «un porte-parole, ça peut se mettre entre parenthèses». David Martinon s’est mis au vert pour deux jours mais devrait tenir son point de presse hebdomadaire, jeudi.

Dimanche soir, la triplette de Neuilly s’est retrouvée dans un restaurant de la ville pour expliquer aux militants et sympathisants UMP présents les désaccords mais surtout les changements intervenus en vingt-quatre heures.

Sous la houlette de Patrick Devedjian, une réunion convoquée hier soir a décidé «à l’unanimité» de la prochaine tête de liste, mais sans en dévoiler le nom. Il devrait être connu aujourd’hui. Si Jean Sarkozy, 21 ans, ne devrait pas en prendre la tête, il pourrait être candidat aux élections cantonales.

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05 février 2008

Un garçon de 16 ans s'est pendu dans sa cellule à Meyzieu


Un garçon de 16 ans s'est pendu dans sa cellule à Meyzieu

JUSTICE - Pour la première fois, un adolescent s’est pendu dans un des établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM). Le premier ouvert en France, l’an passé. Empmeyzieu Cela s’est produit samedi matin, à Meyzieu (Rhône). Il avait 16 ans, avait été incarcéré le 17 décembre. Et s’est pendu au système d’aération de sa cellule. La direction régionale de l’administration pénitentiaire indique que le garçon avait déjà essayé, une semaine après son arrivée. Il s’était alors démis l’épaule en tombant dans sa tentative. Le suicide a été caché tout le week-end aux autres détenus, pour éviter une explosion. Car à Meyzieu, les incidents se multiplient l'ouverture, et la situation paraît intenable...

Photo : Sébastien Erome

L’EPM a accueilli ses premiers mineurs le 11 juin 2007. Huit jours plus tard, une partie des locaux étaient mis à sac, à coups de pieds et d'extincteur. Certains éducateurs et surveillants estiment que l’arrivée avait été mal préparée, le «cadre» mal posé. «Nous sommes dans une expérimentation qui change beaucoup le rapport aux lieux, aux règles, défend pour sa part Paul Louchouarn, directeur régional adjoint de l’administration pénitentiaire en Rhône-Alpes. Les EPM présentent des espaces plus ouverts, moins contenants. Cela peut déstabiliser des mineurs qui ont besoin de canaliser leur sentiment d’insécurité».

Aberrations.

L’établissement cumule aussi les dysfonctionnements. Surveillants et éducateurs sont en sous-effectif, et censés travailler en «binôme», ce qui constitue une «révolution culturelle» délicate lorsqu’une partie des éducs découvrent le métier. La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) fait appel à de nombreux jeunes sortant de formation, et à des contractuels. «Il aurait fallu privilégier une montée en puissance très lente, comme nous l’avions préconisé, pour apprendre à travailler ensemble et s’adapter aux dysfonctionnements», estime Alain Dru, secrétaire général de la CGT PJJ. Au lieu de cela, l’ouverture a été très politique et très médiatique. Il fallait montrer vite que cela fonctionnait». Et depuis, il faut cacher que cela fonctionne mal.

Les professionnels n’ont pas été concertés avant la construction. Résultat : les aberrations s’accumulent. La psychologue ne dispose d’aucun bureau pour les entretiens en tête-à-tête. Elle s’installe au gré des salles disponibles. «Elle va bientôt pouvoir partager un bureau aux services médicaux», rassure Paul Louchouarn. Les éducateurs, censés préparer la sortie des mineurs, ne disposent pas de téléphone pour joindre les familles, les magistrats et les partenaires censés préparer la réinsertion. Pour appeler, ils allaient jusqu’à présent dans le bureau de la secrétaire de l'EPM. Une deuxième ligne a été installée dans un bureau à l’écart.

Hiérarchie.

