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04 octobre 2007

Un nouvel institut vient faire de l'ombre à la Cité de l'immigration

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Un nouvel institut vient faire de l'ombre à la Cité de l'immigration

Lundi 8 octobre, un nouvel Institut d'études sur l'immigration et l'intégration sera installé. Il sera inauguré à Paris par le ministre de l'immigration, Brice Hortefeux. Mercredi 10 octobre, un autre projet va aboutir : la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) doit ouvrir ses portes après des années de gestation. Mais il n'est pas prévu, pour elle, d'inauguration officielle.

 

La création du nouvel institut a été annoncée, mercredi 19 septembre, par le Haut Conseil à l'intégration (HCI), qui dépend du premier ministre. L'initiative provoque de vifs débats. Elle intervient quatre mois après la démission de huit chercheurs membres de la Cité de l'immigration, pour protester contre la création d'un ministère alliant "l'immigration" et "l'identité nationale".

L'institut a vocation à être, selon son instigatrice, Blandine Kriegel, présidente du HCI, un "guichet unifié" rassemblant des universitaires travaillant sur l'immigration, les administrations commanditaires de recherches et des entreprises privés prêtes à contribuer à ces études. "L'objectif, explique Mme Kriegel, est de donner des moyens élargis à cette recherche. Sans aucune exclusive ni exhaustivité." Mais l'initiative ne convainc pas. "Avec cet institut, le gouvernement cherche à redonner à son ministère de l'immigration une légitimité auprès de la communauté des chercheurs", analyse Gérard Noiriel, l'un des historiens démissionnaires de la CNHI.

Mardi 2 octobre, une vingtaine d'universitaires, dont M. Noiriel, Patrick Simon, démographe, Patrick Weil, historien, et Eric Fassin, sociologue, ont lancé une pétition pour exprimer leurs "plus vives inquiétudes". "Dans un contexte où le discours politique tend de plus en plus à présenter l'immigration comme un danger pour la collectivité nationale, où les législations successives restreignent toujours plus les droits des étrangers", les signataires craignent pour l'indépendance de la recherche.

Ils s'inquiètent aussi du "symbole" que représente la nomination à la présidence du conseil scientifique de Hélène Carrère d'Encausse, "dont les propos sur les familles africaines (liant les émeutes de banlieue à l'automne 2005 et la polygamie) ont suscité l'étonnement et l'indignation". La pétition est déjà signée par une soixantaine de chercheurs.

"Ce nouvel institut sera totalement indépendant, comme l'a toujours été notre observatoire statistique, même si c'est Brice Hortefeux qui l'installera", défend Mme Kriegel, pour qui la coïncidence de la date d'installation de l'Institut et de celle de l'ouverture de la Cité de l'immigration n'est que fortuite. "Il n'y a aucun calcul politique", soutient-on aussi dans l'entourage de M. Hortefeux, selon lequel la date retenue répond simplement à des contraintes d'agendas.

Président de la CNHI, Jacques Toubon a été informé en juillet du projet d'institut. M. Toubon n'en avait plus entendu parler jusqu'à ce qu'il en apprenne, lundi, l'ouverture par des informations circulant sur Internet. "Mais, affirme-t-il, cela ne brouille ni la vocation ni le message de la Cité. Notre projet consiste à changer le regard sur l'immigration en transmettant son histoire. Cela ne change en rien notre programme, y compris en matière de recherche."

La mise sur pied de l'Institut soulève cependant des questions. Le Haut Comité pour l'intégration le présente comme "l'antenne française" de Metropolis, réseau mondial de recherche sur les migrations, la diversité et la ville. Les coordinations européenne et canadienne de Metropolis ont cependant adressé lundi 1er octobre un courriel à Mme Kriegel, pour lui dire qu'il était pour le moins prématuré de parler d'une telle affiliation.

Contacté par Mme Kriegel, juste avant l'élection présidentielle, l'historien spécialiste de l'Algérie, Benjamin Stora, avait donné son accord, intéressé par l'idée d'un lieu d'échange entre universitaires, administrations et entreprises. Il a cependant indiqué au Monde avoir décidé de se "retirer pour garder (son) indépendance." Selon lui, "vu la façon dont cet institut est lancé, maintenant, le débat est quasiment impossible. C'est plus que regrettable. Car nous avons besoin de ce type d'échanges".

