31 octobre 2007
Salaire de Sarkozy: ce que les députés en disent
Salaire de Sarkozy: ce que les députés en disent
Par Julien Martin (Rue89) 17H49 31/10/2007
A la quasi unanimité des votants, les députés ont adopté mardi l'augmentation de 140 % du salaire du Président. Mais des votants seulement, les élus socialistes ayant déserté les bancs de l'Hémicycle. Il fallait être dans les couloirs de l'Assemblée pour recueillir les impressions des députés de tout bord:
D'environ 8 000 euros, la rémunération brute mensuelle du chef de l'Etat passe donc à 18 690 euros (près de 15 000 euros net). Soit très exactement au même niveau que le chef du gouvernement français, et pas très loin du Premier ministre britannique ou de la chancelière allemande. Aucune raison "qu'un président de la République soit payé au niveau d'un petit cadre moyen", justifie Pierre Lellouche, député UMP.
Pourfendeur de l'opacité des comptes élyséens depuis plusieurs années, René Dosière, député apparenté PS, dit aussi sa satisfaction de voir aujourd'hui une partie de son combat aboutir, preuve que "ça sert à quelque chose le travail parlementaire".
"C'est à la fois mal présenté et pas tout à fait opportun", pense pour sa part le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Un avis partagé par la majorité de ses camarades.
"Je veux que la Cour des comptes puisse contrôler le Président"
De la Corse, où était organisé mercredi un conseil des ministres décentralisé, Nicolas Sarkozy a répondu lui-même aux critiques dont il savait qu'il allait immanquablement faire l'objet. C'est au nom de la "transparence" qu'il a demandé cette réforme:
"Toutes ces petites histoires où chacun faisait dans son coin c'est fini. (...) Je veux que ce soit une loi qui fixe la rémunération du président de la République. Ce n'est pas à moi de la fixer. (...) Je veux que la Cour des comptes puisse contrôler l'Elysée et le Président."
Egratignant au passage son prédécesseur, Nicolas Sarkozy a également fait savoir que le chef de l'Etat ne pourrait plus cumuler son salaire et ses retraites: "Moi je ne veux pas de ça. Je veux de la transparence. Je veux que les Français sachent."
Un argumentaire repris par Jérôme Chartier. Le député, spécialiste ès finances de l'UMP, a été dépêché devant les journalistes pour expliquer encore et encore la réforme, histoire qu'elle passe sans trop faire de vagues dans l'opinion. Il l'affirme: dorénavant, "le président de la République en exercice ne pourra toucher que sa rémunération de président de la République".
Des explications qui risquent toutefois de se révéler insuffisantes à l'heure où le Président demande des efforts aux Français pour relancer la croissance. D'autant plus qu'aucun transfert de dépenses à la charge de l'Elysée vers son compte personnel n'accompagne finalement cette augmentation de plus de 10 000 euros.
"Je serai le Président du pouvoir d'achat", avait assuré le candidat Sarkozy. Avait-il omis d'ajouter "pour moi"? Certains ne devraient pas tarder à lui rappeler qu'il a refusé de donner un coup de pouce au smic le 1er juillet dernier.
Le campement de mal-logés de la rue de la Banque une nouvelle fois évacué
Le campement de mal-logés de la rue de la Banque une nouvelle fois évacué
LEMONDE.FR avec AFP | 31.10.07 | 17h16
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la troisième fois en moins d'un mois, la police a procédé, mercredi 31
octobre, à l'évacuation du campement de mal-logés installés rue de la
Banque, à Paris. Tôt dans la matinée, une centaine de gendarmes et
policiers ont plié toutes les tentes des mal-logés, entassant sur le
trottoir leurs matelas et affaires personnelles avant de les embarquer.
Certains ont été conduits par bus vers un centre d'accueil, tandis que
d'autres ont préféré s'en aller à pied. Une trentaine
de femmes, certaines avec des enfants en bas âge, se sont brièvement
regroupées à l'entrée du métro Bourse. "Un toit, c'est la loi", "j'y suis, j'y reste, je ne partirai pas" ou "c'est la loi qu'il faut changer", ont-elles scandé."NUIT SOLIDAIRE" MERCREDI SOIR
L'opération s'est déroulée sans incident majeur. Trois personnes, deux militants de Droit au logement (DAL), l'association à l'initiative du campement, et un père de famille ont été interpellés, puis remis en liberté dans la matinée. Selon le porte-parole du DAL, Jean-Baptiste Eyraud, le père de famille avait "très mal au poignet" après l'interpellation et se trouvait à l'hôpital en fin de matinée.
Les mal-logés, en majorité d'origine africaine et en situation régulière, s'étaient installés sur les trottoirs de la rue de la Banque le 3 octobre. Ils en avaient été évacués le 10 octobre, mais s'y étaient réinstallés le jour même, avant d'être une nouvelle fois évacués et de refaire le campement le lendemain. Le DAL a maintenu son appel à une "nuit solidaire", mercredi soir à partir de 18 heures, juste avant le début de la trêve hivernale des expulsions.

AFP/STEPHANE DE SAKUTIN
Les mal-logés de la rue de la Banque à Paris, le 31 octobre avant leur évacuation par les forces de l'ordre.Stéphane Lhomme : "Le Grenelle de l'environnement est une défaite majeure pour l'écologie"
Entretien avec le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire
Stéphane Lhomme : "Le Grenelle de l'environnement est une défaite majeure pour l'écologie"
LEMONDE.FR | 31.10.07 | 16h51 • Mis à jour le 31.10.07 | 17h51
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conclusion du Grenelle de l'environnement, le président Nicolas Sarkozy
a souligné que pour lutter contre le réchauffement climatique, la
France doit opter pour l'énergie nucléaire, sinon elle devra ''renoncer à la croissance''. Réfutez-vous cette alternative ?