Dans les premiers temps, les mineurs de Meyzieu ont par ailleurs fait face à une véritable suractivité. Sport, cours, activités culturelles, comme s’il fallait les occuper en permanence. Des journées interminables et qui tranchaient très brutalement avec l'inoccupation du quartier, ou de certains quartiers des mineurs. L’utilisation du temps judiciaire doit aider à préparer la réinsertion, «mais cela les a privé de l’espace de repli, de protection, que peut constituer la cellule, explique un éducateur. Ils étaient constamment en groupe, sous le regard des autres, et cela attisait aussi les tensions».

Le rythme de ces activités a un peu baissé, mais personnels et mineurs découvrent souvent le programme au jour le jour. «Où qu’il soit, un gamin a besoin de savoir le matin ce qu’il fera dans la journée, pointe Jean-Claude Vaupré, de la CFDT Justice. Il a besoin de rencontrer des adultes et des règles claires.» La hiérarchie est par ailleurs perçue par beaucoup comme trop «autoritaire», trop «rigide». Selon un professionnel, «les surveillants, qui étaient très investis dans les quartiers pour mineurs, se retrouvent infantilisés, réduits au rôle d’exécutants.» L’inverse de ce que préconisent les règles pénitentiaires européennes.

 

Passages à l’acte.

La démobilisation serait forte, et selon les syndicats, les congés maladie et demandes de mutation en hausse. Paul Louchouarn répond que le taux d’absentéisme et de congé maladie est «plutôt inférieur à la moyenne régionale». Mais il concède : «Je ne peux pas nier qu’il peut y avoir une déception par rapport aux attentes de personnels qui sont arrivés très motivés.» Certains surveillants avaient demandé l’EPM pour se rapprocher de Lyon. Tous les autres parce qu’ils voulaient s’investir autrement auprès d’adolescents. «Ils se sentaient éducateurs dans les quartiers pour mineurs, leur fonction s’est considérablement réduite à Meyzieu, observe Jean-Claude Vaupré. Ils se retrouvent à gérer des repas collectifs ingérables. Nous avons alerté de façon répétitive. A présent, il est temps de remettre à plat tout le projet».

 La direction régionale relativise les problèmes de violence. Mais un magistrat parle d’un «mélange explosif», d’une «spirale folle». Une surveillante a été envoyée à l’hôpital, cette semaine, par deux des jeunes filles qui viennent de rejoindre l'EPM. «Des mineurs qui ne bronchaient pas en maison d’arrêt deviennent des caïds à Meyzieu», observe un professionnel. La plupart des pensionnaires vont mal. Vendredi 25 février, l’un d’eux a mis le feu à sa cellule, en transformant son tee-shirt en torche pour le jeter dans la cour. Il multipliait les «comportements à risque». Huit jours plus tard, il s’est pendu.
Ol.B.

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02 février 2008

Les gardiens de la laïcité prient Sarkozy de la respecter

Société

Les gardiens de la laïcité  prient Sarkozy de la respecter

CATHERINE COROLLER

QUOTIDIEN : vendredi 1 février 2008

Le débat autour de l’interdiction du voile islamique à l’école avait divisé le monde laïque. Les déclarations de Nicolas Sarkozy exaltant, en décembre à Rome, les «racines chrétiennes de la France», puis, à la mi-janvier en Arabie Saoudite, l’héritage «civilisateur» des religions, dans des termes inédits pour le président d’un pays laïque, vont-ils lui permettre de se ressouder ?

Le 23 janvier, différentes organisations laïques, dont les principaux syndicats enseignants, une obédience maçonnique, des mouvements d’éducation populaire, se sont retrouvés au siège de la Ligue de l’enseignement pour discuter d’une éventuelle riposte. Un appel à «sauvegarder la laïcité de la République» en est issu, qui devrait être rendu public au début de la semaine prochaine. Les organisations signataires, une trentaine à ce stade, rappellent «solennellement» que «la France est une République indivisible, démocratique, laïque et sociale». Ces quatre termes s’imposent à tous, «au premier rang desquels le président de la République». Or, «les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République».

