23 janvier 2008

Sarkozy n'est plus candidat pour les municipales

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Sarkozy n'est plus candidat pour les municipales

Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.



Sarkozy n'est plus candidat pour les municipales

 

A la recherche des bonnes opinions perdues, le président de la République de nouveau en exercice a effectué une correction de tir et d'image supplémentaire hier en décidant de s'abstraire de la mêlée municipale. Plus question de s'en mêler de cette mêlée, a-t-il fait savoir à Bordeaux où il était allé… soutenir le maire sortant Alain Juppé qui, à la tête d'une liste d'ouverture, a jugé bon de ne pas faire figurer le sigle UMP sur ses affiches. Comme beaucoup d'élus municipaux d'ailleurs, l'édile bordelais tenait pour faute politique la volonté affirmée par Sarkozy de politiser les élections locales. C'était prendre le risque de briser le lien particulier personnel qui existe entre l'élu de terrain et ses administrés. Les Français aiment leurs maires. Ceux-ci estiment à plus de 10 % leur crédit personnel alors qu'un député ne déplace sur son nom qu'un maximum de 5 % des voix.

Sarkozy a changé de cap, car tous les sondages montraient que les Français souhaitaient garder son caractère local à ce scrutin, qu'ils attendaient de leur président qu'il préside et non qu'il se mêle de cuisine électorale. Enfin, la politisation d'abord revendiquée par le chef de l'Etat ne profitait qu'à la gauche dont l'électorat se mobilisait pour sanctionner Sarkozy, alors que les sympathisants de droite étaient entrés en désamour de leur chef d'Etat « jet sauteur ». Les municipales risquaient de se transformer en vote sanction cinglant contre le président qui a senti le vent du soufflet.

Pour se prémunir de cette claque nationale que la crise économique menace d'amplifier, Nicolas Sarkozy a donc pris ses distances et adopté, comme le souhaitait Jean-Pierre Raffarin moqué précédemment pour cela, la posture de retrait apparent. La posture hypocrite plus classique de ses prédécesseurs qui s'occupaient de très près des municipales tout en paraissant s'en tenir très loin, seulement occupés des intérêts supérieurs de la France et des Français.

Mais cette volte-face sarkozyste aussi tardive que subite a contribué au trouble des députés UMP proches de la rébellion. Car cela fait plusieurs jours qu'ils souhaitaient un tel changement de position, mais l'Elysée ne faisait pas même mine de les écouter. Il en va de ce sujet comme pour le reste : les parlementaires sont tenus pour des moins que rien, des « godillots », ce qui est vexant pour les escarpins, et ceux-là commencent d'en avoir « ras-le-bol ».

Il faut dire qu'on assiste à l'abaissement permanent du Parlement et on en a eu une nouvelle et cruelle illustration hier, lors de la rituelle séance des questions au gouvernement. En théorie, c'est une séance sanctuarisée à cause de la télévision qui retransmet les débats et du respect censément dû à l'Assemblée. La présence des excellences gouvernementales est requise. Or hier le ban du gouvernement comptait quasiment plus d'absents que de présents : absent le Premier ministre François Fillon qui, au même moment, bichonnait les centristes du Sénat favorables à Sarkozy ; absentes Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie en promenade de convalescence présidentielle et de fausse vraie campagne municipale à Bordeaux ; absent, Hervé Morin, au garde-à-vous devant le président pakistanais ; absent encore, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères en plein affaires étrangères justement. Et tout ce très beau monde n'avait même pas présenté de mot d'excuse, alors qu'il est de tradition dans cette chambre factice qu'on préserve au moins les apparences du respect. Le gouvernement piétine même les apparences.

Pourtant, ce même jour, lors des réunions de bureau et de groupe UMP, c'est le ras-le-bol qui éclatait contre cet irrespect que le nouveau pouvoir manifeste à l'encontre des élus. Par un reste de timidité et d'esprit courtisan, ces élus dénonçaient le « gouvernement », mais c'est bien Sarkozy et ses conseillers qui étaient visés quand les uns et les autres dénonçaient, à l'instar de Claude Goasguen, cette « République des experts d'ouverture » qui a remplacé la République des technocrates.

Des experts qui n'ont de compte à rendre à personne, qui se croient tout permis et tout puissants, qui pondent comme Attali des rapports touffus que les élus découvrent dans la presse et qu'ils devaient avaler tout crus. « Assez, ont-ils protesté en cœur indigné… » Tant et si bien que le Premier ministre leur a promis « qu'ils auront le dernier mot », que « Attali n'était pas à prendre ou à laisser », que c'est le Parlement qui déciderait, qu'il en va de même pour le plan banlieue ou encore pour l'utilisation des OGM. Bref, le Parlement « martyrisé », le Parlement « humilié », le Parlement « piétiné », devrait être demain « libéré », notamment par la réforme constitutionnelle. Les parlementaires y comptent bien. Ils en ont marre que leurs enfants qui regardent des feuilletons américains comme The West Wing (A la maison blanche) où la démocratie parlementaire semble vivace leur disent : « Mais papa (ou maman plus rarement), à quoi ça sert en France le parlement ? »


Mercredi 23 Janvier 2008 - 12:12

Nicolas Domenach



Posté par ERICCITOYEN à 12:47 - - Permalien [#]