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29 février 2008

Steve Mandanda, l'ascenseur de l'OM

 

Profil

Steve Mandanda, l'ascenseur de l'OM

       

   Steve Mandanda le 24 février, lors du match Toulouse-Marseille.       

AP/REMY GABALDA

      Steve Mandanda le 24 février, lors du match Toulouse-Marseille.    

Marseille Envoyé spécial

C'est pour moi le Bernard Lama de 2010. Il sera le gardien de demain", dit de lui René Girard, qui a entraîné l'intéressé en équipe de France espoirs. "En quelques mois, il est devenu une force pour toute l'équipe", ajoute Lorik Cana, le capitaine marseillais. "Ce garçon, c'est la joie de vivre, et techniquement comme humainement, il est au top niveau", complète José Anigo, le directeur sportif du club phocéen. Les compliments pleuvent sur Steve Mandanda, sans pour autant troubler la sérénité du jeune gardien de l'OM. "Compte tenu de son âge, du peu de matches qu'il a disputés en Ligue 1, il est surprenant", insiste José Anigo, qui l'a repéré au Havre, le club de Ligue 2 où il évoluait la saison passée.

 

             A 22 ans, le gardien d'origine congolaise disputera samedi 1er mars contre Auxerre sa 23e rencontre de Ligue 1. "Un match important pour se rapprocher de la 3e place", visée par le club depuis le début de saison, constate Eric Gerets, l'entraîneur de l'OM. Déterminant au cours des récentes rencontres de Coupe de l'UEFA contre le Spartak de Moscou, Steve Mandanda a toutes les chances d'être appelé également à jouer les 8es de finale aller face au Zenit Saint-Pétersbourg, le 6 mars, au Stade Vélodrome. Il sera aussi probablement sur la feuille de match des 8es de finale de la Coupe de France le 19 mars.

L'ex-Havrais a révélé en quelques mois l'étendue de son talent : une prise de balle maîtrisée, un bon jeu au pied, un grand sens de l'anticipation, une détente impressionnante servie par des qualités physiques exceptionnelles. Ce gabarit de 82 kg pour 1,85 m s'est d'abord essayé à la boxe, avant de choisir le football à 11 ans. Ses trois frères l'ont suivi et jouent eux aussi au poste de gardien.

Né à Kinshasa, il a quitté avant ses 2 ans le Congo pour la France. La famille s'est installée à Evreux (Eure). "C'est là que j'ai été repéré à 15 ans par le recruteur du Havre", raconte-t-il.

Prêté par ce club avec option d'achat, il est arrivé à Marseille en juin 2007 comme doublure de Cédric Carrasso. Deux mois plus tard, il est propulsé n°1 à la suite d'une blessure (rupture du tendon d'Achille) du gardien titulaire. Son baptême du feu a lieu lors de la 5e journée de championnat, sur le terrain de Caen. "C'était pour moi un retour en Normandie, dans un stade que je connais. J'y avais disputé de nombreux derbys entre Le Havre et Caen, se souvient l'ex-Havrais. Ça s'est très bien passé, puisque Marseille l'a emporté."

L'option d'achat a été levée depuis, l'OM s'étant engagée à verser près de 3 millions d'euros au club havrais. "Si l'on proposait aujourd'hui un tel prix pour revendre ce joueur, je crois qu'il faudrait fermer la Commanderie (le centre d'entraînement de l'OM) pour éviter que les clubs ne se battent pour l'acheter !", sourit José Anigo.

"Steve Mandanda, comme Mathieu Valbuena ou Charles Kaboré, sont les meilleurs exemples de la filière de post-formation que développe l'OM. Des joueurs arrivés chez nous vers 20 ans, formés ailleurs qu'à Marseille, qui ont immédiatement intégré le groupe pro", détaille le directeur sportif.

"Passer de la Ligue 2 à la Ligue 1, c'est vraiment un autre monde, admet Steve Mandanda. Dans une grosse écurie comme l'OM, il faut se mettre au niveau le plus vite possible." Après avoir endossé le costume - apparemment à sa taille - de titulaire de la cage marseillaise, le joueur a porté le maillot des Bleus, le 5 février. Cette première sélection en équipe de France, à l'occasion d'un match amical contre l'équipe de la République démocratique du Congo qui comptait dans ses rangs Parfait Mandanda, l'un des frères de Steve, fait de lui un candidat potentiel à l'Euro. Une perspective qu'il refuse d'évoquer pour le moment.

Simon Roger

Article paru dans l'édition du 01.03.08.


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Aménager sa maison selon les règles du feng shui

Le feng shui est une pratique chinoise millénaire qui est censée apporter le bien-être. | D.R.

D.R.

Le feng shui est une pratique chinoise millénaire qui est censée apporter le bien-être.

Aménager sa maison selon les règles du feng shui

Si les Chinois s'y réfèrent pour concevoir leurs cités, construire leurs maisons et inhumer leurs morts, l'application occidentale se limite à trouver la décoration et l'aménagement intérieur qui favorisent le bien-être et la prospérité des occupants. A chaque individu correspondent des couleurs, des formes et des symboles.

La mode zen de la fin des années 1990 en était comme le signe annonciateur de l'arrivée du feng shui dans nos contrées. Avec son mobilier épuré, sa décoration minimaliste et ses harmonies subtiles, elle débarrassait l'espace de l'inutile et du clinquant et préparait l'arrivée du feng shui.

Comment "être" feng shui ? Prendre une boussole, localiser les points cardinaux et les neuf secteurs de la maison (nord, sud, est, ouest, nord-est, nord-ouest, sud-est, sud-ouest et le centre) : à chaque partie correspondent un domaine de vie, une matière, une forme, des couleurs. "La maison est ainsi quadrillée et chaque zone dit nos projets inconscients, nos blocages", explique Jean-Claude Sachou, codirecteur de l'Ecole française de feng shui.