Toujours selon ces organisations, la laïcité n’est pas un concept abstrait : «Assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des droits de la République, [elle] permet l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.»

Concrètement, les signataires de cet appel craignent que «les propos [de Nicolas Sarkozy] ne soient suivis d’effets». Certes, le chef de l’Etat répète qu’il n’est pas dans ses intentions de modifier la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Mais la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, réfléchit bel et bien à des «aménagements» de ce texte au nom de la «laïcité ouverte» prônée par Nicolas Sarkozy.«Certaines modalités de la loi, qui créent des entraves à l’exercice des cultes, doivent être adaptées», a-t-elle ainsi déclaré à la Croix.

Dans leur appel, les organisations et personnalités signataires proclament leur «opposition à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905». Et envisagent l’organisation de rencontres périodiques «pour une réflexion collective sur la mise en œuvre concrète des principes laïques».

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28 janvier 2008

Les députés socialistes notent les ministres


Les députés socialistes notent les ministres

PIERRE DEMOUX

QUOTIDIEN : lundi 28 janvier 2008

L’idée d’une évaluation des ministres, annoncée début janvier par l’Elysée, a été reprise par les députés du PS qui se sont livrés, dans le dernier numéro de Tribunes socialistes, au jeu du bulletin de notes pour quinze ministres. Résultat : si quelques éléments recueillent la sympathie des examinateurs, la menace du redoublement-remaniement se précise pour certains.

François Fillon

«Discret» et «travailleur», le Premier ministre fait preuve d’un «réel esprit de sérieux» pour Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire). «Bel exemple de sacrifice politique», «l’anti-Sarkozy» fait le «travail de fond» d’un Président «noyé dans [une] débauche d’activités médiatiques» et manquant «cruellement […] d’une éthique de responsabilité». Problème : «son action libérale, qui va dans le sens d’un démantèlement de l’Etat-providence».

Jean-Louis Borloo

Selon Philippe Martin (Gers), le ministre de l’Ecologie «reste une énigme». «Faux dilettante», il compte à son actif le succès du Grenelle de l’environnement. Mais il se dégage une «impression de fragilité» de sa politique «erratique». La «désillusion» du sommet de Bali et le dossier des OGM ont montré «les limites de son influence» à l’Elysée.

Rachida Dati

«Elève trop appliquée de Sarkozy», elle porte une «conception de la justice qui ne respecte pas les droits de l’homme». Bernard Roman (Nord) associe la garde des Sceaux à «une loi catastrophique sur les peines planchers, une révision sans concertation de la carte judiciaire et une méthode autoritaire».

Christine Boutin

«Le bonnet d’âne se profile» pour la ministre de la Ville qui a «ravalé ses principes» afin de se convertir à la «stratégie […] du Président» : «gesticulations médiatiques et signes ostentatoires de changement pour mieux masquer la réalité». «Gare au redoublement», prévient Jean-Yves Le Bouillonnec (Val-de-Marne).

Xavier Darcos

Sandrine Mazetier (Paris) dresse le portrait d’un «vrai cynique» prêt à tout «pour faire partie des premiers de la classe». Pourtant considéré comme «le politique de droite le plus compétent sur les questions éducatives», le ministre de l’Education nationale a préféré «reporter [après] les municipales l’annonce des nombreuses fermetures de classes» dues aux «suppressions de postes massives qu’il a décidées».

Bernard Kouchner

«Transparent», «effacé», «la déception est là», avoue son «ami» Pierre Moscovici (Doubs). Au lieu d’impulser une «inflexion de la politique étrangère française», le ministre des Affaires étrangères a été réduit, comme dans l’affaire des infirmières bulgares, à un rôle de «figurant».«Mais qu’allait-il faire dans cette galère ?»