Si
le nucléaire permettait vraiment de limiter les émissions de gaz à
effet de serre et de suppléer au pétrole, il serait peut-être légitime
de discuter de cette option. Mais selon l'Agence mondiale de l'énergie
(AIE), le nucléaire ne couvre que 6 % de la demande mondiale d'énergie,
une part si faible que son impact sur le climat est quasi nul. De plus,
contrairement à ce qui nous est souvent dit, cette part va encore se
réduire dans les années à venir : l'AIE reconnaît que la part du
nucléaire dans l'électricité mondiale va passer de 17 % à 12 % en 2030,
c'est-à-dire environ 5 % de la consommation mondiale d'énergie. Tant
qu'on croit que le nucléaire va empêcher, même partiellement, le
réchauffement climatique, ce dernier aura de beaux jours devant lui.
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Ces associations ont certainement estimé qu'elles pourraient se rattraper sur d'autres thèmes (biodiversité, transports, etc). Ce qu'elles n'ont pas compris, c'est qu'en se pliant au "préalable pronucléaire", imposé par M. Sarkozy, y compris son incroyable accord nucléaire avec le dictateur libyen Kadhafi, elles sont allées à la négociation déjà vaincues, soumises. Logiquement, elles ont été balayées sur l'ensemble des dossiers. En effet, contrairement à tout ce qui nous a été affirmé par la puissante communication élyséenne, le Grenelle est une défaite majeure pour l'écologie :
- réduction des pesticides... "si possible"
- moratoire autoroutier sauf contournements d'agglomérations ou "points noirs", autant dire que la plupart des projets actuels seront validés
- OGM : un gel... pendant l'hiver
- moratoire sur les incinérateurs : sauf en "dernier recours"... ce qui ne manquera pas de se produire
Le sommet a été atteint avec le nucléaire : M. Sarkozy a abusé l'opinion en annonçant qu'il n'y aurait pas de "nouveaux sites". Or, les projets de nouveaux réacteurs sont tous prévus dans des sites déjà existants ! Dans un pays où il y a 58 réacteurs en service (plus une douzaine déjà arrêtés, qui restent à démanteler), des projets à foison (EPR, ITER, etc.), des sites nucléaires gigantesques (La Hague, Tricastin, Cadarache, Marcoule, Bure, etc.), l'attitude des associations "compatibles Grenelle", qui ont baissé pavillon sur ce sujet, est tout simplement indigne.
L'écologie
politique s'était jusqu'ici plus concentrée sur la lutte contre le
nucléaire, la sortie du pétrole venant bien après. C'est en train de
changer, semble-t-il...
C'est en train de changer dans le
discours du pouvoir et celui des éditorialistes. Ce sont eux qui ont
"décrété" que, subitement, le nucléaire n'était plus un problème, et
même que c'était une "solution", et ce discours s'est imposé en
continu. A force de répéter des choses parfaitement fausses, elle ont
fini par devenir "vraies". En réalité, jamais la facture énergétique de
la France n'a été aussi élevée. Et encore, il faut y ajouter la facture
nucléaire (démantèlement, déchets) qui s'annonce astronomique. Entre
2003 et 2005, c'est l'Allemagne qui est exportatrice nette
d'électricité vers la France, elle ne sort donc pas du nucléaire "en important l'électricité nucléaire française".
Tout est à l'avenant : le nucléaire ne subsiste que grâce à des
mensonges d'Etat entretenus par la publicité ou les discours du
personnel politique.
Du Maroc à l'Iran en passant par
l'Egypte, beaucoup de pays en développement souhaitent faire appel au
nucléaire. Ont-ils un autre choix, compte tenu du coût de développement
des énergies renouvelables ?
Il faut bien comprendre que,
même si ces pays développent – hélas – des programmes nucléaires, cela
ne couvrira qu'une part infime de leur consommation énergétique. Même
la Chine, qui annonce 40 nouveaux réacteurs, espère seulement couvrir
ainsi 4 % de son électricité, soit 0,7 % de sa consommation d'énergie.
Dans ces dossiers, le nucléaire n'est en rien un outil d'indépendance
énergétique : ce qui est en jeu, c'est soit une forme de "fierté" mal
placée (du genre "Nous aussi, nous avons du nucléaire"), soit
des considérations géopolitiques (ce sont les Etats-Unis qui poussent
l'Egypte à relancer son programme nucléaire, pour contrecarrer la
montée en puissance d'autres pays). Mais, dans tous les cas, il faut
bien noter que ce ne sont jamais les peuples mais les dirigeants –
souvent des autocrates – qui veulent du nucléaire.
Les antinucléaires sont souvent accusés de faire le jeu des pétroliers. Que répondez-vous ?
Il se trouve que nous dénonçons autant les uns que les autres car,
contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas concurrents mais ont
des intérêts identiques : faire en sorte que nous consommions toujours
plus d'énergie, litres de pétrole ou kilowattheures d'électricité. Leur
seule crainte est la mise en place d'une société sobre qui
développerait les économies d'énergie et les énergies renouvelables...
et sabrerait leurs profits. D'ailleurs, en France, Total et Areva sont
actionnaires croisés. Aux Etats-Unis, le plan énergétique de Bush
impose de nouveaux forages pétroliers et de nouveaux réacteurs
nucléaires. Autre exemple, c'est l'industrie nucléaire qui offre
l'énergie nécessaire à l'extraction du pétrole des sables bitumineux de
l'Alberta (Canada).
Propos recueillis par Matthieu Auzanneau
AFP/MYCHELE DANIAU
Un panneau géant "Stop EPR" accroché aux grilles de la préfecture de Saint-Lô (Manche), en 2006.