Cette discipline convainc de plus en plus de monde. "On vient nous consulter lorsque le couple est en crise ou que les parents ont des soucis avec les enfants", raconte Jean-Claude Sachou. Et Nicolas Hardy, autre "expert feng shui", de citer dans son livre le cas d'un locataire qui souhaitait "optimiser l'agencement de son appartement (...) afin d'être soutenu dans son activité professionnelle et d'améliorer ses relations sentimentales".

L'affectation des pièces, la disposition des meubles et le choix des objets tiendront compte de l'orientation de la maison, de la circulation des énergies, des cinq éléments naturels (eau, feu, terre, métal et bois) et des cycles du temps. Tout doit être conçu afin de libérer le souffle vital Qi (prononcer chi) et faciliter sa circulation, professent les experts.

Sorte de mouvement mystico-sectaire ou véritable art de vivre ? Surfant sur une mode qui ne passe pas, les livres sur le sujet se sont multipliés, les consultants aussi - avec dans le lot quelques charlatans -, des boutiques spécialisées se sont ouvertes (La Maison du feng shui, Paris-9e). Des rayons entiers (Résonances, Nature & Découvertes, Truffaut...) proposent aussi des objets censés contribuer au bien-être et au repos intérieur (fontaines, galets...). Les magasins The Body Shop ont même été aménagés selon les principes feng shui.

Pour se forger une opinion, les néophytes pourront se contenter d'appliquer deux ou trois principes trouvés dans les livres et s'en satisfaire. Ou pas. Les rudiments (orienter son lit, disposer un aquarium dans une pièce, équilibrer les éléments Yin et les éléments Yang) paraissent, en effet, souvent relever du bon sens.

Si l'on veut en revanche sérieusement faire siens les principes complexes du feng shui, mieux vaut suivre une formation ou faire appel à un consultant diplômé... A condition d'accepter de se lancer dans une analyse permanente de son environnement et de pouvoir débourser 250 euros de consultation (une demi-journée environ) pour un studio, 650 euros pour un 3 pièces et 800 euros pour un 4 pièces.

Car l'affaire, pour être bien menée, est complexe, d'autant que l'école de pensée feng shui se divise en deux branches (astrologique ou cartésienne). L'aménagement de la maison reflète ce que nous sommes. Par exemple, le sud, qui correspond à l'image de soi, est un secteur de feu, matérialisé par des formes en triangle et la couleur rouge. L'ouest, qui correspond à l'univers des enfants, de la créativité et des projets, est un secteur de métal, de formes rondes et de teintes grises et blanches.

"On peut ainsi énergiser le domaine qui nous pose problème", confie Samia Irid. De quoi séduire les milieux urbains en mal d'authenticité et de nature.

Florence Amalou et Véronique Cauhapé

Article paru dans l'édition du 29.02.08.

A lire

                                          

"Le Feng shui pour les nuls", David Kennedy,  First, 2002, 416 pages, 11,90 €.

"Le Feng shui des paresseuses", de Régine Saint-Arnauld, Marabout-Poche, 5,90 €.

"L'Art du feng shui, harmonie, sérénité et prospérité dans votre intérieur", de Mary Lambert (traduit de l'anglais), Solar, 2007, 64 pages, avec boussole et cartes, 25 €.

"Le Feng shui, science taoïste de l'habitat de Nicolas Hardy", Eyrolles "Pratique",  286 pages, 20 €.

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Plus d'un adulte sur cent derrière les barreaux aux Etats-Unis

Plus d'un adulte sur cent derrière les barreaux aux Etats-Unis

       

   Un prisonnier est transféré dans une prison de La Nouvelle-Orléans, le 9 septembre 2005.       

KRANTZ LISA/S.ANTONIO EXPRESS/KPA/GAMMA

La population carcérale américaine s'élevait l'an dernier à quelque 2,3 millions de personnes, sur une population adulte de 230 millions de personnes.

Plus d'un adulte sur cent se trouve actuellement derrière les barreaux aux Etats-Unis, qui détiennent ainsi la plus importante population carcérale de la planète, selon un rapport publié, jeudi 28 février, par le Pew Center, un think tank étudiant les politiques publiques. La population carcérale américaine s'élevait l'an dernier à quelque 2,3 millions de personnes, sur une population adulte de 230 millions de personnes, soit le taux le plus élevé dans l'histoire américaine, selon le Pew Center. Par comparaison, la Chine, avec une population de plus d'un milliard de personnes arrive en deuxième position avec 1,5 million de prisonniers, suivie de la Russie avec 890 000 de personnes détenues pour 142 millions d'habitants, précise le rapport.

Les statistiques sont particulièrement frappantes parmi les minorités : alors qu'un adulte américain blanc sur 106 est incarcéré, c'est un Hispanique sur 36 et un Afro-Américain sur 15 qui sont en prison. Dans la tranche d'âge de 20 à 34 ans, c'est un jeune Noir sur neuf qui est derrière les barreaux. Alors que la part des hommes est dix fois supérieure à celle des femmes, la population carcérale féminine "progresse d'une manière très rapide", selon le rapport de Pew. Une femme sur 265, entre 35 et 39 ans, se trouve derrière les barreaux, mais des femmes appartenant à des minorités sont également placées en détention en plus grand nombre que les femmes blanches. Une femme noire sur 100 et une Hispanique sur 297 sont en prison, contre une sur 355 femmes blanches, relève l'étude.