Brice Hortefeux

«Sombre bilan» à l’actif du ministre de l’Immigration, «serviteur» et «bras armé» du Président pour les «mesures les plus révoltantes» : «faits tragiques» et «course aux chiffres» d’expulsions ont nui au «rayonnement international de la France», estime Serge Blisko (Paris).

Conclusion générale de cette évaluation : le gouvernement «doit travailler plus pour gagner plus».

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14 janvier 2008

Badiou répond aux «tontons flingueurs»

libe

Rebonds

Badiou répond aux «tontons flingueurs»

alain badiou   philosophe.

QUOTIDIEN : lundi 14 janvier 2008

12 réactions 

«Etre attaqué par l’ennemi est une bonne chose, et non une mauvaise chose» (Mao Zedong). C’est comme dans un film. Vous êtes en paix. Vous construisez peu à peu une œuvre philosophique dense et complexe. Vous êtes parmi les rares à n’avoir jamais abandonné le style militant de la décennie rouge (1966-1976) : liaison directe des intellectuels, des jeunes et des ouvriers, trajets neufs dans les cités, les usines, les foyers, refus des élections, des places, des crédits. L’unité de la vie tient alors dans le mot autour duquel vous redéfinissez l’ambition de la pensée contemporaine, le mot «vérité». Quand on vit ainsi, dans le monde tel qu’il va, les «communicateurs» de la scène publique ne se soucient pas de votre existence. C’est que vous n’avez rien à vendre, et vous n’achetez guère. Que faire d’une vérité, disent les marchands, puisqu’elle n’a pas de prix ? Vous êtes pour eux un mélange d’archaïsme et de dogmatisme, attaché à de criminelles vieilles lunes. Vous n’êtes pas dans la course. Silence.

Pourtant, un jour, on vous envoie des porte-flingues. Parce qu’on sait que vous êtes devenu le philosophe français vivant le plus traduit et le plus demandé, et de loin ? Parce que s’annonce le déclin des imposteurs qui depuis vingt ans représentent dans les médias la «philosophie» ? Parce qu’un de vos petits livres d’intervention, De quoi Sarkozy est-il le nom, consonne avec l’humeur belliqueuse d’une fraction du «grand public» ? L’avenir de l’histoire fera le tri des raisons.

Comme les commanditaires de l’assaut ne se montrent guère, les porte-flingues ne sont pas de première force. Ils voudraient bien tirer pour tuer, cependant. Mais qu’est-ce qui tue quelqu’un, de nos jours, dans la guerre intellectuelle ? Parbleu ! L’accusation d’antisémitisme ! Voilà la bonne idée ! Qu’Alain Badiou, dont on connaît tout de même vaguement les origines, les engagements, et même ce qu’il a écrit depuis vingt-cinq ans à propos des juifs, soit antisémite, c’est peu crédible, mais essayons quand même, disent les tontons flingueurs de la nouvelle extrême droite, celle qui vient de l’ancienne extrême gauche.

Le résultat est mitigé. Il faut constamment en rabattre, dire qu’il n’est pas vraiment antisémite, mais que, quand même, il produit des «effets antisémites», et ainsi de suite. Un flop. Ne pourrait-on pas suggérer plutôt qu’il est conformiste, répressif, autoritaire ? Là, on peut faire donner la nouvelle extrême gauche, celle qui voit partout dans l’agitation moderniste et la technologie du capitalisme contemporain la fontaine de Jouvence de l’intelligence collective, celle qui est antiautoritaire pour deux, celle en somme pour qui le capital donne partout le la de sa propre contestation. On va soutenir sur ce fond plein d’entrain que Badiou est un homme de l’institution, un installé, un faiseur d’oukases qui méprise la légèreté dionysiaque des innombrables «mouvements» dont notre monde s’enchante. Evidemment, faire passer Badiou pour un chéri des institutions est singulier. Où et quand parlait-on de lui, quelles fleurs lui faisait-on, quelle était son influence chez les apparatchiks de la philosophie, qu’ils soient de la télévision ou de la Sorbonne ? Qui peut citer, dans les trois dernières décennies, une œuvre aussi continûment solitaire, qui n’a pu rencontrer son public que par la seule ressource de sa puissance propre ? Le flop de cette tentative est inéluctable. Les tireurs devront se tirer.

