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30 octobre 2007

Une plainte déposée au pénal contre Bernard Laporte

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EXTORSION

     

Une plainte déposée au pénal contre Bernard Laporte

NOUVELOBS.COM | 30.10.2007 | 14:04

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Le secrétaire d'Etat aux Sports aurait monnayé ses relations avec Nicolas Sarkozy contre des parts dans un casino du bassin d'Arcachon.

Bernard Laporte

Bernard Laporte (c) AP

Une plainte pénale pour "tentative d'extorsion de capital", visant le secrétaire d'Etat aux Sports Bernard Laporte, a été déposée au parquet de Paris, révèle Libération dans son édition du mardi 30 octobre. Selon le journal, c'est la première fois que l'ancien entraîneur de l'équipe de France de rugby est visé directement par une procédure judiciaire, même s'il fait l'objet, lui-même ou son entourage, d'enquêtes sur des activités commerciales ou fiscales irrégulières.
La plainte a été lancée le casino de Gujan-Mestras (Gironde), gérée par Frédérique Ruggieri. L'établissement est en concurrence avec les groupes Partouche et Barrière et serait, affirme Libé, "en butte à l’ostracisme du ministère de l’Intérieur", qui privilégierait les deux grands groupes. Selon le casino de Gujan, Bernard Laporte aurait fait jouer ses relations avec Nicolas Sarkozy contre des parts dans l'établissement.

"Donne-moi 10%"

Libération rappelle que Bernard Laporte, dans une édition de L'Equipe d'octobre, expliquait : "C’est elle (Frédérique Ruggieri) qui m’avait demandé de lui organiser un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy. En déconnant, j’ai répondu : Donne-moi 10 % et je te l’aurai, le rendez-vous". Pour Me Francis Terquem, avocat du casino, "il est assez inopérant que M. Laporte ait tenu ces propos 'pour rire' ou 'en déconnant'. Les faits relèvent d’une tentative d’extorsion de capital".
Cette plainte du casino est la troisième. Une première plainte a été retirée en 2005, "après un coup de fil du chef adjoint du cabinet de Sarkozy, contre la promesse d’un examen serein de (la) demande d’ouverture (du casino, ndlr), acquise dans la foulée", indique Libération. Une deuxième plainte avait été lancée en mars 2007 après que le casino s'était vu refuser des machines à sous supplémentaires.

Irrégularités fiscales

La semaine dernière, L'Equipe magazine affirmait qu'au terme de près d'un an d'enquête visant Bernard Laporte et d'une quinzaine de perquisitions, la Direction nationale d'enquêtes fiscales, qui dépend de la direction générale des impôts, a mis au jour une série d'irrégularités dont les plus graves pourraient être transmises à la justice.
Bernard Laporte avait pour sa part assuré avoir "la conscience tranquille", ajoutant : "il n'y a pas d'enquête. Il y a juste une société qui est contrôlée comme cela arrive tout le temps".

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Sarkozy augmenté, régime spécial des députés, le « Tous pourris » repart à la hausse

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Sarkozy augmenté, régime spécial des députés, le « Tous pourris » repart à la hausse

Le Président défend son pouvoir d'achat, les élus leur régime spécial de retraite, et les internautes hurlent au scandale. Abus de pouvoir ou abus d'opinion ? Les deux mon général !



C'est LA nouvelle de ce début de semaine : le projet de Nicolas Sarkozy de faire adopter par l'Assemblée une augmentation de 140% de ses émoluments révolte des dizaines de milliers d'internautes. Révélée par Profession politique, la note interne rédigée par la conseillère Emmanuelle Mignon prévoit cette augmentation de salaires dans le cadre d'une clarification budgétaire qui verrait le budget de l'Elysée réintégrer les rémunérations des quelque 800 salariés actuellement prêtés par les administrations. Il n'en faut pas plus pour déchaîner les passions. D'abord parce que, durant sa campagne, le candidat Sarkozy avait affirmé qu'il réduirait le train de vie de l'Elysée. Ensuite parce que cette éventuelle réforme s'ajoute à d'autres informations sur la rémunération des hommes politiques qui agacent énormément. Ainsi du maintien du régime particulier des députés au moment où on demande aux salariés des entreprises publiques d'y renoncer. La vidéo du site iPol, qui dénonce le régime de retraite des parlementaires, a été regardée par 300 000 internautes, qui ont ainsi été informés du montant de la pension de retraite de Jacques Chirac (30 000 euros).