"LE NIVEAU DE CRIMINALITÉ A BAISSÉ"

Un durcissement de la loi, avec notamment des mesures augmentant nettement la durée d'incarcération pour les récidives, a fait exploser la population carcérale, davantage qu'une augmentation de la criminalité, indique le rapport. Interrogée par le New York Times, Susan Urahn, responsable de Pew Center, déclare :"On ne voit pas le bénéfice en matière de sécurité publique de ce niveau d'incarcération." Mais Paul Cassell, professeur de droit à l'université de l'Utah et ancien juge fédéral, estime que le Pew Center ne prend en compte qu'une partie des termes de l'équation sécuritaire : "Il y a un bénéfice tangible à cette politique : le niveau de la criminalité à baissé . Au cours des vingt dernières années, le FBI indique que le nombre des crimes violents a chuté de 25 %, passant de 612,5 pour 100 000 personnes en 1987 à 464 pour 100 000 personnes."

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29 février, le jour le plus rare

29 février, le jour le plus rare

Une journée rare peut servir une cause exceptionnelle. C'est sans doute le pari de la Commission européenne, qui a décidé de faire du 29 février la "Journée européenne contre les maladies rares", ces pathologies qui touchent moins d'une personne sur 2 000.

La Bougie du sapeur, un périodique de 20 pages qui ne paraît que le 29 février - donc tous les quatre ans -, a pour sa part conclu, pour sa huitième édition, un partenariat avec A tire d'ailes, association spécialisée dans l'aide aux jeunes adultes autistes. "Cet engagement caritatif constitue une première", raconte l'organisateur d'événements Jean d'Indy, qui vient de racheter le titre. La revue sera disponible en kiosques dès l'après-midi du jeudi 28 février, pour 4 euros. "L'abonnement pour le siècle, transmissible aux héritiers, est vendu 100 euros", précise l'éditeur.

Jacques Lucchino, illustrateur à Montpellier, apprécie également les facéties. Son "Mouvement de libération du 29 février" demande, dans une pétition transmise à l'Elysée, "que ce 366e jour soit déclaré férié". Son argumentation tient en une phrase : "Nos salaires annuels étant négociés sur la base de 365 jours, nous considérons anormal de travailler un jour de plus sans en tirer les justes bénéfices. Autrement dit, de travailler plus sans gagner plus." Outre la question de la célébration de leur anniversaire, les natifs du 29 février sont parfois confrontés à quelques tracasseries administratives. Ainsi, les années d'élections, les jeunes qui atteignent les 18 ans avant le 28 février sont inscrits automatiquement, et ceux qui deviennent majeurs entre le 1er mars et la date du scrutin doivent effectuer la démarche en mairie. "Mais au guichet, on m'a expliqué que je ne pouvais techniquement pas m'inscrire, car je n'étais né ni avant le 28 février ni après le 1er mars...", se souvient Gautier Bouret, qui a dû déposer une requête spécifique.

Olivier Razemon

Article paru dans l'édition du 29.02.08.

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28 février 2008

Gare au Taser

Enquête

Gare au Taser

       

   Le Taser permet d'immobiliser des individus à distance en envoyant dans la peau deux fils de cuivre équipés d'ardillons, parcourus par une impulsion électrique de 50 000 volts.       

D.R.

Le Taser permet d'immobiliser des individus à distance en envoyant dans la peau deux fils de cuivre équipés d'ardillons, parcourus par une impulsion électrique de 50 000 volts.

Dans le gymnase du Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG), à Saint-Astier (Dordogne), une trentaine de stagiaires lorgnent sans emballement l'arme que pointe vers eux le maître instructeur Stéphane Presle. Ils s'apprêtent à tester sur eux cet engin carré comme un ordre, que la doctrine officielle s'évertue à appeler "pistolet à impulsion électrique", ou PIE. Mais sa réputation court déjà les commissariats, les gendarmeries et les rubriques de faits divers sous son nom de marque : Taser.

 

Un par un, hommes et femmes s'avancent à distance de tir. Une pression sur la gâchette et deux fils de cuivre équipés d'ardillons sont projetés dans la peau, cela accompagné d'un crépitement électrique de cinq secondes. Atteint par 50 000 volts, le corps s'affale sur le sol. Le choc est amorti par la poigne des assistants.

"Cela provoque une tétanie totale. Le système locomoteur est perturbé", analyse Stéphane Presle en bourreau pédagogue. Les "victimes" évoquent "une contraction incontrôlable des muscles" accompagnée d'une "douleur violente" qui les laisse conscientes mais sans réaction. La sensation est fulgurante, extrêmement désagréable, a pu constater le journaliste du Monde, qui s'est prêté à l'expérience. Après deux jours de formation, les stagiaires seront qualifiés comme moniteurs. Ils distilleront leur enseignement à d'autres gendarmes et enverront quelques volts formateurs. "Le Taser n'est pas un joujou. Cela fait réellement mal. Il faut l'utiliser à bon escient", avait prévenu le colonel Didier Quenelle, responsable du CNEFG.

Une sorte de vaccination contre l'intempérance. Car l'arme suscite les polémiques. Dernière en date, dans la nuit du 11 au 12 février, les policiers ont utilisé le Taser pour réprimer des échauffourées à l'intérieur du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. La Préfecture de police de Paris a confirmé, lundi 25 février, les informations rapportées par la Cimade, une association habilitée dans ces centres, et la Ligue des droits de l'homme. Elle a annoncé que l'inspection générale des services (IGS) avait été saisie.

