22 février 2008

Aphatie en journaliste timide face à la reine Christine

Aphatie en journaliste timide face à la reine Christine

Arbitre des élégances journalistiques, Jean-Michel Aphatie sait ne pas dépasser les frontières de l'impertinence. Ainsi l'intervieweur des matinales de RTL a fait preuve d'une rare complaisance avec Christine Ockrent.



Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie n'aime pas Marianne. C'est son droit le plus strict. De même qu'il a le droit de contester l'appel Républicain lancé par le journal. Pourtant « l'affaire Ockrent» est, à sa manière, une illustration de la monarchie élective tant moquée par l'intervieweur des matinales de RTL.
Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent nommés à la tête de la future holding France Monde (TV5, France 24 et Radio France international) : un publicitaire, ancien d'Havas (Groupe Bolloré), proche de Martin Bouygues, appartenant au réseau des « pubards » de Neuilly, et la femme du ministre des affaires étrangères, habituée des soirées du Roi, apparemment très en cour à l'Elysée. D'après Le Point, lorsque le nom de Christine Ockrent lui a été suggéré pour le poste, le président se serait exclamé : « Christine ? C'est une excellente idée. Je l'adore ! ».

Christine Ockrent, jamais prise en faute ?
Interviewée ce matin sur RTL par Jean-Michel Aphatie, Christine Ockrent a nié tout problème, ne cessant d'évacuer les questions de son interlocuteur.
Christine Ockrent a ainsi affirmé très sérieusement qu'elle « n'avait jamais été prise en faute » dans sa carrière. Sa campagne grossière pour le « oui » au moment du référendum européen relevait sans doute du simple oubli qu'à toute question l'alternative du « non » était une possibilité à prendre en compte ; ses « ménages » (véritables opérations de relations publiques pour des entreprises privées) auxquels Jean-Michel Aphatie -qui donne à l'accoutumée des leçons de journalisme plus vite que son ombre- n'a fait aucune mention constituent, à l'évidence, une lourde faute professionnelle. Même la direction de la rédaction de France 3 –et pas seulement les méchants syndicats comme le dit Christine Ockrent- s'en est émue.

Aphatie pas à son meilleur niveau
La journaliste s'est également targuée d'avoir exercé son métier 10 ans aux Etats-Unis, intervenant sur les télés britanniques et japonaises. Petit détail : en ces pays, jamais un ou une journaliste marié(e) à un ou une responsable politique n'aurait pu accéder à ce type de poste par le simple fait des soupçons qu'il engendrait. Il est des exemples à prendre avec des pincettes…
Fin stratège, Jean-Michel Aphatie aime anticiper les reproches susceptibles de lui être adressés. Ainsi il admet sur son blog n'avoir pas été à son meilleur niveau face à Christine Ockrent. Dur métier. C'est que les questions dérangeantes que l'on omet de poser à ses chers confrères sont autant de questions que l'on devrait aussi parfois se poser à soi-même…
Il a bon dos l'inconscient journalistique qui épure l'information « à l'insu de son plein gré » !

Kahn-Aphatie: Vigilance ou guerre civile ?
Jean-Michel Aphatie explique qu'il ne voulait pas se poser en procureur. Grand bien lui fasse. « Cette posture aurait charrié trop d'agressivité, trop de violence, et je pense au bout du compte qu'elle aurait pollué l'antenne et nuit à son écoute » écrit-il le plus sérieusement du monde. « Non à la violence et à la pollution des antennes. Assez de la guerre journalistique ! », l'adage a tout du pacifisme béat, période hippies !
Plutôt que de se lancer dans des explications aussi tordues que fantaisistes, Jean-Michel Aphatie aurait pu dire la vérité crue à ses lecteurs : en Terre audiovisuelle de France, un journaliste digne de ce nom ne touche pas à la Reine Christine. Car lors de ses attaques répétées envers Marianne ces derniers temps, monsieur Aphatie n'a pas hésité à se montrer beaucoup plus agressif, confinant à l'insulte lorsqu'il s'étonne que l'on puisse dire « autant de bêtises en si peu de mots ». La tension était encore palpable lors de sa confrontation avec Jean-François Kahn dans le Grand Journal de Canal-Plus. Certes, Jean-François Kahn n'est pas Christine Ockrent mais Jean-Michel Aphatie ne s'est, en l'occurence, que très peu soucié de la violence exprimée à l'antenne et de la nuisance à l'écoute. Michel Denisot faisant montre, à certains moments, d'une rare agressivité allant jusqu'à nier la tenue de certains propos rediffusés quelques minutes auparavant. Ses camarades de jeu volant à son secours, éberlués que l'on puisse critiquer l'inattaquable Aphatie.

L'arbitre des élégances journalistiques
A sa manière, le dictionnaire départagera les contradicteurs: la vigilance désigne un état d'éveil. En rien une parole de guerre civile comme s'est laissé aller à le dire, très imprudemment, monsieur Aphatie. De là à dire que l'éditorialiste du Grand Journal se satisferait d'une population vassale et soumise. Nous n'entrerons pas dans la surenchère des interprétations.
Celui qui se veut un arbitre ultime des élégances journalistiques, du matin au soir, en son terrain de jeu multimédiatique s'était montré bien plus complaisant avec Nicolas Beytout, le nouveau patron des Echos qu'il qualifiait de « très bon journaliste. Informé et travailleur, pertinent et subtil, élégant en plus, solide et cultivé aussi etc. ». Michel Drucker n'aurait pas fait mieux. Peut-être même a-t-il trouvé son maître.
A croire que seuls les hommes politiques doivent garder le privilège d'encaisser les banderilles de ce toréador. Entre confrères n'est-ce pas. Sauf Marianne, bien sûr…


Jeudi 21 Février 2008 - 17:49

Régis Soubrouillard

Posté par ERICCITOYEN à 08:59 - - Permalien [#]