Elus : le régime spécial
envoyé par iPolTV


Un ouvrage intitulé Abus de pouvoir, écrit par Vincent Quivy (Editions du Moment, septembre 2007), recense les cumuls de rémunérations autorisées par le fonctionnement actuel de la démocratie française. La précision notariale de l'ouvrage et la jubilation avec laquelle l'auteur pourfend les passe-droits des politiques provoquent un malaise : enfonce-t-il des clous contre la corruption ou contre la démocratie ? À qui sert ce type de dénonciation sinon aux innombrables rhéteurs du « Tous pourris » ?

On comprend bien le sens et la portée de ces révélations : au moment où le pouvoir d'achat devient le problème numéro un des salariés, il est tentant d'orienter leur ire contre leurs représentants « qui se servent dans les caisses » au lieu de servir la fonction. Ainsi François Hollande a-t-il indiqué que «l'augmentation du salaire du Président serait un mauvais signe». La remarque, de bonne guerre, relève peut-être d'un mauvais procès. La note interne mentionne que l'augmentation du président aurait pour objectif de corriger une anomalie : actuellement, le salaire annuel du président est de 101 448 euros, nettement inférieur à celui du Premier ministre (240 000 euros). Il s'agirait donc simplement de mettre le Président au niveau de son Premier ministre, ce qui n'est pas forcément scandaleux. Le fait est que cette mesure s'inscrit dans une tendance générale à accompagner la répression de tout financement occulte et la limitation du cumul des mandats par une mise à niveau des moyens octroyés aux ministres et aux élus. La disparition des financements officieux imposerait donc d'augmenter les financements officiels. La logique n'est pas imbécile même si elle heurte beaucoup de citoyens. On devine aisément pourquoi : les révélations récentes sur les caisses noires de l'UIMM donnent à penser que la corruption se maintient et qu'elle prospère même malgré tous les dispositifs législatifs et réglementaires adoptés depuis une quinzaine d'années sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales.

Nos concitoyens ont donc l'impression que la normalisation du financement de la vie politique ajoute une source supplémentaire aux financements occultes qui trouveraient, de toute façon, mille façons de persister ou de se renouveler. Certes, mais ne convient-il pas de distinguer une délinquance marginale, qui ne concerne que quelques individus avec un système entièrement abondé par des financements occultes, comme ce fut longtemps le cas via les emplois fictifs dans les administrations ou les mairies ?

L'éclosion d'une grogne « anti-politique » est d'autant plus stimulée qu'elle peut s'appuyer sur de vrais abus. Ainsi du régime spécial des députés. Certes, l'Etat est, dans ce domaine, impuisssant : seul un vote des élus peut réformer ce régime, à la différence de ceux des agents d'EDF et de la SNCF, qui peut être modifié par la voie réglementaire, comme l'a exliqué le député René Dosière à MarianneTV (voir ci-dessous).



Pour autant, nos députés ont jugé urgent de laisser se perpétuer un régime qui accuse un déficit de 38 millions d'euros (sur un fonds de 60 millions d'euros) en leur octroyant une pension de 2400 euros pour sept années de cotisation. L'Etat pourvoira, là encore, au trou de la caisse. Pourtant ces mêmes députés, de droite comme de gauche, se sont généralement prononcés pour la suppression de régimes spéciaux bien moins avantageux pour leurs bénéficiaires. Dès que le sujet vient sur le tapis, les députés s'arc-boutent, criant au « populisme » si l'on envisage de mettre davantage d'équité dans le système.