La gendarmerie dispose actuellement de 2 600 Taser du modèle X26. La police en possède 1 105 et en a commandé 850 supplémentaires, à 1 050 euros pièce et 32 euros la cartouche. Testée en 2003, avalisée en 2005 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, cette nouvelle technologie pourrait se trouver couramment accrochée à la ceinture des forces de l'ordre. "Il y a vingt-cinq ans, nous avions trois armes : un pistolet et nos deux mains, soit le choix entre une létalité extrême ou une létalité nulle, justifie le colonel Quenelle. Aujourd'hui, face à la montée de l'agressivité, il nous faut d'autres moyens pour graduer notre réponse. Le PIE en est un, notamment utile dans la zone d'exercice la plus courante du gendarme : de 0 à 10 mètres." Même adhésion chez les policiers. "C'est un outil rassurant pour le fonctionnaire dans certaines situations dangereuses, estime Joaquim Masanet, secrétaire général de l'UNSA-Police. Il est plus facile de sortir le Taser que le pistolet."

Le débat vient de là, justement. "Il y a facilité d'usage, et donc un risque énorme d'abus", constate Benoît Muracciole, responsable d'Amnesty International. Les organisations de défense des droits de l'homme redoutent ce genre d'usage inconsidéré. Aux Etats-Unis, l'arme est utilisée depuis 1999 par les polices locales, si fréquemment que "to tase" ("taser") est devenu un verbe commun. Les dérives se multiplient, des vidéos mises en ligne montrent régulièrement des citoyens ordinaires foudroyés pour des peccadilles.

Joaquim Masanet s'agace de la comparaison avec ces cow-boys américains. "Nous n'avons pas le même statut, pas le même encadrement, pas la même formation", tempête le syndicaliste. Mais les détracteurs de l'arme dénoncent le risque de forces de l'ordre toutes-puissantes, jouant de l'intimidation et pointant leur visée laser à la moindre contrariété. "Il n'y aurait rien de plus dangereux que de banaliser le Taser", admet le commissaire divisionnaire Christophe Fichot, ancien chef du bureau études de la police nationale.

Une circulaire de gendarmerie, une autre de police encadrent l'emploi du PIE, qui "doit être strictement nécessaire et proportionné". "La philosophie vise justement à prévenir un éventuel usage abusif. Nous n'admettrons pas de dérive", assure le général Jean-Yves Safray, un des principaux auteurs du texte des gendarmes.

Sur le papier, tout est clair. Le pistolet électrique ne peut s'utiliser que dans trois cas : la légitime défense ; quand une personne peut paraître menaçante vis-à-vis d'elle-même ou d'autrui ; pour interpeller des auteurs de crimes ou de délits en situation de rébellion. L'arme ne doit être employée que dans des endroits dégagés, la victime ne contrôlant pas sa chute. Elle est prohibée lors des manifestations. Pour 450 euros supplémentaires, la version des policiers est munie d'une caméra qui permet de filmer la scène. Les gendarmes recommandent de tester l'arme sur soi. Pour les policiers, "nous ne le préconisons pas, mais nous ne l'interdisons pas", explique Christophe Fichot.

Les statistiques officielles se veulent rassurantes. La police aurait utilisé le Taser 395 fois, dont 165 en 2007. La gendarmerie comptabilise 105 utilisations en 2006 et 160 en 2007. Dans nombre de cas, il s'agissait de maîtriser des forcenés. "Nous avons une baisse parallèle de 14 % de l'usage des armes à feu et de 8 % des blessés dans nos rangs", avance le général Safray.

Aucun chiffre ne convaincra Virginie Barruel, 22 ans. Cette jeune femme de 51 kg pour 1,58 m a été interpellée le 30 avril 2005, à Lyon, à la suite d'une manifestation qui avait dégénéré. Quatre policiers de la brigade anticriminalité (BAC) l'ont maîtrisée et électrocutée à bout touchant, alors qu'elle était déjà à terre. Il a été admis après coup que la jeune femme ne faisait pas partie des casseurs. "La BAC a été dépassée ce jour-là et a utilisé le Taser inconsidérément", estime son avocate, Me Frédérique Penot.

La scène, filmée par un amateur, montre un emploi à tout le moins litigieux. "Les policiers ont prétendu qu'ils étaient en état de légitime défense, qu'ils essayaient de protéger mon intégrité et la leur des jets de canettes", raconte sans être convaincue Virginie Barruel. L'enquête diligentée en interne par l'inspection générale de la police nationale n'a toujours pas abouti. Les responsables de la police n'ont pas souhaité commenter ce cas.

 

             En novembre 2007, la Commission des droits de l'homme des Nations unies a estimé que l'usage du Taser pouvait être "considéré comme une forme de torture". Dans le monde, 65 pays ont adopté l'arme. La Belgique, l'Italie, les Pays-Bas, le Japon, entre autres, interdisent son emploi. Amnesty International émet des doutes sur son innocuité. Aux Etats-Unis, 291 personnes sont mortes lors d'arrestations au cours desquelles elle avait été employée. "Dans vingt cas, le médecin légiste a démontré qu'il y avait un lien direct avec l'utilisation du Taser", assure Benoît Muracciole, qui demande "un moratoire, le temps que soit conduite une véritable enquête médicale".

L'état de stress que crée la douleur pourrait générer des malaises cardiaques. Une vidéo diffusée sur Internet montre l'interpellation dramatique d'un citoyen polonais, Robert Dziekanski, à l'aéroport de Vancouver. "Tasé" à quatre reprises, maîtrisé brutalement par les policiers, la victime est décédée peu après. A la suite de cet accident et d'un autre survenu à Montréal, la police canadienne veut restreindre les conditions d'emploi.

Le représentant français de Taser s'insurge contre les accusations de dangerosité. "Le SAMU a étudié des sujets qui ont subi un tir et n'a relevé aucune conséquence, assure Antoine Di Zazzo. Il y a eu 64 procès aux Etats-Unis contre notre société, et aucune condamnation." Le discours "made in USA" de l'importateur est rodé. Antoine Di Zazzo excipe des spécificités techniques du pistolet : 7 watts, 2 milliampères, 0,36 joule. Pas de quoi tuer, assure-t-il. Le Taser ferait moins d'effet qu'un 100 mètres.