On remarquera alors, chose intéressante, ce qu’ils ont en commun, qu’ils viennent du démocratisme rance ou de l’anarchisme snob : ils n’aiment, ni qu’on repère dans l’histoire de France une structure réactionnaire fondamentale, que j’ai nommée dans mon jargon le «pétainisme transcendantal» ; ni qu’on dise que le mot «communisme» reste apte à nommer l’avenir politique de l’émancipation. Mon interprétation de cette convergence est qu’ils n’aiment ni l’efficace du passé historique ni la libre amplitude politique de l’avenir. Ils n’aiment que l’étroitesse du présent, de leur présent. Comme Sarkozy, à vrai dire.

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Act-UP accuse Sarkozy de banaliser la «haine homophobe»

libe

Act-UP accuse Sarkozy de banaliser la «haine homophobe»

L'association fustige l'investiture accordée par l'UMP à Christian Vanneste pour les municipales et l'attitude du chef de l'Etat, après avoir perturbé samedi un discours du président.

Libération.fr avec source AFP

LIBERATION.FR : dimanche 13 janvier 2008

Act-Up accuse dimanche le président Nicolas Sarkozy de "banaliser la haine homophobe" après l'investiture accordée par l'UMP pour les municipales de Tourcoing (Nord) à Christian Vanneste, condamné pour homophobie.

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L'association rappelle que samedi trois militants d'Act-Up ont "perturbé le discours de Nicolas Sarkozy lors du Conseil national de l'UMP" et se sont "retrouvés en garde à vue" avant d'être libérés vers 21h45.
"Alors que les militants l'interrompaient, Nicolas Sarkozy s'est contenté de plaisanter sur le fait qu'ils étaient peu nombreux", déplore Act-Up, précisant que son action "avait pour but d'interpeller la légitimité que l'UMP et le Président de la République donnent à l'homophobie en investissant Christian Vanneste", député qui "tient pour acquis que l'homosexualité est une menace contre la survie de l'humanité".

"En le légitimant, l'UMP cautionne celles et ceux qui insulteront, frapperont, brûleront, égorgeront des personnes homosexuelles, bi ou trans",
accuse Act-Up.
"Sur un sujet aussi grave, pour lequel Nicolas Sarkozy s'était personnellement engagé (...), nous n'avons donc eu comme uniques réponses que de l'ironie facile ou de la répression", assure l'association.

Alors que Nicolas Sarkozy évoquait "son refus du sectarisme", deux hommes s'étaient levés samedi munis de pancartes sur lesquelles était écrit "Vanneste homophobe".
"Ca fait des années qu'ils protestent et ça ne sert à rien. Vous vous rendez compte, ils n'en ont trouvé que deux dans un pays de 64 millions d'habitants", avait réagi M. Sarkozy, sous les applaudissements.

Act-Up demande que les poursuites contre ses militants soient retirées et que "Nicolas Sarkozy fasse ce qu'il a dit et exclut Christian Vanneste de l'UMP comme il l'a promis".

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12 janvier 2008

Une réponse d'Eric Zemmour

marianne2

Une réponse d'Eric Zemmour

Eric Zemmour réagit à l'article que Philippe Cohen a consacré à son roman, Petit frère.