Tout au plus viennent-ils d'accepter de faire passer de 55 à 60 ans l'ouverture de droits à la retraite, et de remettre en cause le cumul entre ce régime de retraite et d'autres régimes. En préservant leur système au moment où une réforme montre à la vindicte publique les soi-disant privilégiés des entreprises publiques, les députés risquent de perdre le peu de légitimité qui reste attachée à leur fonction. Mais quand le calcul égoïste devient le régulateur central d'une société, nos élus seraient particulièrement vertueux de manifester un sens de l'intérêt général partout ailleurs piétiné, méprisé et ignoré. C'est pourtant ce que l'on attend généralement des élites : qu'elles donnent l'exemple. Le drame est que ses représentants ont oublié cet axiome de base du fonctionnement social. Et qu'ils stimulent involontairement un « populisme » qu'ils sont par ailleurs si prompts à dénoncer.


Mardi 30 Octobre 2007 - 13:12

Philippe Cohen

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Bernard Kouchner défend la présence de Total en Birmanie

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Le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, à Bangkok le 30 octobre. | REUTERS/CHAIWAT SUBPRASOM

REUTERS/CHAIWAT SUBPRASOM

Le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, à Bangkok le 30 octobre.

Bernard Kouchner défend la présence de Total en Birmanie

         

LEMONDE.FR avec AFP | 30.10.07 | 11h45  •  Mis à jour le 30.10.07 | 11h56

Le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a déclaré, mardi 30 octobre à Bangkok, que si Total se retirait de Birmanie, les populations birmane et thaïlandaise seraient les premières à en souffrir.

S'exprimant lors d'une conférence de presse, il a réaffirmé, comme il l'avait fait lundi à Singapour, que toute politique de sanctions contre la Birmanie devait être couplée à "une perspective" et à "un espoir" de développement économique pour la population."Imaginez que nous fermions le robinet de Total [en Birmanie], qui souffrira ? La population de Birmanie et la population de Thaïlande. Qui remplacera les Français? D'autres", a-t-il lancé.

 

Total exploite depuis 1992 en Birmanie une partie du champ gazier de Yadana, où il a produit, en 2006, 17,4 millions de mètres cubes de gaz par jour, qui alimentent des centrales électriques de Thaïlande. Le développement de Yadana a été réalisé dans le cadre d'un contrat de partage de production associant Total, opérateur avec environ 31 %, une filiale d'Unocal (aujourd'hui Chevron) avec environ 28 %, Petroleum Authority of Thailand Exploration & Production (PTTEP) avec 25,5 %, et MOGE (Birmanie) avec 15 %.

TOTAL DÉDOUANÉE DE COMPLICITÉ DE TRAVAIL FORCÉ

En 2003, Bernard Kouchner a rédigé, pour le compte de sa société BK Conseil, un rapport défendant les activités de Total en Birmanie, qui  dédouanait la plus importante des sociétés françaises d'allégations de complicité de travail forcé. Le document a valu au fondateur de Médecins sans frontières les critiques des organisations humanitaires.

Fin septembre, le régime militaire birman a brutalement réprimé un mouvement de protestation populaire emmené par des moines bouddhistes, suscitant de vives condamnations à travers le monde. Le 15 octobre, l'Union européenne a approuvé le principe de nouvelles sanctions contre la Birmanie, incluant un embargo sur les bois et métaux birmans, mais excluant les produits pétroliers. Le lendemain, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, avait annoncé que le groupe pétrolier français ne ferait pas de "nouveaux investissements" en Birmanie mais qu'il "ne quitterait pas" ce pays.

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Le département d'Etat américain aurait offert l'immunité à des agents de Blackwater

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Le département d'Etat américain aurait offert l'immunité à des agents de Blackwater

         

LEMONDE.FR avec AP et Reuters | 30.10.07 | 10h00  •  Mis à jour le 30.10.07 | 10h24

Le département d'Etat américain aurait proposé l'immunité à des agents de la compagnie de sécurité privée Blackwater impliqués dans la mort de dix-sept Irakiens lors d'une fusillade, le 16 septembre, à Bagdad, affirme le New York Times dans son édition du 29 octobre.