En France, le débat commence à intéresser la sphère politique. Taser a attaqué en diffamation Olivier Besancenot, qui avait repris les accusations d'Amnesty. A l'inverse, plusieurs dizaines de maires, emmenés par Eric Raoult (UMP), demandent que les polices municipales soient à leur tour équipées. Michelle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, le leur a promis à l'automne 2007. Le décret serait prêt mais, au ministère, on se refuse à donner toute date de publication. En aparté, gendarmes et policiers confirment leur réticence à voir l'arme entre toutes les mains. Dans les prisons d'Amiens et de Fresnes, des surveillants ont également été équipés à titre expérimental.

La firme, basée à Scottsdale (Arizona), créée par les frères Patrick et Thomas Smith, a des rêves plus larges. Aux Etats-Unis, le X26 est en vente libre dans nombre d'Etats. 100 000 citoyens ordinaires en seraient équipés. Pour prévenir un tel développement, la France a classé le X26 en arme de quatrième catégorie par un décret du 22 août 2006, interdisant sa vente au public.

Mais la société américaine vient de commercialiser un nouveau modèle, le C2. Plus petit, plus maniable, habillé avec élégance pour plaire à une clientèle féminine, il peut être équipé d'un MP3. Ecouter de la musique tout en faisant son jogging en sécurité, le "must"... La nouveauté ne fait actuellement l'objet d'aucune réglementation en France. Elle pourrait donc bientôt se retrouver en vente libre. "Nous croulons sous les appels de gens intéressés", se félicite Antoine Di Zazzo. Il est douteux que ces honnêtes citoyens apeurés testent sur eux leur acquisition.

Benoît Hopquin

Article paru dans l'édition du 29.02.08.

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Les étrangers en rétention à Vincennes : "On se sent des moins que rien"

L'entrée du centre de rétention de Vincennes.       

AFP/BERTRAND GUAY

      L'entrée du centre de rétention de Vincennes

Reportage

Les étrangers en rétention à Vincennes : "On se sent des moins que rien"

A première vue, les bâtiments, l'un datant de 2006, l'autre récemment réhabilité, semblent relativement propres. Ils sont dans l'ensemble bien tenus - si ce n'est ce problème de tuyauterie qui a provoqué ces derniers jours une fuite d'eau dans un des sanitaires et une chambre. Mais les lieux sont froids, déshumanisés : murs carrelés, linos gris au sol... seule la peinture des portes s'alignant le long des couloirs apportent une vague touche de couleur. Les chambres, collectives, sont impersonnelles, équipées de deux ou trois lits (pour certains superposés), d'une table jonchée de restes de pain et de gobelets de café, voire d'une petite étagère sommaire où les étrangers déposent leur "trousse de toilette" : un sac en plastique qui leur a été donné à leur arrivée, doté d'un savon, de papier hygiénique, d'une brosse à dent "non démontable", d'échantillons de dentifrice et de shampoing. Les fenêtres, sans volets, sont souvent occultées par un drap.

Pour toute distraction, dans une salle commune, un poste de télévision, hurlant à tue-tête, juché et protégé d'un Plexiglas, et deux PlayStation, récemment installées, elles-mêmes encastrés dans un coffre en ferraille. Mêmes les stylos sont interdits, "pour des questions de sécurité", explique le commandant Bruno Marey, chef des centres de rétention de Paris. Impossible d'écrire. Une sorte d'oisiveté forcée, qui renforce l'insoutenable attente.

EN FRANCE DEPUIS TROIS, CINQ ANS...

"Pour être sommaire, c'est vraiment sommaire. On est comme en prison", lâche Amoussa, Béninois, en France depuis sept ans. " Vous n'êtes pas enfermés dans vos chambres, c'est la grosse différence", corrige le commandant Marey. Il n'empêche, la taille de l'établissement, d'une capacité totale de 280 places (deux fois 140), renforce l'atmosphère carcérale du lieu. "Les deux zones de rétention ne communiquent pas", insiste M. Marey. Mais les "retenus" ont le sentiment d'être réduits à des "numéros", badgés, surveillés par des caméras, appelés par interphone. "On se sent des moins que rien", souligne Fataki, un Congolais.

Ils sont nombreux à piétiner devant le sas qui sépare la zone de rétention proprement dite et la zone administrative, à attendre leur tour pour aller à l'infirmerie, dans le bureau de la Cimade, seule association admise, ou dans celui de l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations (Anaem.). Une attente qui peut se compter en heures. Mais l'infirmerie et la Cimade sont leurs seules échappatoires, havres de paix où ils savent qu'ils seront écoutés. "Certains demandent à venir pour avoir juste un peu de crème ou un cachet de paracétamol. Mais c'est un prétexte. Ils ont besoin de parler, d'être rassurés", explique Josiane, l'infirmière du CRA 2.

"Je suis en France depuis onze ans. J'ai été arrêté lundi à la gare du Nord, et ils m'ont emmené ici alors que j'attends une réponse à ma demande de régularisation. En décembre, la préfecture m'a demandé d'apporter des attestations, j'ai un emploi, des fiches de payes, de feuilles d'impôts...", raconte Cissé, un Malien de 31 ans. Comme tous ici, il oscille entre la hantise de l'avion et l'espoir d'être libéré. Les "pensionnaires" n'ont commis d'autres délits que de séjourner de manière irrégulière sur le territoire national. Et, comme Cissé, la majorité vit, travaille, en France depuis trois, cinq, huit ans... voire plus, et y ont même pour certains une famille. Alors, s'interrogent-ils, que font-ils ici, pourquoi sont-ils privés de liberté ? "Notre place n'est pas ici mais dehors", insiste Moustafa, Marocain. Un sentiment d'injustice et d'humiliation qui les poussent à bout, nourrit une souffrance qu'ils retournent bien souvent d'abord contre eux-mêmes. Les cas d'automutilation, de scarification et les tentatives de suicide ne sont pas isolés. Fin janvier, en une semaine, il y en a eu une dizaine.

