11 octobre 2007

Nicolas Hulot au Nouvel Obs : "Ce que je veux..."

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Nicolas Hulot au Nouvel Obs :
"Ce que je veux..."

NOUVELOBS.COM | 11.10.2007 | 11:27

Dans un entretien publié par le Nouvel Observateur, l'écologiste rappelle ses exigences aux participants du Grenelle, en termes de taxes à la pompe, vitesse automobile, OGM, pesticides ou nucléaire.

      

Il est l’inspirateur du grand rendez- vous écologique français. Mais ce que l’on sait moins c’est que le trublion Hulot est aussi devenu le conseiller des princes. Pour ce Grenelle, il a l’oreille de Nathalie Kosusko Morizet, Jean Louis Borloo et même Nicolas Sarkozy. Il a décidé de jeter toutes ses forces dans le dernier round des négociations. Il le dit ici : il ne se contentera pas de demi mesures. Sera-t-il écouté ou juste "instrumentalisé"? Enquête dans les coulisses et gros plan sur les principales mesures en débat.

Nouvel Observateur : Vous en êtes un peu le "père" de ce Grenelle de l’environnement. Reconnaissez vous votre enfant ?


Nicolas Hulot : Déjà, il a le mérite d’exister. Nous assistons à un événement démocratique très fort. Pour la première fois sont réunis à la même table, des gens qui n’ont pas l’habitude de se parler. Les écolos et la FNSEA, le MEDEF et des syndicats…Pour le moment -je touche du bois- personne n’a claqué la porte. Et c’est déjà un tour de force.

N.O : Ne craignez vous pas d’être instrumentalisé dans un grand show dont Nicolas Sarkozy a le secret ? Et si, comme le dit Yves Cochet, l’ancien ministre de l’agriculture qui doute de la conversion écologique du président de la République, Grenelle n’aboutissait qu’à des "déclarations d’intention plutôt qu’à des choix coûteux" …

N. Hulot : A ce jour, je ne veux même pas l’envisager. Toutes les conditions sont réunies pour que la France prenne enfin les mesures qui s’imposent. Nous avons préparé le terrain de manière acharnée. Je dirai même plus: nous avons mâché le travail des politiques. Non seulement, nous oeuvrons depuis des années à la prise de conscience du grand public, désormais réelle. Mais en plus, nous les écolos, les militants de l’environnement, que l’on faisait passer pour des zozos, nous arrivons avec des propositions que de grands économistes soutiennent et jugent indispensables. Que faut il de plus à nos dirigeants? Aujourd’hui, ils n’ont plus d’excuses. Dans quinze jours, quand Nicolas Sarkozy annoncera les choix du gouvernement, nous serons au moment de vérité. Nous verrons si ce Grenelle aura tenu ses promesses ou n’aura été qu’une opération de marketing politique.

N.O : A quelle aune, jugerez vous sa réussite ou son échec? Quelles sont vos exigences?

N.Hulot : Ce que je veux, ce sont des mesures structurantes. C'est-à-dire des mesures qui modifient en profondeur les comportements des entreprises, des administrations, de l’Etat, des agriculteurs et des consommateurs. Des mesures qui nous fassent progressivement entrer dans une économie de développement durable. Par exemple, on me dit que l’une des propositions qui pourraient être retenues consisterait à abaisser de 10km/H la vitesse autorisée sur les autoroutes. C’est bien, je prends ! Mais c’est très insuffisant. Il faut que très vite le secteur du transport et donc l’industrie automobile s’adaptent à la fin de pétrole inéluctable du fait de l’épuisement des réserves. Comment ? Notamment, en incitant les constructeurs à fabriquer des véhicules moins rapides donc moins gourmands. Seules de nouvelles normes pourront faire naître de nouvelles technologies, de nouvelles filières, de nouveaux marchés. De toute façon, nous devrons payer la facture de la raréfaction et du renchérissement de l’énergie. Autant l’anticiper, et faire jaillir des alternatives technologiques au plus vite. Heureusement, beaucoup de chefs d’entreprises que je rencontre l’ont compris.