Le quotidien, qui cite des responsables américains sous couvert d'anonymat, précise que le bureau de sécurité diplomatique, service du département d'Etat qui enquête sur cette fusillade, n'est cependant pas habilité à proposer des accords d'immunité. Seuls les procureurs du département de la justice peuvent le faire et ils n'auraient pas été prévenus.

IMMUNITÉ "LIMITÉE" ET PEU CLAIRE

La nature de cette immunité, qualifiée par le New York Times de "limitée", reste peu claire. Le quotidien indique cependant que les enquêteurs du département d'Etat auraient promis aux agents de Blackwater, la plus importante des trois compagnies américaines de sécurité privée opérant en Irak, qu'aucun de leurs propos lors de leurs interrogatoires ne pourraient être utilisés contre eux à des fins judiciaires, à condition qu'ils disent la vérité.

Aucune réaction n'a pu être obtenue auprès de Blackwater, du département de la justice, ni du département d'Etat où l'on rappelle la pratique consistant à ne pas commenter les enquêtes en cours. L'initiative des enquêteurs du département d'Etat pourrait sérieusement compliquer la procédure, souligne le New York Times, alors que la direction de l'enquête sur la fusillade de Bagdad a été confiée ce mois-ci au FBI.

Deux employés de la société de sécurité privée Blackwater, en avril 2004 à Najaf en Irak. | AP/Gervasio Sanchez

AP/Gervasio Sanchez

Deux employés de la société de sécurité privée Blackwater, en avril 2004 à Najaf en Irak.
         

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L'affaire EADS Histoire d'un fiasco

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Noël Forgeard, à gauche, ancien co-président exécutif d'EADS, et Arnaud Lagardère, à droite, président du groupe Lagardère. | AP/EMMANUEL FRADIN


AP/EMMANUEL FRADIN

Noël Forgeard, à gauche, ancien co-président exécutif d'EADS, et Arnaud Lagardère, à droite, président du groupe Lagardère.

L'affaire EADS Histoire d'un fiasco

         

LE MONDE | 29.10.07 | 14h51  •  Mis à jour le 30.10.07 | 10h55


Comme souvent dans les dossiers sensibles où se mêlent intérêts publics et intérêts privés, tout commence dans le secret. Le secret d'un déjeuner d'affaires, en octobre 2005, entre Arnaud Lagardère et Francis Mayer, alors directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Le coprésident du groupe d'aéronautique et de défense EADS propose au banquier de racheter une partie de ses actions.

 

Depuis plusieurs mois, M. Lagardère, président du groupe du même nom (et, par ailleurs, actionnaire du groupe Le Monde), souhaite sortir du capital d'EADS. Son entourage est convaincu que la CDC peut l'aider à obtenir un feu vert politique de la part du gouvernement. L'heure est au patriotisme économique, l'Etat devrait apprécier un engagement de la dernière institution financière publique française. D'autant que le marché bruit de rumeurs sur une entrée d'investisseurs étrangers, russes et qatariens au capital d'EADS.

D'emblée, Francis Mayer est séduit. La proposition d'Arnaud Lagardère correspond précisément à ce qu'il veut faire de la Caisse : un partenaire important des fleurons de l'industrie française. Il pense tenir là un joli coup politique, qui lui vaudra l'estime de l'Elysée, notamment celle de Jacques Chirac, auquel il a le souci de plaire. Ne doit-il pas au chef de l'Etat sa nomination à la tête de la CDC ?

Francis Mayer, aujourd'hui décédé, ne saura jamais à quel fiasco cette affaire a abouti. Ce jour-là, il met le doigt dans un engrenage qui se révélera désastreux. Un engrenage, dont le démontage, aujourd'hui, met au jour les dysfonctionnements de l'Etat. Mardi 30 octobre, la Commission des finances du Sénat devait auditionner Dominique de Villepin, premier ministre au moment de la transaction.