"Je ne nie pas qu'il y ait des problèmes", confie M. Marey. Le chef de l'établissement, qui néanmoins temporise l'ampleur et la fréquence des mouvements de protestations, reconnaît que les retenus vivent ici "avec une épée de Damoclèsau-dessus de leur tête : la reconduite à la frontière". Un spectre qui explique et nourrit l'angoisse, le stress, la peur.

Laetitia Van Eeckhout

Article paru dans l'édition du 27.02.08.

La Ligue des droits de l'homme lance une enquête

                                          

La Ligue des droits de l'homme, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France ont annoncé lundi 25 février le lancement de leur propre enquête sur les violences survenues au centre de rétention de Vincennes dans la nuit du 11 au 12 février. Une double enquête, administrative et judiciaire, de l'Inspection générale des services est déjà en cours. La préfecture de police a confirmé lundi soir qu'un policier avait fait usage de son Taser.

Une soixantaine de policiers étaient intervenus de manière musclée, selon la Cimade. Deux retenus, blessés, avaient dû être hospitalisés. - (AFP.)

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27 février 2008

Deux cents Français sont concernés par la fraude fiscale au Liechtenstein

Logos de la banque LGT au Liechtenstein.       

AFP/FABRICE COFFRINI

      Logos de la banque LGT au Liechtenstein.

Deux cents Français sont concernés par la fraude fiscale au Liechtenstein

Le ministère du budget a précisé qu'il avait obtenu ces données dans le cadre de "conventions internationales pour l'assistance administrative au sein de l'UE". A la différence de l'Allemagne, qui a déboursé plus de 4 millions d'euros pour acheter ces listings à un ancien employé de la principale banque du Liechtenstein (LGT), la France assure que la direction générale des impôts (DGI) n'a rémunéré "aucune information". Pour l'heure, l'enquête sur ces contribuables français est uniquement administrative. La justice pourrait être saisie dans un second temps si, aux termes de ses investigations, l'administration fiscale dépose plainte.

Mardi, les Etats-Unis, l'Italie, l'Espagne, la Suède et l'Australie ont aussi révélé qu'ils enquêtaient sur des listes de contribuables. Plus de cent Américains seraient concernés, une vingtaine d'Australiens et "un nombre considérable" d'Italiens, selon le vice-ministre italien de l'économie, Vincenzo Visco. L'Espagne n'a pas donné de chiffre. Lundi, le Royaume-Uni avait aussi indiqué enquêter sur une centaine d'Anglais après avoir payé pour obtenir ces informations. C'est dans le cadre de l'OCDE que neuf pays membres "ont ensemble reçu et étudient" les listes, a indiqué le directeur du Trésor suédois, Mats Sjöstrand. Outre l'Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis, ce groupe réunit aussi le Canada et la Nouvelle-Zélande.

En Allemagne, les investigations se poursuivent. Des perquisitions ont été menées chez 150 suspects. Parmi eux, 91 fraudeurs ont reconnu les faits, et certains ont déjà reversé à l'administration fiscale des avances d'environ 27,8 millions d'euros. Soixante et onze personnes se sont elles-mêmes dénoncées auprès des services des impôts. La LGT, la banque de la famille princière du Liechtenstein, n'est désormais plus seule dans la ligne de mire de la justice. Une seconde banque étrangère est aussi mise en cause. Néanmoins, selon un premier bilan, ce ne serait plus 500 millions d'euros, mais 200 millions qui auraient été dissimulés au fisc allemand.

Marie de Vergès (à Berlin), Philippe Ricard (à Bruxelles) et Elise Vincent

Article paru dans l'édition du 28.02.08.

Enquête préliminaire pour "divulgation de secrets d'entreprise" au Liechtenstein

                                          

Le parquet de Vaduz, capitale du Liechtenstein, a annoncé, mercredi 27 février, l'ouverture d'une enquête préliminaire contre Heinrich Kieber sous le soupçon de "divulgation de secrets d'entreprise au profit de  l'étranger", dans l'affaire de la fraude fiscale via le Liechtenstein. La banque LGT Group, dans le pays, a reconnu que des données, volées en 2002 par Heinrich Kieber, alors employé de l'établissement, avaient non seulement été transmises aux autorités allemandes, mais aussi "apparemment (...) à d'autres autorités".

Le parquet précise aussi que deux demandes d'entraide judiciaire ont été transmises aux parquets allemands de Bochum et de Munich. Dans son communiqué, il dit souhaiter recueillir des informations sur le volume des données informatiques communiquées hors de la principauté et les conditions de leur remise aux autorités allemandes. – (Avec AFP.)

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Visite controversée de Nicolas Sarkozy au Tchad après la disparition d'opposants à Idriss Déby

Les autorités tchadiennes ont reconnu qu'elles détiennent comme "prisonnier de guerre" Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi de l'accord (à gauche), placé "en résidence surveillée chez lui" à la veille de la venue de M. Sarkozy. Mais le sort du député Ngarlejy Yorongar (à droite) et d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l'opposition, inquiète.       

AFP/-

Les autorités tchadiennes ont reconnu qu'elles détiennent comme "prisonnier de guerre" Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi de l'accord (à gauche), placé "en résidence surveillée chez lui" à la veille de la venue de M. Sarkozy. Mais le sort du député Ngarlejy Yorongar (à droite) et d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l'opposition, inquiète.