N.O : Dans votre "pacte écologique", que les principaux candidats à la présidentielle –dont Nicolas Sarkozy- ont signé, la fiscalité arrive au premier rang de ces mesures structurantes. Or, sur ce point, il semble que le gouvernement hésite, voire recule.

N. Hulot : Attendons. C’est vrai que je n’ai pas senti d’enthousiasme sur le sujet. Je sais combien l’idée de nouvelles taxes peut effrayer nos concitoyens. Et par conséquent les ministres et les parlementaires. Mais moi, je leur dis, ayez le courage de faire de la pédagogie. Il faut expliquer que la fiscalité verte n’est pas un impôt supplémentaire. On peut raisonner à pression fiscale constante. Diminuer par exemple les prélèvements sur les charges sociales pesant sur le travail (la part salariale et la part patronale) et compenser par des recettes issues d’une taxe que nous appelons la "contribution énergie-climat", calculée à la fois sur le contenu carbone des énergies et sur la quantité d’énergie consommée. Cette taxe serait d’abord très faible, quasiment indolore, de l’ordre de quelques centimes par litre d’essence par exemple. Elle augmenterait progressivement chaque année jusqu’à atteindre cet objectif primordial si l’on veut vraiment éviter la catastrophe climatique : la réduction par quatre des émissions de CO2 à l’horizon 2050. Cette progressivité laisse à tous les acteurs du système économique le temps de se préparer à un modèle moins vorace en énergie. Ainsi pendant que la taxe augmente, la consommation de pétrole, d’électricité ou de charbon diminue. Résultat : la facture énergétique, et donc les impôts du contribuable, restent constants. Cette mesure est non seulement écologiquement incontournable mais économiquement et socialement souhaitable. C’est cela qu’il ne faut pas avoir peur d’expliquer.

N.O : De nouvelles taxes à la pompe, même légères, alors que le pouvoir d’achat recule et que le gouvernement a l’œil rivé sur les sondages... vous placez la barre très haut.

N. Hulot : Je vais me battre jusqu’au bout pour cette ambition. Je dis à Nicolas Sarkozy : "ne ratez pas ce rendez vous, la France a une occasion inespérée de rentrer dans l’Histoire. Si Grenelle n’accouche que de mesures ponctuelles, vous passerez inaperçu sur un sujet majeur". Sur l’agriculture aussi, il faut donner l’exemple. Voilà une autre grande politique structurante. Aujourd’hui, au Grenelle, on évoque une division par deux de l’emploi des pesticides. Là aussi je prends. Mais, si on en reste là, je ne suis pas d’accord. Il faut aller vers un vrai modèle d’agriculture durable. Certaines mesures ne dépendent que de nous. Par exemple, dans la restauration collective, ce n’est pas 20% de produits bio ou durables qu’il faut imposer mais 100%. Et ceci en transférant les subventions européennes de la PAC de l’agriculture intensive vers l’agriculture durable.

N.O : Croyez- vous que le gouvernement prendra le risque de déplaire à certains lobbies ou à la FNSEA ?

N. Hulot : Bien sûr qu’il y a des oppositions fortes, notamment chez les céréaliers ou dans l’industrie chimique, chez les fabricants de pesticides. Mais ne confondons pas le monde paysan, qui dans sa grande majorité souhaite qu’on l’aide à changer ses pratiques avec les lobbies. Ces dernières semaines, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre d’agriculteurs qui mettent en œuvre un autre modèle de développement et qui en vivent très bien, souvent mieux que ceux qui sont dans la course à l’intensif. Je sais que la mission de Michel Barnier, le ministre de l’agriculture, n’est pas simple. Mais ce que je lui dis, c’est que là encore la France peut prendre l’initiative, notamment dans le cadre de la réforme de la PAC en 2008. Et je constate que même si les blocages demeurent forts, sur ce sujet là, on n’est plus dans l’immobilisme total comme sous les gouvernements précédents.