C'est à la mi-janvier 2006 que la proposition de M. Lagardère prend corps, lors d'une première réunion de travail au siège de la Caisse des dépôts, rue de Lille, à Paris. Sont présents l'avocat de Lagardère, Alain Maillot, et le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, associé-gérant de la prestigieuse maison Lazard, qui travaille avec la banque Ixis, chargée de vendre les actions. Contact est pris avec d'autres acquéreurs potentiels, dont les Caisses d'épargne, la CNP et le Crédit mutuel.

Arnaud Lagardère décide d'informer l'Etat. Il envoie en émissaire à Matignon, le 22 février 2006, son directeur financier, Dominique d'Hinnin. Celui-ci remet à Alain Demarolle, le conseiller aux affaires économiques du premier ministre, Dominique de Villepin, une "note blanche" précisant que "Lagardère souhaite réduire de moitié sa participation dans EADS" (de 15 % à 7,5 %) tout en restant "l'opérateur industriel français d'EADS". Cette note cite la CDC comme repreneur potentiel.

C'est le fameux "mémo, semblant provenir du groupe Lagardère", que l'inspection des finances retrouvera à Bercy en octobre 2007, dans le cadre de l'enquête ordonnée par la ministre de l'économie, Christine Lagarde. Celui dont le ministre de l'économie de l'époque, Thierry Breton, dira plus tard qu'il ne l'a pas vu. Le document aurait été classé "sans suite" par son cabinet et transmis à l'Agence des participations de l'Etat (APE).

A la mi-mars 2006, l'opération de vente se précise. Encouragée par des analyses favorables sur le cours de Bourse d'EADS, la CDC décide d'acquérir 2,25 % du capital d'EADS, sur les 7,5 % mis en vente. Elle est persuadée de faire une bonne affaire. En l'absence de M. Mayer, hospitalisé pour raisons de santé, l'opération est supervisée par son bras droit, Dominique Marcel, directeur financier. Sachant Matignon et Bercy informés de ses projets par l'entremise de Lagardère, la Caisse ne juge pas utile d'avertir les services de l'Etat. D'abord, cette opération de marché impose le secret. Ensuite, M. Mayer se montre particulièrement jaloux de son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, et en particulier du ministère des finances. Il n'est pas fâché de contourner Thierry Breton, avec lequel il entretient des relations exécrables, et ceux qu'il a coutume d'appeler "ces petits marquis du Trésor".

L'accord est signé le 28 mars, par l'intermédiaire de la banque Ixis, confirmant une fuite dans Le Canard enchaîné. Francis Mayer téléphone immédiatement à Arnaud Lagardère pour lui dire que l'affaire est conclue. Devant ses collaborateurs, il laisse aller sa satisfaction. Beaucoup y voient la jubilation du gamin alsacien issu d'une famille d'agriculteurs modestes, visiblement fier d'imposer la Caisse au coeur de l'establishment, comme il l'avait fait en 2004 en participant au sauvetage d'Alstom et en favorisant le rapprochement entre le Club Méditerranée et Accor.

Pour que la vente soit effective, l'Etat doit lever tous les préalables. C'est chose faite le 3 avril, au conseil de la Sogeade, cette société qui regroupe les parts de l'Etat et de Lagardère dans EADS. Le conseil a été préparé à Bercy par Luc Rémont, le directeur de cabinet de Thierry Breton. L'Etat renonce à son droit de préemption. Il n'utilise aucun des biais juridiques qui lui permettraient de s'opposer à la vente. Philippe Pontet, le représentant de l'Etat à la Sogeade, ne dit rien qui pourrait laisser transparaître son mécontentement.