Visite controversée de Nicolas Sarkozy au Tchad après la disparition d'opposants à Idriss Déby

L'Elysée, en ne confirmant la visite présidentielle à N'Djamena que mardi soir, quelques heures avant le départ, a pris soin d'insister sur le fait que M. Sarkozy avait "hésité" à maintenir ce déplacement et ne l'avait fait qu'après avoir pesé le pour et le contre. Renoncer à cette escale aurait été "la solution de facilité pour ne pas prêter le flanc à de nouvelles critiques", indique-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat. Cela aurait signifié "abandonner les Tchadiens à leur sort et laisser la situation s'aggraver".

Sans se référer explicitement au respect des droits de l'homme, l'Elysée assure que le président va à N'Djamena "pour obtenir des résultats concrets". M. Sarkozy souhaite obtenir la mise en place d'une commission d'enquête "crédible", incluant une "participation internationale", afin de faire la lumière sur les disparitions d'opposants. Il attend aussi l'annonce d'une "reprise sans délai" du dialogue politique avec l'opposition. M. Sarkozy devrait rencontrer des opposants à l'ambassade de France.

Le président tchadien, qui a détrôné par la force, en 1990, le dictateur Hissène Habré avec le soutien de la France, règne sans partage. Dans un pays où l'Etat n'a guère d'existence et où les coups de force militaires tiennent lieu de rapports politiques, il a fallu la pression de l'Union européenne pour que M. Déby accepte le principe d'un dialogue avec l'opposition. Ces contacts, qui n'ont pas inclus les groupes armés, ont abouti à un accord, signé le 13 août 2007, prévoyant des élections législatives en 2009.

La disparition de trois responsables de l'opposition pourrait remettre en cause cet engagement. Les autorités tchadiennes ont reconnu qu'elles détiennent comme "prisonnier de guerre" Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi de l'accord, placé "en résidence surveillée chez lui" à la veille de la venue de M. Sarkozy. Mais le sort du député Ngarlejy Yorongar et d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l'opposition, inquiète. De source française, on indique que le premier s'est réfugié au Cameroun voisin, ce que son entourage dément. Concernant le second, aucune information ne filtre.

Craignant des "disparitions forcées", HRW juge "inopportun" le voyage au Tchad du président français, "à moins que des preuves concrètes n'attestent que Saleh et Yorongar sont en vie". De leur côté, les cinq avocats tchadiens et français des deux disparus estiment que "la responsabilité [de M.Sarkozy], dès lors qu'il maintient son déplacement, est lourde, eu égard aux informations alarmantes" en leur possession.

Soupçonné de cautionner un régime autoritaire, M. Sarkozy souhaite faire de cette étape un symbole de sa volonté de changement en matière de politique africaine, la France n'agissant plus unilatéralement mais avec le feu vert de la communauté internationale. La présence à ses côtés de Louis Michel, commissaire européen au développement, et d'Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, est censée symboliser ce tournant. Il s'agit aussi de marquer le soutien à la force européenne (Eufor) qui a commencé son déploiement dans l'est du Tchad, aux confins du Darfour (ouest du Soudan), pour assurer la sécurité de quelque 500 000 réfugiés et déplacés.

Dans le même esprit, la grâce sollicitée auprès de M. Déby par les six condamnés de l'affaire de L'Arche de Zoé n'entre "pas dans les objectifs du voyage", dit-on à l'Elysée. Cette prudence vise à éviter à la fois "le mélange des genres" et le parasitage du discours que M. Sarkozy doit prononcer au Cap devant le Parlement sud-africain. Il devrait évoquer sa volonté de renégocier les accords de défense et de coopération militaire entre la France et des pays africains.

Philippe Bernard

La FIDH s'inquiète d'un "soutien aveugle" au régime tchadien

                                          

Après avoir été reçue par Nicolas Sarkozy avec cinq autres organisations de défense des droits humains, mercredi matin, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a jugé que "le sort des opposants politiques doit être élucidé avant le départ du président Sarkozy, sans quoi le soutien de la France au régime du président Déby serait aveugle".

Dans son communiqué, l'ONG demande au président français "d'exprimer une position publique ferme exigeant des autorités tchadiennes le respect inconditionnel des droits humains et l'ouverture de discussions de paix engageant le pays dans un véritable processus de dialogue politique". - (Avec AFP)

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Face à l'inflation des prix alimentaires, "il faut s'attaquer à la question des salaires"

Face à l'inflation des prix alimentaires, "il faut s'attaquer à la question des salaires"

Alors que l'enquête de 60 millions de consommateurs (Institut national de la consommation) sur la flambée des prix des produits alimentaires en France a provoqué de vives réactions politiques, le gouvernement promettant une "opération coup de poing", Philippe Moati, professeur à l'université Paris-VII et directeur de recherche au Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), revient sur les moyens politiques d'agir sur le pouvoir d'achat des ménages.

Le gouvernement n'a pas encore annoncé de mesures concrètes pour limiter l'inflation des produits alimentaires, mais promet d'enquêter pour déterminer à quel niveau se situent les "abus". Sera-t-il possible d'identifier un responsable dans cette flambée des prix ?

J'ai bien peur que ce soit plus compliqué et que tout un système soit responsable. Un système où, d'un côté, la production agroalimentaire est concentrée entre les mains d'un petit nombre de groupes, qui ont restructuré ces dernières années leur portefeuille de marques pour ne conserver que des marques leaders, très demandées, et où, de l'autre côté, la distribution dispose elle aussi de monopoles sur les points de vente. Aux deux extrémités de la chaîne, on est dans une situation d'oligopole et la victime, c'est le consommateur.

Bercy a l'air de vouloir pointer du doigt les enseignes de grande distribution et compte renforcer la concurrence pour qu'elles baissent leurs prix. Est-ce la bonne méthode ?