N.O : Jean Louis Borloo s’est déjà avancé sur le gel temporaire des cultures OGM en plein champ. Cette annonce a suscité une levée de bouclier, en particulier à la FNSEA. Mais cette mesure n’est pas la plus difficile à mettre en œuvre. Est-ce une manière pour le gouvernement de se montrer "écolo" à peu de frais, pour faire oublier de possibles impasses sur des sujets plus essentiels ?

N.Hulot: Je ne veux pas croire à une manœuvre de diversion. Et quoiqu’il en soit, tous les sujets abordés au Grenelle sont fondamentaux. L’un ne doit pas chasser l’autre. La question des OGM est essentielle. Voilà un cas d’école du principe de précaution. Nous sommes face à un soupçon, je dis bien un soupçon, de risque grave pour la santé et irréversible dans la contamination de l’environnement. La moindre des choses, c’est de demander à des scientifiques indépendants de nous démontrer que les OGM sont inoffensifs.

N.O : Sur le nucléaire, on a le sentiment que les ONG présentes à Grenelle n’attendent pas grand-chose.

N.Hulot : Bien évidemment, nous savons bien que le gouvernement ne s’apprête pas à abandonner le nucléaire ! Mais nous pouvons influer sur des choix décisifs pour l’avenir. Moi, je demande trois choses. Premièrement, il faut prendre une année pour organiser un véritable débat démocratique sur cette question, un débat qui n’a jamais lieu alors qu’il engage l’avenir de la société et qui permettrait que les décisions en la matière soient les plus transparents possibles. Deuxièmement, la question du nucléaire doit être replacée dans un contexte global. Et on revient toujours au même point : il faut faire baisser notre consommation d’énergie, d’où qu’elle provienne. Troisièmement : il faut diversifier notre bouquet énergétique, développer les technologies alternatives. A cette condition, on pourra faire baisser, ou au moins ne pas augmenter, la part du nucléaire.

N.O : Vous avez été le trublion de la campagne présidentielle. Votre popularité est elle encore une arme pour forcer le gouvernement à infléchir sa politique ?

N. Hulot : Je veux avoir un rôle constructif dans ce Grenelle. J’y interviendrai avec force pour obtenir le maximum. J’ai déjà passé beaucoup de temps à discuter avec les décideurs économiques ou politiques, avec les ministres concernés au premier chef, Jean Louis Borloo et Nathalie Kosciusko Morizet…

N.O : Y compris avec le Président de la République ?

N.Hulot : Oui, notamment au début de l’été, et également avec le président de la commission européenne, José Manuel Barroso juste avant et après le G8 en Allemagne. En juin dernier, à ce sommet du G8, il a avec Nicolas Sarkozy, pris Georges Bush en tenaille sur la question du climat, l’obligeant à sortir de son déni habituel. Je pense que tout cela n’est pas étranger à la dynamique du Pacte écologique. Cela dit tous ces dialogues nécessaires ne m’empêchent pas, je l’espère, de rester un homme libre.

N.O : Nicolas Sarkozy vous a –t-il sollicité lorsque le poste de ministre au développement durable a été vacant, après le départ d’Alain Juppé du gouvernement ?

N.Hulot : Il savait dès le départ du Pacte écologique que seule comptait pour moi la création de ce poste, mais que dans les tous cas de figure, j’en refuserai la fonction. Quoi qu’il en soit, il a tenu la promesse faite pendant la campagne et nommé Jean Louis Borloo en remplacement d'Alain Juppé. Comme il a tenu sa promesse en organisant le Grenelle. J’attends maintenant des résultats concrets. L‘Etat a une obligation de moyens et de résultats, décevoir cet incroyable espoir serait injurier l’avenir.

Propos recueillis par Claude Askolovitch, Marie-France Etchegoin et Sylvain Courage

Posté par ERICCITOYEN à 12:55 - - Permalien [#]