Du point de vue de la Caisse, les choses sont claires : ce jour-là, l'Etat a donné sa bénédiction à l'opération. Trois mois plus tard, Dominique Marcel affirmera devant la commission de surveillance de la Caisse : "Dans le cadre du pacte d'actionnaires (d'EADS), l'Etat a autorisé la CDC à procéder à cette acquisition." De cette petite phrase, consignée dans le procès-verbal, Thierry Breton dira par la suite qu'elle résulte d'une "erreur d'interprétation juridique".

Le lendemain de la vente, le président de la commission de surveillance de la CDC, le député UMP Philippe Auberger, en est informé ; vingt-quatre heures plus tard, tous les membres de la commission le sont aussi. Parmi eux, le représentant de l'Etat, Marianne Barbat-Layani, qui siège ce jour-là au nom du directeur du Trésor Xavier Musca. Elle reste silencieuse tout en noircissant comme à son habitude un cahier de notes. Les informations restent-elles entre ses mains ou parviennent-elles à Thierry Breton ? "Le Trésor, c'était le muet du sérail", observera Jean-Pierre Balligand, député PS et membre de la commission.

Lorsque la vente est rendue publique, une semaine plus tard, la presse y voit une opération financière banale. Bercy garde le silence, mais des conseillers de l'Elysée se manifestent auprès de la Caisse pour s'enquérir des contours de l'opération. Stéphane Dupré La Tour, le conseiller à l'industrie de M. Chirac, échange quelques mots par téléphone avec Dominique Marcel. Augustin de Romanet, secrétaire général adjoint de l'Elysée, qui deviendra patron de la Caisse un an plus tard, appelle Anne de Richecour, une proche collaboratrice de M. Mayer. L'opération n'a pas été préparée sur le plan diplomatique, M. de Romanet redoute que l'Allemagne, coactionnaire d'EADS, ne voie derrière elle la main de l'Etat.

Le 13 juin, à peine deux mois après la vente, Airbus, filiale d'EADS, annonce d'importants retards de livraison pour l'A380. L'action perd deux tiers de sa valeur. La bonne opération financière tourne au fiasco. Pour la Caisse, qui a investi 600 millions d'euros, la perte latente atteint 200 millions. Elle avertit qu'elle portera plainte en cas de communication mensongère d'EADS. Deux jours plus tard, l'Autorité des marchés financiers (AMF) annonce qu'elle a ouvert une enquête. Elle soupçonne les dirigeants et les actionnaires d'EADS d'avoir vendu leurs actions au plus haut, juste avant la révélation des retards. Le coprésident d'EADS, Noël Forgeard, a réalisé une plus-value de 3,5 millions d'euros en mars. Il démissionnera le 2 juillet et, en novembre, le parquet de Paris ouvrira une information judiciaire contre X pour "délit d'initiés, diffusion de fausses informations et recel sur le titre" EADS.

Dans l'attente des conclusions de ces deux enquêtes, le débat se focalise sur le rôle de l'Etat. Moyen d'éviter de parler des éventuels délits d'initiés, disent les uns, en invoquant les règlements de comptes entre sarkozystes et villepinistes. Vraies questions posées sur le rôle de l'Etat, soutiennent les autres, en renvoyant à la relation de proximité entre Lagardère et le pouvoir politique. La polémique a enflé avec la publication dans Le Figaro du 3 octobre des extraits d'un rapport d'étapes de l'AMF, transmis au parquet de Paris, accablant pour les dirigeants et les actionnaires d'EADS.

Plusieurs questions sont posées : l'Etat avait-il connaissance des retards de l'A380 ? A-t-il couvert les délits d'initiés présumés ? A-t-il accompagné de près ou de loin le rachat d'une partie des actions de Lagardère par la CDC ? Hâtives et maladroites, les premières déclarations de Thierry Breton - il dit avoir appris l'opération "dans la presse" - braquent les projecteurs sur Bercy. A nier l'évidence, l'ex-ministre de l'économie alimente les fantasmes.