Mon cher Philippe,

J'ai lu avec avidité le papier que tu as eu la gentillesse de consacrer à mon livre. D'abord, parce que c'est devenu un réflexe depuis que le site Marianne 2.fr existe. Ensuite, parce que je suis toujours attentif à ce que tu dis et écris sur mon travail, habitude que j'ai prise il y a plus de dix ans, lorsque déjà, tu relisais et corrigeais mes chroniques dans InfoMatin.
C'est pourquoi, si je ne me permettrai pas de contester ton jugement - éloges ou critiques -, je ne peux m'empêcher de corriger ce qui me semble des interprétations erronées. Et en particulier, une phrase qui m'a choqué, tout simplement parce qu'elle me paraît à l'opposé de ce que je pense. Non, Philippe, le livre ne nous dit pas, à travers certains de ses personnages, que les Juifs de France doivent se préparer à partir, car la capacité des Français à tout accepter des jeunes beurs est infinie et qu'elle mènera le pays au désastre.

Ce sont certains personnages qui le disent, pas le livre. Le livre a l'ambition - peut-être trop grande - de ressusciter ces vingt dernières années dans leur globalité. Mythe balzacien qui me tient à coeur du roman total qui reconstitue une époque, un milieu. La vie. Le livre veut, lui, montrer au contraire que l'éloge du multiculturalisme, la dénonciation incessante de la France, la dégradation de l'école, de la langue française, l'affaiblissement du sentiment patriotique, ont poussé chacun à se replier sur ses racines, sa religion, sa communauté. Puisque nous avons voulu détruire la nation, nous aurons les tribus. Et les tribus se feront la guerre. Toutes les tribus, pas seulement les tribus juives et arabes. Cette défrancisation a bien entendu touché les milieux populaires juifs, où un sionisme militant, couplé à un revival religieux, frustre et impérieux à la fois, a tenu lieu d'identité et d'idéal de substitution à l'idéal national et républicain. Mon message, si message il y a, est donc exactement à l'inverse de ce que tu as compris.

Même chose quand tu dis que mes personnages sont parfois des archétypes, l'amusant est qu'ils sont pris sur le vif, et ressemblent beaucoup aux vrais habitants de cet immeuble de la Grange aux belles, où j'ai enquêté. Comme si la réalité était parfois plus caricaturale qu'on ne veut le voir. Même chose quand tu dis que mes personnages sont esclaves d'une théorie, je me permets là aussi de contester ton analyse. Je crois que l'Histoire a des lois, qu'elles sont implacables, meurtrières, et que nous les avons bafouées avec une légèreté coupable. Mes personnages, comme des personnages de tragédie grecque, sont les jouets du destin, mais où les Dieux antiques auraient été remplacés par l'Histoire. C'est pour cette raison que j'ai écrit un roman et non un essai. Pour montrer les ravages de la guerre idéologique sur la vie des gens. Avec toute mon amitié.


Samedi 12 Janvier 2008 - 00:03

Eric Zemmour

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11 janvier 2008

Bockel dément tout contact avec Sarkozy

libe

Politiques

Gauche

Bockel dément tout contact avec Sarkozy

QUOTIDIEN : vendredi 11 mai 2007

5 réactions 

Le seul blairiste revendiqué du PS contacté par Sarkozy ? Après Eric Besson, l'ex-secrétaire national du PS à l'économie, brandi comme une prise de guerre pendant la campagne, Jean-Marie Bockel, le maire de Mulhouse ? L'intéressé dément avoir été contacté depuis dimanche par le prochain président en vue d'une éventuelle participation au gouvernement. «Il n'y a pas de fondement à cette rumeur. Homme de fidélité je suis, homme libre je reste», a expliqué le sénateur du Haut-Rhin, hier, lors de l'émission Face aux chrétiens .



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02 janvier 2008

Fribourg, la citadelle écologique

libe

Vive le pétrole cher

Pétrole. Habitat

Fribourg, la citadelle écologique

Isolation, citernes d'eau de pluie, panneaux solaires, le quartier Vauban est conçu pour subvenir à près de 70 % de sa consommation énergétique. Visite.