"Nous sommes très en retard en France dans la communication entre le monde de la décision et le monde de la recherche. Des tas de décisions ne seraient pas prises si un tel échange existait", appuie Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherches au Centre d'études et de recherches internationales qui a pour sa part décidé de rester, en souhaitant "garder (sa) liberté de parole."

Laetitia Van Eeckhout

Article paru dans l'édition du 04.10.07.

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La police municipale sera équipée du pistolet électrique Taser

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La police municipale sera équipée du pistolet électrique Taser


LE MONDE | 04.10.07 | 14h38  •  Mis à jour le 04.10.07 | 14h38

a décision est acquise : le pistolet à impulsion électrique Taser X-26 va équiper la police municipale. La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie compte l'annoncer lors d'une réunion avec l'Association des maires de France (AMF), qu'elle s'apprête à réunir vers le 11 octobre. Le décret du 24 mars 2000, qui excluait jusqu'ici de l'équipement des policiers municipaux le Taser, arme classée en 4e catégorie au même titre que le fusil à pompe, sera ainsi modifié.
En levant cet interdit, Mme Alliot-Marie répond à une revendication de plusieurs municipalités qui avaient, notamment lors des violences urbaines de novembre 2005, commencé à s'équiper, avant de devoir remiser au placard ces pistolets à impulsion électrique. Au mois d'août, l'Union nationale des agents de police municipale (UNAPM-CFE-CGC), était revenue à la charge, arguant, selon son président Michel Lecquio, de "l'urgence".

Mais cette décision pourrait aussi relancer la polémique. Arme non létale, le Taser comporte deux électrodes capables de projeter jusqu'à une distance de 7 mètres 50 000 volts et deux milliampères. L'effet est garanti : la personne visée, avertie au préalable par un point rouge, est totalement paralysée pendant plusieurs minutes. La douleur est forte. Pro et anti-Taser s'affrontent.

TROIS FOIS PLUS CHER

Un procès oppose, en ce moment, le distributeur français de Taser, d'origine américaine, et Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) poursuivi, avec l'association Réseau d'alerte et d'intervention pour les droits de l'homme (RAIDH), pour diffamation, après avoir soutenu que le Taser serait responsable de plusieurs décès aux Etats-Unis.

De son côté, Antoine di Zazzo, directeur général de Taser France, brandit un rapport réalisé par des médecins et paru dans la Revue des SAMU en septembre. Si les praticiens disent manquer de recul sur les conséquences de ce type d'armes, ils concluent cependant à son innocuité "lorsque les précautions d'utilisation sont strictement respectées". Une nouvelle audience de procédure, devant la 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris, est prévue, lundi 22 octobre.

Les partisans du Taser estiment que son utilisation est de loin préférable à celle d'une arme à feu lors d'une interpellation. Ils soulignent aussi que chaque Taser, en France, est équipée d'une "boîte noire" : une caméra enregistre son et images, limitant ainsi les abus. Pour d'autres policiers, en revanche, des questions restent posées sur sa fiabilité.

Le 1er septembre, l'interpellation d'une femme asiatique sans papiers, employée dans un restaurant japonais de Paris, avait mal tourné après qu'un policier eut tenté, en vain, de la "neutraliser" avec un Taser. La femme, armée d'un couteau, n'avait pas paru ressentir les effets des décharges et avait blessé à trois reprises le policier. Un deuxième fonctionnaire de police avait alors fait usage de son arme à feu, la blessant grièvement. Sur la vidéo, on distingue parfaitement la scène, le point rouge sur la poitrine de la femme qui brandit un couteau et lance des casseroles. "Baissez les yeux !" lui enjoint, à plusieurs reprises, le policier selon la procédure, avant de tirer au Taser, en vain.

L'arme équipe aujourd'hui quelque 3 000 policiers et gendarmes. C'est peu, par rapport aux effectifs potentiellement concernés, mais la deuxième loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) devrait étendre début 2009 son utilisation.

Les 17 000 policiers municipaux pourront désormais être également équipés, à la condition qu'ils suivent la formation obligatoire pour le pistolet (en principe les utilisateurs doivent l'essayer sur eux-même...) et que les municipalités aient les moyens. Le Taser coûte 1 050 euros, formation comprise, c'est-à-dire trois fois plus cher qu'une arme classique.

Isabelle Mandraud

Article paru dans l'édition du 05.10.07.

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