La parole, de fait, n'est pas libre : si l'Etat dit qu'il avait connaissance de la vente à la Caisse, il sera accusé d'avoir fait le jeu de Lagardère au détriment de l'intérêt public. Les auditions publiques organisées à l'Assemblée nationale et au Sénat dureront plusieurs semaines.

Anne Michel

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Ainsi fond, fond, fond la banquise...

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mardi 30 octobre 2007, mis à jour à 08:12

Réchauffement

Ainsi fond, fond, fond la banquise...

Eric Lecluyse

L'équipage de la goélette polaire Tara et les scientifiques associés à ses observations sont bien placés pour témoigner: le pire est possible. La banquise arctique pourrait disparaître l'été d'ici à 15 ans et l'Europe occidentale subir un irrémédiable bouleversement climatique.



     

omment se portent l'Arctique et sa banquise? Mal. Que peut-on craindre pour les années à venir? Le pire... Les responsables de la mission Tara Damocles ont présenté ce matin quelques faits remarquables concernant la face Nord de planète, après 400 jours d'observations par l'équipage de la goélette polaire Tara. Et ils ne sont pas optimistes.

Les faits, tout d'abord. L'équipe scientifique note un recul spectaculaire de la banquise -de plus d’1 million de km2 de glaces de mer entre septembre 2005 et septembre 2007- et un accroissement de la vitesse de la dérive transpolaire qui va du détroit de Béring au détroit de Fram. Ainsi, Tara sortira de l’océan Glacial Arctique avant la fin de l'année 2007, alors que l'équipe prévoyait initialement cette sortie au cours de l’été 2008.

Plus de banquise l'été d'ici 15 ans?
Au cours de l’été 2007, l'équipe a aussi constaté une accumulation de glaces compactes et épaisses le long des côtes du Groenland et du Canada ainsi que dans le détroit de Fram. Dans tout le reste de l’Arctique, en revanche, la navigation dans les glaces n’a présenté aucune difficulté: lors de l’été 2007, il était possible de passer du delta de la Lena en Sibérie à celui du Mackenzie au Canada sans rencontrer un seul morceau de glace dérivante.

Enfin, les observations ont mis en évidence une amplification des flaques de fonte à la surface de la banquise -qui désormais recouvrent plus de 50% de sa surface en été- et une augmentation de la pluviosité dans le secteur situé entre le Groenland, le Spitsberg et le pôle nord géographique liée à des entrées d’air chaud et humide en provenance du nord de l’Europe. Au 15 octobre 2007, la période de formation de la banquise n’avait pas encore véritablement commencé malgré l’arrivée de la nuit polaire. L’océan Arctique était toujours libre de glace entre la Sibérie et le Canada.

L'équipe a relevé des indices forts de réchauffement des masses d’air et d’eau. De ce fait, elle craint que la banquise arctique disparaisse en été dans les 10 à 15 années qui viennent. Cette disparition contribuerait alors à augmenter l’absorption par l’océan de 80% de l’énergie solaire incidente qui, autrement, en présence de glace, serait réfléchie vers l’espace. Et donc de réchauffer localement l’océan superficiel, et ainsi l’atmosphère, ce qui entraînerait une fonte accélérée des glaces continentales du Groenland et une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 1m (ou plus) d’ici la fin du siècle!

Une autre menace: l'exploitation des ressources
Cet afflux d’eau douce vers l’océan de part et d’autre du Groenland aurait aussi pour conséquence majeure de ralentir la montée des eaux chaudes et salées de l’Atlantique nord vers l’Océan Arctique et donc de refroidir l’Europe Occidentale entraînant un bouleversement climatique bien au delà des régions arctiques et subarctiques.

Et comme si cela ne suffisait pas, l'équipe de Tara Damocles note que des intérêts géopolitiques et socio-économiques menacent aussi l'Arctique: ouverture de nouvelles voies maritimes entre l’Est et l’Ouest, exploitation de ressources minérales (pétrole et gaz) et vivantes (pêche), changement radical des modes de vie des populations autochtones, modification des écosystèmes...

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