Par Thomas Calinon

QUOTIDIEN : dimanche 21 mai 2006

Fribourg-en-Brisgau envoyé spécial

Le voici peut-être, le vert paradis. Fribourg-en-Brisgau, 210 000 habitants, dans le Bade-Wurtemberg (au sud-ouest de l'Allemagne), vit déjà dans un autre monde. Celui du développement durable. Il y a là une vraie conviction. Dans leur enclave écologique, les électeurs votent Verts au sein d'un Land majoritairement acquis à la conservatrice CDU. Fribourg figure en tête des villes de plus de 100 000 habitants pour les équipements solaires photovoltaïques, avec 31,3 watts (W) par tête. D'où son surnom de «cité solaire», ce qui n'est pas rien vu le faible ensoleillement (1 740 heures par an contre 2 700 en moyenne dans l'arc méditerranéen français). Du coup, élus et collectivités débarquent de toute l'Europe à la recherche de bonnes idées. Clou de la visite : le quartier Vauban, une quarantaine d'hectares au sud du centre-ville, l'un des premiers «écoquartiers» européens.

Jusqu'en 1992, le terrain était occupé, comme son nom l'indique, par l'armée française, qui l'a cédé à l'Etat fédéral allemand, lequel l'a revendu à la ville de Fribourg. Au moins aussi ingénieuse que l'inventeur des forteresses modernes, la ville a profité des qualités topographiques du lieu : l'endroit est totalement plat et circonscrit par un cours d'eau, une voie ferrée et un axe routier à grand passage. Le nouveau quartier, dont les sols ont été dépollués, est un site idéal pour une expérimentation grandeur nature.

Collectif de chômeurs et d'immigrés

On peut y pénétrer en voiture, mais on comprend vite que ce n'est pas la bonne idée. Aux abords de Vauban, deux garages collectifs en silo sont à disposition des résidents, dont l'un entièrement recouvert de panneaux photovoltaïques. Autre signe : sur la seule voie pénétrante, la circulation est limitée à 30 km/h. Une contre-allée réservée aux cyclistes et aux piétons ainsi que les voies du tramway rappellent la priorité donnée aux modes de transport doux. Les vélos sont omniprésents. Ceux des parents sont équipés de charrettes, dans lesquelles ils disposent indifféremment provisions et bébés.
Nicola Weiss, 40 ans, secrétaire à l'université de Fribourg, habite le quartier depuis 1999. Elle s'intéresse «à l'écologie, au social» mais ne s'estime pas «militante». Son mode de vie parle pour elle : «Dans mon immeuble, seules deux personnes ont une voiture. Moi, je me déplace à bicyclette. Pour les situations où j'ai besoin d'une voiture, je suis inscrite à l'association d'auto-partage, qui dispose d'une quinzaine de véhicules sur le quartier. Ça me coûte 50 euros par an, plus les kilomètres parcourus et un forfait pour l'heure d'utilisation.» Nicola Weiss est également membre de l'association Autofrei («Sans voiture»), qui offre une alternative à l'obligation allemande d'acheter ou de construire une place de parking pour chaque logement neuf, contrainte assez contradictoire avec l'esprit de Vauban. «Autofrei regroupe 428 familles qui n'ont pas de voiture, explique Hannes Lincke, son directeur. Chacune a versé 4 000 euros avec lesquels nous avons acheté des terrains sur lesquels nous construirons des parkings si nos partenaires s'équipent un jour d'une voiture. C'est bien plus économique que d'acheter une place dans les garages collectifs, qui coûte presque 20 000 euros.»
Lancée en 1997, la construction du quartier Vauban doit s'achever cette année. A terme, 5 000 habitants, dont une majorité de familles avec enfants, pour la plupart issues des classes moyennes ou supérieures. Dans la partie est, les anciennes casernes ont été réhabilitées façon écolo par et pour les squatteurs qui les occupaient avant la transformation. Regroupés au sein d'un collectif baptisé Susi, étudiants, chômeurs et demandeurs d'asile y habitent selon un mode de vie communautaire et participatif. Partout ailleurs, les bâtiments sont neufs. Autour de l'un des nombreux espaces verts, des particuliers ont construit des maisons en bande, hautes et étroites, sur des parcelles de six mètres de large. Façades recouvertes de bois, couleurs vives, larges surfaces vitrées. Tout autour, le bâti est constitué d'immeubles collectifs, sur cinq niveaux maximum.

