31 décembre 2007

Hollande : «Le sarkozysme, c'est un narcissisme»

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L'INVITE DU DIMANCHE

Hollande : «Le sarkozysme, c'est un narcissisme» Propos recueillis par Béatrice Houchard et Dominique de Montvalon

dimanche 30 décembre 2007 |     Le Parisien


PREMIER secrétaire du PS et député de la Corrèze, François Hollande était hier matin dans sa ville de Tulle, avant de regagner Paris hier soir. Il juge les huit premiers mois de la présidence de Sarkozy.

Considérez-vous que, avec ses vacances en Egypte, Nicolas Sarkozy ne se montre pas « digne » de la fonction présidentielle ? 
François Hollande.
Nicolas Sarkozy a le droit de partir en vacances où il veut et avec qui il veut.

En revanche, ce qui n'est pas acceptable, c'est la confusion permanente des genres : entre vie privée et vie publique, intérêts particuliers et intérêt général, financements privés et financements publics. Avec Nicolas Sarkozy, il n'y a plus de frontières, sauf celles qu'il installe lui-même et qu'il expose complaisamment à chacune de ses séquences de communication.

Qu'est-ce qui vous choque le plus ? Ne pouvez-vous pas le créditer, en tout cas, d'une absence d'hypocrisie ?
Ce qui me choque le plus, c'est justement l'hypocrisie. D'un côté, il relève de 170 % son traitement pour mettre sa rémunération, dit-il, au diapason de celles des chefs d'Etat des grandes démocraties ; de l'autre, il sollicite les faveurs d'un milliardaire généreux pour se transporter en grand équipage en Egypte. D'un côté, il demande à juste titre la protection de sa vie privée, de l'autre, il l'expose avec autant de fierté que de gourmandise. D'un côté, il s'en prend aux médias, et de l'autre, il les oblige à le suivre dans le récit de sa propre histoire. Ce n'est pas simplement la fonction présidentielle qui est en cause, c'est une conception même de la politique. Le sarkozysme, c'est d'abord un narcissisme.

Parleriez-vous, comme le journal allemand « Berliner Zeitung », d'un « nouveau Napoléon », de surcroît « imprévisible » ?
Non. Mais je comprends que le comportement de Sarkozy intrigue nos partenaires européens. Cette manie de tout revendiquer, même les initiatives des autres, y compris dans la libération des infirmières bulgares. Cette façon d'imposer ses thèmes - l'Union méditerranéenne par exemple - sans aucune concertation. Cette indifférence à l'égard des disciplines européennes, notamment sur le plan de nos finances publiques. Cette tentation de faire la leçon aux autres et de n'en respecter aucune pour lui-même. Tout cela finit par irriter sans que la diplomatie de notre pays en sorte grandie. On peut parler fort au nom de la France à condition de porter des valeurs, des principes, des objectifs communs, et non en servant des intérêts personnels ou mercantiles.

Que diriez-vous de l'action du président de la République depuis huit mois ?
Candidat au nom du pouvoir d'achat, il doit être jugé sur ses résultats dans ce domaine. Or il n'a su ni relancer la croissance - elle se situe en dessous de 2 % - ni maîtriser l'inflation, qui dépasse largement 2 %, et pas davantage réduire l'endettement public qui atteint le niveau record de 65 % de la richesse nationale. Aussi le pouvoir d'achat est-il rogné de partout : les salaires et les retraites stagnent, les prix flambent. Et au 1er janvier, malgré les annonces et les plans votés à la hâte, il n'y aura pas un euro de plus dans le porte-monnaie des Français. Pire même, le prix du gaz va augmenter de 4 %, et les malades vont devoir acquitter sur chaque acte de santé les fameuses franchises. Quant aux heures supplémentaires, elles seront bientôt rémunérées au tarif des heures normales puisque le Premier ministre vient d'indiquer aux partenaires sociaux que désormais la durée du temps de travail serait déterminée au niveau de chaque entreprise et non plus par la loi. Après les slogans de campagne, voilà la réalité : « Travailler plus pour payer plus. » La seule rupture que Nicolas Sarkozy aura en définitive réussie, c'est celle avec ses promesses.

Comprenez-vous Nicolas Sarkozy lorsqu'il affirme que la France a, pour l'essentiel, des « racines chrétiennes » ?
Non. La France avait jusque-là refusé que, dans les traités européens, il soit fait référence aux racines chrétiennes de notre continent. Non pas pour nier notre histoire mais pour rappeler les principes de la laïcité. Et le chef de l'Etat, plus qu'aucun autre, doit en être le garant. La République respecte les cultes, mais n'en privilégie aucun. Sarkozy a également fait un parallèle entre la vocation religieuse et la vocation politique, qui est aussi déplacé que contestable. Il a une nouvelle fois entretenu la confusion des genres et des esprits.

François Bayrou reste-t-il, à vos yeux, un allié potentiel du PS ?
Je constate que lors des derniers scrutins - élections présidentielle et législatives - François Bayrou s'est refusé à appeler à voter au second tour pour les candidats socialistes et à envisager un accord de désistement avec la gauche. Pour les prochaines municipales, le MoDem fait liste commune avec l'UMP dans de nombreuses villes comme à Bordeaux avec Alain Juppé et François Bayrou lui-même veut conquérir Pau sur le PS ! Convenez qu'on fait mieux comme allié potentiel ! En fait, sa stratégie n'est pas celle d'une coalition parlementaire avec le PS, mais d'une compétition pour la présidentielle de 2012. Je fais davantage confiance aux électeurs du MoDem qu'à François Bayrou pour faire le choix qui conviendra au second tour des municipales.

La gauche peut-elle espérer, à l'occasion de ce scrutin, prendre sa revanche sur la présidentielle ?
Il ne s'agit pas de prendre une revanche mais de prendre de nouvelles responsabilités dans le plus grand nombre de villes et de départements de France. Le scrutin de mars aura une double signification : au plan national, obliger la droite et Nicolas Sarkozy à une confrontation sur son bilan un an après la présidentielle ; au plan local, conduire la gauche à une action utile pour les Français en termes de logement, de transports, de services à la personne, d'éducation et de développement durable. Marquer notre opposition sans doute, mais surtout agir et protéger nos concitoyens sur l'ensemble des territoires.

Quelles sont vos « bonnes résolutions » pour 2008, pour vous et pour votre PS en panne ? Tirer d'abord les leçons de 2007. Et pour les socialistes, être en 2008 plus cohérents, plus unis, plus collectifs. Ne parler de leur congrès qu'après les municipales. S'adresser aux Français plus qu'à eux-mêmes, répondre aux défis d'aujourd'hui sans rien perdre de leur idéal. Et pour ce qui me concerne, penser d'abord au présent avant tout le reste. Car c'est lui qui détermine l'avenir.

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