Le niveau des augmentations de prix est effectivement très surprenant. Depuis que la loi Galland de 1996 a été assouplie en 2004, les distributeurs peuvent redistribuer une partie de la marge arrière au consommateur en baissant les prix de vente. Or, aujourd'hui, on constate que les industriels ont augmenté leurs prix, avec la bonne excuse de la flambée du prix des matières premières. Quant aux distributeurs, ils n'ont pas jugé bon, pour certains produits, de rétrocéder au consommateur la marge arrière concédée. Ils font donc payer plein pot l'augmentation des prix des industriels, sans doute pour les désigner comme responsables de cette hausse et justifier ainsi une nouvelle révision de la réglementation – les distributeurs demandent en effet la possibilité de négocier directement les tarifs avec les industriels. Cette attitude est suspecte.

La loi Chatel entrera en vigueur le 1er mars. Peut-on en attendre des effets concrets sur les étiquettes ?

Théoriquement, on devrait en attendre une modération de l'inflation, puisque la loi Chatel achève la réforme de la loi Galland. Désormais, ce n'est pas une fraction mais la totalité de la marge arrière que les distributeurs seront capables de redistribuer au consommateur. Mais l'effet de la loi sera sûrement insuffisant pour masquer la dynamique des prix imputée à la hausse des matières premières.

Y a-t-il un sens à agir sur cette flambée des prix à l'échelle de la France, alors que nous sommes face à un phénomène mondial ?

Il ne faut pas se voiler la face. 60 millions de consommateurs a pointé des cas aberrants et il y aura sûrement des abus à sanctionner. Mais cela ne doit pas masquer le problème de fond. Il y a une vraie inflation par les coûts, qui a des causes très exogènes au "Landerneau de la grande consommation française" [allusion à l'enseigne Leclerc, dont le premier magasin s'est ouvert à Landerneau (Finistère), en 1949] et qui se joue sur les marchés mondiaux. Nous sommes face à un phénomène durable et il va falloir s'habituer à vivre avec des matières premières plus chères que dans le passé.

Le gouvernement français ne disposerait donc pas des leviers nécessaires pour inverser cette tendance inflationniste ?

Le gouvernement va être soumis à dure épreuve. Il ne s'agira plus de faire de la pédagogie ou d'agir ici ou là sur des aspects cosmétiques. Il va falloir remettre au premier plan la question de la négociation sur les salaires. Le pouvoir d'achat, c'est en effet l'évolution des revenus divisée par celle des prix. Depuis que le gouvernement Fillon est en place, il essaie essentiellement de jouer sur les prix, mais il y a des limites à l'exercice. Les prix ont des raisons sérieuses et exogènes de monter. On aura beau faire la chasse aux profiteurs, une fois cette chasse aux sorcières terminée, on sera bien confronté à une inflation "pure". Il faut maintenant s'attaquer au numérateur du pouvoir d'achat, c'est-à-dire aux salaires. Avec le risque d'engendrer une spirale inflationniste puisque si l'on augmente les salaires, les coûts des entreprises vont augmenter, ce qui leur donnera une raison supplémentaire d'augmenter les prix. On peut comprendre que le gouvernement soit réticent à s'engager dans cette voie, mais il faut donner un signe.

Propos recueillis par Mathilde Gérard

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A Mulhouse, la campagne droite-gauche de Jean-Marie Bockel

A Mulhouse, la campagne droite-gauche de Jean-Marie Bockel

"La gauche française croit tellement détenir la vérité révélée, balaie M. Bockel, que lorsqu'elle est rejointe par des gens venant de la droite, elle considère qu'ils ont enfin découvert le droit chemin, alors qu'elle vit l'inverse comme une trahison. Au fond, elle met plus d'énergie à garder le temple qu'à se rénover."

L'ancien premier adjoint de M. Bockel à la mairie sera pourtant le candidat socialiste contre lui, et il sait bien que "beaucoup de gens qui, hier, votaient pour moi et appréciaient mon bilan voteront pour lui par choix d'étiquette politique." Evidemment, l'impopularité grandissante du président de la République n'a pas arrangé les choses : "Les plus hostiles répètent : on le lui avait bien dit, il n'aurait jamais dû rejoindre Sarkozy."

Il y a quelques semaines, le Mouvement des jeunes socialistes local a distribué un tract sur lequel figuraient sa photo et celle du chef de l'Etat, en noir et blanc, sinistres à faire peur. Sa femme, qui avait connu les années de militantisme au sein du PS, en a été outrée. Mais M. Bockel ne regrette pas son choix. Tout juste constate-t-il la difficulté de la situation lorsqu'il va soutenir des candidats de l'UMP ou du Nouveau Centre : "Je vois bien que, pour une partie de l'UMP, je suis un intrus."

"MOI, LE SOCIAL-LIBÉRAL"

Les cultures politiques entre droite et gauche restent différentes : "Au PS, le culte du chef est tout de même moins prégnant, sourit-il, mais il y a de profonds changements à droite, avec des gens plus modernes, plus sociaux et, au fond, moi le social-libéral, je me retrouve en phase avec des libéraux-sociaux."

Pour autant, s'il est parvenu à rallier Philippe Trimaille, l'ancien porte-parole de l'UMP au conseil municipal de Mulhouse, qui avait menacé de mener une liste dissidente, M. Bockel fait toujours l'objet de l'hostilité sourde de la députée UMP du Haut-Rhin, Arlette Grosskost.

C'est aussi pour cela que le maire garde un regret : "S'il y avait eu une véritable coalition, un vrai pacte de gouvernement accepté par les formations politiques, les choses auraient été plus faciles." Mais il sait bien qu'il n'y aura pas de retour en arrière possible. "Je savais que ce serait difficile, dit-il donc crânement. Je n'ai pas d'états d'âme."

Raphaëlle Bacqué

Article paru dans l'édition du 27.02.08.

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