Toits végétalisés et balcons fleuris

A l'exception des immeubles de promoteurs, d'aspect neutre, les constructions étonnent par le choix des matériaux et des couleurs. Souvent, on accède aux étages par des coursives extérieures. Les toits sont plats et végétalisés, hérissés de panneaux solaires thermiques et photovoltaïques. Les balcons sont fleuris, les allées bordées d'arbres datant de la période militaire de Vauban. Les eaux de pluie sont évacuées dans des fossés filtrants ou collectées dans des citernes de récupération, avant d'être utilisées pour l'arrosage, le lavage du linge et les toilettes des écoles.

Techniquement, maisons et immeubles alignent des records en matière d'économie d'énergie et répondent au label «Basse énergie», qui implique, à Fribourg, une consommation énergétique maximale pour le chauffage de 65 kilowattheures (kWh) au mètre carré par an, contre 200 ou 300 pour une construction standard. Mieux encore, certaines ont décroché le label «Maison passive» (PassivHaus, norme allemande définissant une consommation inférieure à 15 kWh au mètre carré par an). L'architecte Michael Gies a obtenu le premier label PassivHaus avec son projet Wohnen und Arbeiten («Habitat et travail»). Sur quatre niveaux, l'ensemble est divisé en seize unités d'habitation et quatre de travail, de 36 à 170 m2. Grandes baies vitrées au sud pour optimiser les apports solaires, ouvertures réduites au nord afin d'éviter les déperditions. L'isolation extérieure est renforcée, les fenêtres sont à triple vitrage, les menuiseries à double joint et la ventilation à double flux : pas besoin d'ouvrir la fenêtre pour aérer en hiver. Les pièces sont lumineuses et dotées d'une généreuse hauteur sous plafond.

«Facile de construire un igloo»

«Pour moi, explique Michael Gies, l'immeuble doit non seulement satisfaire à un label énergétique, mais être durable au sens propre du mot. Il faut qu'on puisse encore y habiter dans cinquante ans. C'est très facile de construire un igloo qui répondra à toutes les normes de basse consommation, mais personne ne voudra y vivre.» Sur le toit de Wohnen und Arbeiten, 56 m2 de capteurs solaires thermiques et autant de panneaux photovoltaïques. Au sous-sol, un cogénérateur produit électricité et chaleur. Du coup, l'immeuble n'est même pas relié à la centrale au bois de la société locale Badenova, implantée en bordure du quartier. En hiver, la chaleur humaine et celle des appareils ménagers suffisent presque à maintenir une température idéale. «Une fois, raconte Michael Gies, le cogénérateur est tombé en panne alors qu'on était en dessous de zéro. Les habitants ont mis trois jours à s'apercevoir qu'il n'y avait plus de chauffage.» Le surcoût pour les propriétaires est d'environ 7 % par rapport à une construction standard, soit 2 200 euros le mètre carré, dont 400 pour l'achat du terrain.
Officiellement, l'écoquartier Vauban est conçu pour subvenir à près de 70 % de sa consommation énergétique. C'est bien, mais il y a mieux. Le fin du fin, c'est le lotissement solaire de l'architecte Rolf Disch. A l'extrême est du quartier, il a conçu un immeuble et des triplex en bande dont les toits, entièrement recouverts de panneaux photovoltaïques, produisent davantage d'électricité que n'en consomment les habitants. Ça, c'est le label «Energie Plus». Un vrai rêve écolo. Une réalité.

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